

Organisation d'une ruche : rôle de la reine, des ouvrières et des faux-bourdons, couvain et tâches selon l'âge
Organisation d'une ruche : rôle de la reine, des ouvrières et des faux-bourdons, tâches selon l'âge, couvain jour par jour et effectifs réels, été comme hiver.
L’organisation d’une ruche repose sur trois types d’abeilles : une reine unique qui pond, des dizaines de milliers d’ouvrières qui assurent tout le travail en changeant de métier avec l’âge, et des faux-bourdons dont la seule fonction est de féconder les reines. Il n’y a ni chef ni ordres : la colonie s’autorégule grâce aux phéromones, au contact permanent entre individus et à la répartition souple des tâches. Le couvain, c’est-à-dire les œufs, les larves et les nymphes, occupe le cœur de la ruche et règle une bonne partie de cette organisation.
Comprendre ce fonctionnement n’a rien d’une curiosité de naturaliste. C’est ce qui permet de lire un cadre lors d’une visite, de savoir si une colonie va bien, si elle prépare un essaim ou si elle a perdu sa reine.
Combien d’abeilles dans une ruche, été comme hiver ?
Selon le livret « Mieux savoir » du ministère de l’Agriculture, les ouvrières représentent environ 95 % de la colonie, soit de l’ordre de 30 000 à 60 000 individus en saison. L’Encyclopædia Universalis retient le même plafond d’environ 60 000 ouvrières. À cela s’ajoutent une reine et une population de mâles très variable.
| Période | Ouvrières | Faux-bourdons | Reine | Couvain |
|---|---|---|---|---|
| Fin d’hiver | quelques milliers | absents | 1 | reprise progressive de la ponte |
| Printemps | population en forte hausse | apparition, puis augmentation | 1 | maximal |
| Été | environ 30 000 à 60 000 | quelques centaines à quelques milliers | 1 | important, puis en baisse en fin d’été |
| Automne | baisse, naissance des abeilles d’hiver | expulsés | 1 | réduit |
| Hiver | quelques milliers en grappe | absents | 1 | faible ou nul selon le climat |
Sur le nombre de mâles, les sources divergent parce qu’il varie énormément. Le livret ministériel parle de « quelques centaines » de faux-bourdons, alors que la revue de Rangel et Fisher publiée dans Apidologie (2019) évoque « quelques milliers » de mâles saisonniers. Les deux sont vrais selon la saison, la force de la colonie et la surface de cellules de mâles disponible.
Ces chiffres sont des ordres de grandeur. L’effectif réel dépend de la race d’abeille, de la région, de la flore disponible, de la météo de l’année et surtout de la vigueur de la reine. Une colonie qui ne dépasse pas quelques cadres d’abeilles au cœur de l’été mérite qu’on cherche pourquoi.
Le rôle de la reine : pondre et unifier la colonie
Une femelle unique, spécialisée dans la ponte
La reine est la seule femelle fécondée de la colonie. Plus longue qu’une ouvrière, avec un abdomen allongé qui dépasse nettement des ailes, elle ne butine pas, ne construit pas et ne soigne pas le couvain. Sa fonction est double :
- pondre, jusqu’à 1 500 à 2 000 œufs par jour en saison chaude d’après l’Encyclopædia Universalis ;
- assurer la cohésion de la colonie grâce aux phéromones qu’elle émet et que les ouvrières de sa cour redistribuent à l’ensemble de la ruche.
Ces phéromones signalent en permanence à la colonie qu’elle a une reine en bonne santé. D’après la synthèse de Brian Johnson (2010), la phéromone royale contribue à maintenir les jeunes ouvrières dans leur rôle de nourrices, en freinant la production d’hormone juvénile qui les pousse vers les tâches extérieures. Quand ce signal s’affaiblit, notamment parce que la reine vieillit ou que la colonie devient trop populeuse pour qu’il circule bien, les ouvrières se mettent à élever de nouvelles reines.
Le vol nuptial et la réserve de spermatozoïdes
Quelques jours après sa naissance, la jeune reine sort pour une ou quelques sorties de fécondation. Dans l’étude de Simone-Finstrom et Tarpy (2018), les reines observées ont effectué en moyenne 2,4 sorties, vols d’orientation compris, et se sont accouplées avec 8 à 25 mâles, 13,5 en moyenne. Les auteurs rappellent qu’une reine bien fécondée stocke environ 5 à 7 millions de spermatozoïdes dans sa spermathèque.
Ce stock ne sera jamais renouvelé : la reine l’utilise toute sa vie pour féconder ses œufs. C’est pourquoi sa ponte décline avec l’âge, et c’est aussi ce qui explique la diversité génétique d’une colonie. Les ouvrières sont toutes filles de la même mère, mais pas toutes du même père : deux ouvrières issues du même mâle sont des « super-sœurs », très proches génétiquement, alors que deux ouvrières de pères différents ne sont que demi-sœurs.
Combien de temps vit une reine et comment la marquer
Une reine vit plusieurs années, souvent deux à trois ans d’après Simone-Finstrom et Tarpy, parfois plus. En pratique, de nombreux apiculteurs la remplacent au bout de deux saisons pour conserver une ponte soutenue.
Pour la retrouver facilement et connaître son âge, on la marque d’un point de couleur sur le thorax selon un code international en cinq couleurs, lié au dernier chiffre de l’année de naissance, qui se répète tous les cinq ans :
| Dernier chiffre de l’année | Couleur | Années 2026 à 2030 |
|---|---|---|
| 1 ou 6 | blanc | 2026 |
| 2 ou 7 | jaune | 2027 |
| 3 ou 8 | rouge | 2028 |
| 4 ou 9 | vert | 2029 |
| 5 ou 0 | bleu | 2030 |
Une reine née en 2026 portera donc un point blanc.
Les ouvrières : tout le travail de la colonie
Les ouvrières sont des femelles issues d’œufs fécondés, comme la reine, mais dont l’appareil reproducteur reste atrophié. Elles assurent toutes les tâches : nettoyage, élevage du couvain, construction, stockage, défense, ventilation, chauffage et récolte.
Abeilles d’été et abeilles d’hiver
La durée de vie d’une ouvrière dépend surtout de la saison où elle naît. Selon le livret ministériel :
- les abeilles d’été, nées au printemps et en début d’été, vivent environ 5 à 6 semaines, usées par le travail et le butinage ;
- les abeilles d’hiver, nées à l’automne, vivent environ 6 à 8 mois.
Ces abeilles d’hiver ne sont pas simplement des abeilles qui travaillent moins. La revue de Döke, Frazier et Grozinger (2015) décrit un véritable état physiologique et comportemental distinct, qui permet à la colonie de traverser l’hiver. Johnson (2010) précise qu’elles ressemblent aux nourrices par leurs fortes réserves corporelles de vitellogénine, une protéine de stockage, et leur faible taux d’hormone juvénile, et cite des abeilles d’hiver qui butinent encore à plus de 280 jours. Une colonie qui élève mal ses abeilles d’hiver à la fin de l’été, à cause du varroa ou d’un manque de pollen, a de grandes chances de s’effondrer avant le printemps.
Les tâches des abeilles selon l’âge
Chez l’ouvrière d’été, le métier change avec l’âge : c’est ce que les biologistes appellent le polyéthisme d’âge. Elle commence par des tâches à l’intérieur, au centre du nid, et termine sa vie à l’extérieur, aux postes les plus risqués. Johnson (2010) décrit quatre étapes successives, nettoyeuse, nourrice, abeille d’âge moyen et butineuse, que le livret ministériel détaille métier par métier.
| Âge approximatif | Groupe | Tâches principales |
|---|---|---|
| premiers jours | jeunes abeilles | nettoyage des cellules avant la ponte ou le stockage |
| environ 4 à 12 jours | nourrices | alimentation des larves et de la reine, grâce aux glandes nourricières |
| environ 12 à 21 jours | abeilles d’âge moyen | construction des rayons de cire, réception et transformation du nectar, stockage, entretien, garde de l’entrée |
| au-delà d’environ 3 semaines | butineuses | récolte du nectar, du pollen, de l’eau et de la propolis |
Quelques précisions sur ces métiers :
- Nettoyeuse : elle polit les cellules qui viennent de libérer une abeille, condition pour que la reine y ponde à nouveau.
- Nourrice : ses glandes hypopharyngiennes, dans la tête, produisent la gelée nourricière. Johnson situe cette période entre 4 et 12 jours environ, le livret la fait commencer vers le 6e jour, une fois ces glandes bien développées.
- Cirière ou bâtisseuse : la cire est sécrétée sous forme de petites écailles par des glandes situées sous l’abdomen, puis malaxée et façonnée en cellules hexagonales.
- Receveuse ou magasinière : elle prend en charge le nectar apporté par les butineuses, le concentre et le dépose dans les cellules, où il deviendra du miel.
- Ventileuse : elle bat des ailes pour régler la température, l’humidité et le gaz carbonique, notamment à l’entrée de la ruche.
- Gardienne : postée sur la planche d’envol, elle contrôle l’odeur des abeilles qui entrent et repousse pillardes et intruses. Le livret la situe vers 12 à 25 jours.
- Butineuse : c’est le dernier métier, le plus dangereux. Elle y passe en général les dernières semaines de sa vie.
Un calendrier qui s’adapte aux besoins
Ce calendrier est une tendance, pas une règle rigide. Johnson souligne que les transitions dépendent des besoins de la colonie, en particulier du rapport entre le nombre de nourrices et la quantité de couvain, et de la demande en butineuses. Lorsqu’on retire expérimentalement les plus jeunes abeilles, environ 20 % des butineuses retrouvent la capacité de nourrir le couvain. À l’inverse, une colonie privée de butineuses envoie précocement de jeunes abeilles aux champs.
Ce réglage passe lui aussi par des phéromones. Toujours selon Johnson, la phéromone de couvain stimule les glandes nourricières des jeunes abeilles et le butinage de pollen, tandis que les butineuses produisent un inhibiteur, l’oléate d’éthyle, présent dans leur jabot et transmis lors des échanges de nourriture, qui ralentit la maturation des abeilles de l’intérieur. Quand beaucoup de butineuses meurent, cet inhibiteur diminue, et de jeunes abeilles passent plus vite au butinage.
C’est cette souplesse qui explique pourquoi un essaim artificiel ou une division bien conduite repart : la colonie réaffecte ses effectifs en quelques jours.
Les faux-bourdons : les mâles de la colonie
Origine et particularités
Les faux-bourdons naissent d’œufs non fécondés, pondus par la reine dans des cellules plus grandes que celles des ouvrières. Plus trapus, avec de très grands yeux qui se rejoignent sur le dessus de la tête, ils n’ont pas d’aiguillon, ne butinent pas et ne participent ni à la construction ni à l’élevage. Ils sont nourris par les ouvrières.
Leur présence est saisonnière. Ils apparaissent au printemps, quand la colonie est assez forte pour se permettre de les élever, et disparaissent à la fin de la saison de reproduction : selon le livret ministériel, ceux qui ne sont pas morts après un accouplement sont éliminés par les ouvrières à l’approche de l’hiver.
Les zones de rassemblement
La revue de Rangel et Fisher (2019) réunit les données essentielles sur la vie des mâles :
- développement de l’œuf à l’adulte : environ 24 jours ;
- premiers vols d’orientation : environ 5 à 8 jours après l’émergence ;
- maturité sexuelle : selon les études, de 6 à 18 jours après l’émergence ;
- durée de vie d’un mâle qui ne s’accouple pas : environ 20 à 40 jours ;
- zones de rassemblement : 30 à 200 m de diamètre, 10 à 40 m au-dessus du sol, jusqu’à environ 11 000 mâles, venus de colonies situées jusqu’à 5 km, même si la plupart viennent de quelques centaines de mètres ;
- un mâle qui s’accouple meurt aussitôt, une partie de son appareil génital restant arrachée dans la reine.
Les faux-bourdons dérivent aussi beaucoup d’une ruche à l’autre et y sont généralement acceptés. Dans un rucher de testage allemand étudié par Neumann, Moritz et Mautz (Apidologie, 2000), environ 50 % des mâles en moyenne avaient dérivé vers une autre colonie (de 3 à 89 % selon les ruches), contre environ 5 % des ouvrières. Comme ils fécondent en outre des reines venues d’autres ruchers dans les zones de rassemblement, leur rôle dépasse leur propre ruche : ils assurent le brassage génétique de toute la population d’abeilles d’un secteur.
Trop de mâles, est-ce un problème ?
Une colonie normale élève des mâles au printemps, et c’est un signe de bonne santé. Il faut en revanche s’inquiéter quand du couvain de mâles apparaît dans des cellules d’ouvrières. Ces cellules, trop étroites pour un mâle, sont fermées par des opercules nettement bombés qui dépassent du rayon. Deux situations sont possibles :
- une reine bourdonneuse : la reine n’a plus de spermatozoïdes, ou n’a pas été fécondée, et ne pond plus que des œufs non fécondés. Elle pond en général un seul œuf par cellule, au fond de l’alvéole, mais le couvain de mâles se mêle à celui d’ouvrières, ou le remplace ;
- des ouvrières pondeuses : dans une colonie orpheline depuis plusieurs semaines, certaines ouvrières développent leurs ovaires et pondent des œufs non fécondés. On trouve alors souvent plusieurs œufs par cellule, en désordre, parfois collés sur les parois plutôt qu’au fond, et un couvain très irrégulier.
Prudence toutefois : selon le livret ministériel, plusieurs œufs dans une même cellule peuvent aussi venir d’une très jeune reine qui commence à pondre. Le diagnostic se confirme à la visite suivante.
Le couvain : œufs, larves et nymphes jour par jour
Le couvain désigne l’ensemble des stades immatures : œufs, larves et nymphes. On distingue le couvain ouvert (œufs et larves, dans des cellules non fermées) et le couvain operculé (nymphes, dans des cellules fermées par un opercule de cire).
Durées de développement
Le livret ministériel donne les durées suivantes, confirmées par l’Encyclopædia Universalis pour les totaux :
| Stade | Reine | Ouvrière | Faux-bourdon |
|---|---|---|---|
| Œuf | 3 jours | 3 jours | 3 jours |
| Larve | environ 5,5 à 6 jours | 6 jours | environ 6,5 à 7 jours |
| Nymphe | environ 7 à 7,5 jours | 12 jours | environ 14 à 14,5 jours |
| Total de la ponte à l’émergence | 16 jours | 21 jours | 24 jours |
Ces durées sont très utiles sur le terrain. Si vous trouvez des œufs, la reine était là il y a moins de trois jours. Une colonie orpheline qui élève une reine de sauveté à partir d’une jeune larve aura une nouvelle reine une douzaine de jours plus tard environ, et cette reine devra encore être fécondée avant de pondre. Le cycle complet de chaque abeille est détaillé dans notre article sur le cycle de vie de l’abeille, de l’œuf à l’adulte.
Mâle ou femelle : le rôle de la fécondation
Le sexe d’une abeille dépend de la fécondation de l’œuf. Selon le groupe de génétique évolutive de l’université de Düsseldorf, qui a identifié le gène en cause, les œufs non fécondés donnent des mâles, porteurs d’un seul jeu de chromosomes, et les œufs fécondés donnent des femelles. Ce système s’appelle l’haplodiploïdie. Le gène csd sert d’interrupteur : deux versions différentes de ce gène déclenchent le développement femelle. Lorsqu’un œuf fécondé porte deux versions identiques, ce qui arrive plus souvent en cas de consanguinité, il donne un mâle diploïde que les ouvrières repèrent et mangent dès l’éclosion de la larve. Un couvain très troué peut donc parfois traduire un manque de diversité génétique, même si d’autres causes, maladies ou reine défaillante, sont bien plus fréquentes.
Reine ou ouvrière : une affaire d’alimentation
Une larve femelle peut devenir reine ou ouvrière. Ce n’est pas l’œuf qui décide, mais la nourriture reçue. D’après Buttstedt, Moritz et Erler (2013), les larves royales reçoivent exclusivement de la gelée royale, tandis que les larves d’ouvrières voient du pollen et du miel ajoutés à leur ration. L’université de l’Illinois a montré en 2015 que l’acide p-coumarique, présent dans le pain d’abeille et le miel mais absent de la gelée royale, oriente la larve vers le développement d’ouvrière en modifiant l’expression d’une grande partie de ses gènes.
C’est ce mécanisme qui permet à une colonie orpheline de se refaire une reine à partir d’une jeune larve d’ouvrière, en agrandissant sa cellule en cellule royale et en la gavant de gelée royale.
Lire un cadre de couvain
Un bon couvain se reconnaît à quelques signes simples :
- Un couvain compact : les cellules operculées forment des plaques continues, avec peu de cellules vides au milieu.
- Tous les stades présents : œufs, jeunes larves nacrées et couvain operculé indiquent une ponte régulière.
- Une disposition logique : le couvain au centre des cadres, entouré d’une couronne de pollen, puis de miel dans le haut et sur les bords.
- Des opercules sains : plats et de couleur uniforme pour les ouvrières, bombés pour les mâles. Des opercules affaissés, percés ou d’aspect gras doivent faire penser à une maladie du couvain et justifient l’avis de votre GDSA ou d’un vétérinaire.
Selon Johnson, un rayon de couvain compte de l’ordre de 6 000 cellules mais n’offre de place qu’à environ 2 000 abeilles adultes : la surface du nid est donc constamment disputée entre la ponte, les réserves et les abeilles elles-mêmes.
Comment la ruche régule sa température
Le couvain ne se développe correctement que dans une plage de température étroite. D’après Weinberg et ses coauteurs (Frontiers in Ecology and Evolution, 2023), le couvain d’ouvrières se développe au mieux entre 32 et 36 °C, avec un optimum généralement situé vers 35 °C. Une exposition prolongée sous 32 °C augmente le risque d’ailes, de pattes ou d’abdomens malformés, et la survie des nymphes tombe à zéro à 38 °C.
Pour tenir cette consigne, les ouvrières disposent de deux outils :
- Chauffer : elles contractent leurs muscles du vol sans bouger les ailes, ce qui produit de la chaleur. Certaines appliquent leur thorax contre les opercules ou se glissent dans des cellules vides pour chauffer le couvain voisin.
- Refroidir : elles ventilent en battant des ailes et répandent de l’eau dans la ruche, qui rafraîchit l’air en s’évaporant.
En hiver, la colonie se resserre en grappe. Toujours selon cette étude, par une température extérieure de 2,5 °C, le cœur de la grappe peut rester au-dessus de 35 °C, assez pour élever du couvain, tandis que la couche extérieure d’abeilles reste au-dessus de 17 °C et sert surtout d’isolant. Pour tenir jusqu’au printemps, Johnson estime qu’une colonie a besoin de l’ordre de 20 kg de miel, un chiffre à adapter à votre climat et à votre race d’abeille.
Le choix de l’emplacement compte aussi : un rucher bien exposé et abrité du vent soulage la colonie de ce travail de régulation. Nos conseils pour bien choisir l’implantation de votre rucher détaillent ces critères.
Existe-t-il une hiérarchie dans la ruche ?
On parle souvent de « reine » et de « sujets », mais la ruche n’a pas de hiérarchie au sens humain. La reine ne commande rien. Le livret ministériel qualifie d’ailleurs la colonie de « superorganisme » : c’est l’ensemble qui fonctionne comme un individu, chaque abeille réagissant à des signaux locaux.
Ces signaux sont de trois ordres :
- chimiques : phéromones de la reine, du couvain et des ouvrières, qui informent sur la présence de la reine, la quantité de larves à nourrir ou une alerte à l’entrée ;
- tactiles et alimentaires : échanges de nourriture de bouche à bouche, qui font circuler les informations et les phéromones dans toute la colonie ;
- dansés : les butineuses indiquent la direction et la distance des ressources par leurs danses.
L’essaimage illustre bien ce fonctionnement collectif. Le biologiste Thomas Seeley, dont les travaux sont présentés par l’université Cornell, a montré que lors de l’essaimage, environ deux tiers des ouvrières quittent la ruche avec l’ancienne reine. Plusieurs centaines d’éclaireuses, parmi les plus âgées, prospectent alors 10 à 20 cavités possibles. Chacune annonce son site par une danse d’autant plus longue que le site lui paraît bon, et le choix est fait lorsqu’un nombre suffisant d’éclaireuses se retrouve sur le même site. Aucune abeille ne tranche seule : la décision émerge de la compétition entre les annonces.
Une année dans la vie d’une colonie
L’organisation de la ruche évolue au fil des saisons. En France métropolitaine, avec de fortes différences entre le littoral méditerranéen et la montagne, le schéma général est le suivant :
| Saison | Ce qui se passe dans la colonie | Ce que l’apiculteur surveille |
|---|---|---|
| Fin d’hiver | reprise de la ponte au centre de la grappe, les abeilles d’hiver élèvent la relève | réserves, poids de la ruche, absence de mortalité anormale |
| Printemps | explosion du couvain, élevage des mâles, construction de cire, risque d’essaimage | place disponible, cellules royales, pose des hausses |
| Été | population maximale, grandes miellées, puis ralentissement de la ponte | récolte, pression du varroa |
| Fin d’été et automne | naissance des abeilles d’hiver, expulsion des mâles | traitement contre le varroa, réserves, frelon asiatique |
| Hiver | grappe, peu ou pas de couvain | tranquillité, protection contre l’humidité et les nuisibles |
Le volume de la ruche doit suivre cette dynamique. Une ruche Dadant, avec son grand corps et ses hausses ajoutées au printemps, laisse à la reine un nid à couvain étendu. Une ruche Warré, qu’on agrandit par le bas, se rapproche davantage du développement naturel de la colonie.
Ce que l’organisation de la ruche change pour l’apiculteur en France
Connaître la répartition des rôles permet de poser un diagnostic rapide à chaque visite :
- Cherchez des œufs plutôt que la reine. Des œufs d’un à trois jours, un par cellule, au fond de l’alvéole, prouvent qu’une reine pondeuse était présente il y a moins de trois jours.
- Évaluez le couvain. Un couvain compact sur plusieurs cadres au printemps signale une reine vigoureuse, un couvain en mosaïque appelle une recherche de cause.
- Repérez les cellules royales. Sur le bas des cadres au printemps, elles annoncent souvent un essaimage. Au milieu des rayons, isolées, elles indiquent plutôt un remplacement de la reine.
- Observez les mâles. Leur présence au printemps est normale. Du couvain de mâles sous opercules bombés dans des cellules d’ouvrières signale une reine bourdonneuse ou, s’il s’accompagne de plusieurs œufs par cellule, des ouvrières pondeuses.
- Pensez aux abeilles d’hiver dès l’été. Elles se préparent à la fin de l’été : c’est la colonie de cette période, et sa santé, qui conditionnent l’hivernage.
En France, toute personne qui détient des colonies doit aussi les déclarer. Le livret « Mieux savoir » du ministère de l’Agriculture rappelle que la déclaration est obligatoire dès la première colonie, quelle que soit sa taille, ruche, ruchette ou ruchette de fécondation. Elle se fait chaque année entre le 1er septembre et le 31 décembre. Si vous acquérez votre première colonie entre le 1er janvier et le 31 août, vous devez la déclarer tout de suite, puis de nouveau pendant la période obligatoire. Cette déclaration vous attribue un numéro d’apiculteur, le NAPI, à afficher au rucher sur au moins 10 % des ruches ou sur un panneau à proximité.
Si vous débutez, notre liste du matériel indispensable pour l’apiculteur débutant vous aidera à préparer vos premières visites. Pour aller plus loin sur la vie collective des abeilles, retrouvez tous nos articles de la rubrique colonie d’abeilles.
Questions fréquentes
Combien d'abeilles vivent dans une ruche ?
En pleine saison, une colonie forte compte environ 30 000 à 60 000 ouvrières, une seule reine et quelques centaines à quelques milliers de faux-bourdons. En hiver, la population tombe à quelques milliers d'ouvrières serrées en grappe autour de la reine, et les mâles ont disparu. L'effectif varie beaucoup selon la race d'abeille, la région, la météo de l'année et la qualité de la reine.
Y a-t-il un chef dans une ruche ?
Non. La reine ne donne aucun ordre : elle pond et diffuse des phéromones qui informent la colonie de sa présence. Les décisions collectives, comme le choix d'un nouveau logis lors de l'essaimage, naissent de milliers d'interactions entre ouvrières. On parle d'organisation décentralisée, ou de superorganisme, plutôt que de hiérarchie au sens humain du terme.
Combien de temps vit une reine d'abeille ?
Une reine peut vivre plusieurs années, souvent deux à trois ans et parfois davantage. Sa ponte faiblit avec l'âge, car la réserve de spermatozoïdes accumulée lors de ses vols de fécondation n'est jamais renouvelée. Beaucoup d'apiculteurs la remplacent au bout de deux saisons pour garder une colonie dynamique, et la colonie peut aussi la remplacer d'elle-même par supersédure.
Que se passe-t-il quand une ruche perd sa reine ?
Si de jeunes larves femelles, âgées de moins de trois jours environ, sont présentes, les ouvrières transforment quelques cellules en cellules royales de sauveté et nourrissent ces larves de gelée royale pour élever une nouvelle reine. Sans larve utilisable, la colonie reste orpheline sans issue : des ouvrières finissent par pondre des œufs non fécondés, qui ne donnent que des mâles, et la colonie s'éteint sans intervention de l'apiculteur.
À quoi servent les faux-bourdons ?
Les faux-bourdons servent à féconder les jeunes reines, y compris celles d'autres colonies, dans des zones de rassemblement situées entre 10 et 40 m de hauteur. Ils ne butinent pas, ne construisent pas et n'ont pas d'aiguillon. Un mâle qui s'accouple meurt aussitôt. Les autres sont expulsés par les ouvrières à la fin de la saison de reproduction, quand les ressources diminuent.
Quelle est la différence entre une abeille d'été et une abeille d'hiver ?
L'abeille d'été, née au printemps ou en début d'été, vit environ cinq à six semaines, usée par le travail et le butinage. L'abeille d'hiver, née à l'automne, vit environ six à huit mois : elle élève peu de couvain, garde des réserves corporelles importantes et assure le chauffage de la grappe jusqu'au printemps, quand elle élève les premières générations de la nouvelle saison.
Comment reconnaître la reine dans une ruche ?
La reine est plus longue que les ouvrières, avec un abdomen allongé qui dépasse nettement des ailes et des pattes plus longues. Elle se déplace souvent entourée d'une petite cour d'ouvrières tournées vers elle. Elle se trouve en général sur les cadres de couvain ouvert, là où elle pond. Un point de couleur sur le thorax facilite beaucoup la recherche.
Sources
- Mieux savoir : livret destiné à ceux qui acquièrent leur première colonie, Ministère de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire
- Division of labor in honeybees: form, function, and proximate mechanisms (Behavioral Ecology and Sociobiology, 2010), Brian R. Johnson, Springer, via PubMed Central
- Factors affecting the reproductive health of honey bee (Apis mellifera) drones: a review (Apidologie, 2019), Juliana Rangel et Adrian Fisher II, Springer
- Honey Bee Queens Do Not Count Mates to Assess their Mating Success (Journal of Insect Behavior, 2018), Michael Simone-Finstrom et David R. Tarpy, USDA-ARS
- The organizational impact of chronic heat: diffuse brood comb and decreased carbohydrate stores in honey bee colonies (2023), Frontiers in Ecology and Evolution
- More than royal food: Major royal jelly protein genes in sexuals and workers of the honeybee Apis mellifera (2013), Frontiers in Zoology, BioMed Central
- Study identifies chemical in diet that determines a honey bee's caste, University of Illinois News Bureau
- Colony evaluation is not affected by drifting of drone and worker honeybees (Apis mellifera L.) at a performance testing apiary (Apidologie, 2000), Peter Neumann, Robin F. A. Moritz et Dieter Mautz, Apidologie
- Honey bee disorders: non-infectious diseases and pests, University of Georgia, Honey Bee Program (CAES)
- Haplodiploidy and complementary sex determination, Heinrich-Heine-Universität Düsseldorf, groupe de génétique évolutive (Martin Beye)
- Overwintering honey bees: biology and management (Current Opinion in Insect Science, 2015), Penn State University
- Honeybee democracies offer useful insights, says new book, Cornell Chronicle, Cornell University
- Abeille, Encyclopædia Universalis




