Pot de miel et cuillère à miel dont le miel s'écoule

Bienfaits du miel : ce que la science confirme pour la toux, les plaies, le diabète et ce qu'elle dément

Bienfaits du miel : ce que prouvent vraiment les études (toux, plaies, manuka), sa composition, ses calories, miel ou sucre, diabète et danger avant 1 an.

Le miel a quelques bienfaits démontrés, mais moins nombreux qu’on ne le croit, et c’est déjà une belle chose pour un aliment aussi simple. Les études sérieuses confirment qu’il soulage modestement la toux aiguë de l’enfant de plus d’un an et de l’adulte, et qu’un miel médical stérilisé aide à cicatriser certaines brûlures et plaies. Pour le reste, c’est d’abord un aliment sucré, à peine plus favorable que le sucre blanc, et il est dangereux pour les bébés de moins de 12 mois.

Quels sont les vrais bienfaits du miel, preuves à l’appui ?

Avant d’entrer dans le détail, voici l’état des connaissances en un coup d’œil. Le niveau de preuve indique la solidité des études disponibles, pas l’intensité de l’effet.

Usage Ce que montrent les études Niveau de preuve En pratique
Toux aiguë de l’enfant (plus de 1 an) Toux un peu moins fréquente et moins gênante la nuit qu’avec un placebo Modéré (Cochrane 2018) Une à deux cuillères à café le soir, raisonnable
Toux et rhume de l’adulte Toux moins fréquente et moins sévère qu’avec les « soins habituels » Faible à modéré, risque de biais modéré (BMJ EBM 2021) Complément de confort, pas d’antibiotique pour autant
Brûlures superficielles Cicatrisation environ 4 à 5 jours plus rapide qu’avec des pansements classiques Élevé pour le délai de guérison (Cochrane 2015) Miel médical uniquement, sur avis soignant
Plaies postopératoires infectées Guérison plus fréquente qu’avec antiseptique et compresse Modéré, un seul essai Idem
Ulcères de jambe, autres plaies Effet incertain Faible Pas de recommandation
Glycémie, cholestérol Légère amélioration quand le miel remplace d’autres sucres Faible (Nutrition Reviews 2023) Ne justifie pas d’en manger plus
Immunité, « détox », énergie, sommeil Aucune démonstration chez l’humain Absent Aucune allégation de santé autorisée en Europe
Bébé de moins de 12 mois Risque de botulisme infantile Recommandation officielle (ANSES) Jamais de miel

Le Conseil européen de l’information sur l’alimentation (EUFIC) résume bien la situation : les données chez l’humain restent limitées et peu concluantes, et de grandes études manquent encore pour étayer la plupart des vertus prêtées au miel.

Composition du miel : que contient vraiment un pot ?

Surtout des sucres et de l’eau

Le miel est fabriqué par les abeilles à partir du nectar des fleurs ou du miellat, ces sécrétions sucrées laissées sur les plantes par des insectes piqueurs-suceurs. Les butineuses le transforment grâce à leurs enzymes, le déshydratent et le laissent mûrir dans les alvéoles. Le résultat est une solution très concentrée de sucres, que l’apiculteur prélève ensuite lors de la récolte du miel.

Selon les valeurs moyennes publiées par l’EUFIC, établies sur huit types de miel, 100 g de miel contiennent :

Constituant Pour 100 g Commentaire
Fructose 41,8 g Sucre majoritaire, au pouvoir sucrant élevé
Glucose 34,6 g Responsable de la cristallisation
Eau 17,5 g Au-delà de 20 %, risque de fermentation
Protéines 0,4 g Traces, dont les enzymes des abeilles
Lipides 0 g Aucun
Énergie 288 kcal 58 kcal pour une portion de 20 g

La table Ciqual de l’ANSES (version 2013) donne des ordres de grandeur voisins : 18,2 g d’eau et 79,1 g de sucres pour 100 g. Le reste, à peine 1 à 2 %, regroupe des acides organiques qui rendent le miel acide (pH moyen de 3,9 selon l’EUFIC), des minéraux, des traces de vitamines, des enzymes, des pigments, des grains de pollen et des composés aromatiques propres à chaque fleur.

Le rapport entre glucose et fructose varie d’un miel à l’autre. C’est lui qui explique qu’un miel de colza se fige en quelques jours alors qu’un miel d’acacia reste liquide pendant des mois. Ce phénomène naturel n’a rien d’un défaut : nous l’expliquons en détail dans notre article sur le miel cristallisé et ses causes.

Des vitamines et minéraux en quantités anecdotiques

On lit souvent que le miel est « riche en vitamines et minéraux ». Les chiffres disent autre chose. D’après la table Ciqual relayée par informationsnutritionnelles.fr, 100 g de miel apportent en moyenne (valeurs arrondies) :

  • 70 mg de potassium ;
  • 8 mg de calcium ;
  • 1,7 mg de vitamine C ;
  • 0,25 mg de vitamine B6 ;
  • 5 µg de folates.

Pour une cuillère à soupe de 20 g, cela représente environ 0,3 mg de vitamine C, soit moins de 1 % de l’apport de référence de 80 mg retenu sur les étiquettes européennes. Les miels foncés, comme ceux de châtaignier ou de sarrasin, sont un peu plus riches en minéraux et en composés phénoliques antioxydants que les miels clairs, mais à la dose où l’on consomme du miel, l’apport reste marginal.

Ce que la loi impose : un miel pur, sans rien ajouter

En France comme dans toute l’Union européenne, la composition du miel est encadrée par la directive 2001/110/CE du 20 décembre 2001, modifiée en 2014 et transposée en droit français par le décret n° 2003-587 du 30 juin 2003. Le texte définit le miel comme la substance sucrée naturelle produite par les abeilles Apis mellifera à partir du nectar de plantes, de sécrétions de parties vivantes de plantes ou d’excrétions d’insectes suceurs, et fixe des critères précis :

Critère Limite générale Exceptions principales
Fructose + glucose au moins 60 g/100 g (miel de fleurs) au moins 45 g/100 g pour le miel de miellat
Saccharose au plus 5 g/100 g 10 g notamment pour le robinier (« acacia »), la luzerne, certains eucalyptus et les agrumes ; 15 g pour la lavande et la bourrache
Teneur en eau au plus 20 % 23 % pour la callune et le miel destiné à l’industrie, 25 % pour le miel de callune destiné à l’industrie
HMF (indicateur de chauffage ou de vieillissement) au plus 40 mg/kg 80 mg/kg pour les miels de climat tropical déclarés
Activité diastasique au moins 8 sur l’échelle de Schade 3 pour les miels naturellement pauvres en enzymes, comme les agrumes, si leur HMF ne dépasse pas 15 mg/kg

La directive précise surtout qu’on ne peut ajouter au miel aucun ingrédient, aucun additif, ni rien d’autre que du miel. Un produit additionné de sirop n’est plus du miel. Malgré cela, lors de contrôles menés en 2021 dans près de 300 établissements, la DGCCRF a relevé des anomalies dans 40 % d’entre eux et sur plus de quatre des 176 miels analysés sur dix, dont des ajouts de sucres et des miels faussement présentés comme locaux ou français. Pour éviter ces pièges, consultez notre guide pour choisir son miel et lire l’étiquette.

Miel calories : combien dans une cuillère ?

Le miel est un peu moins calorique que le sucre à poids égal, simplement parce qu’il contient environ 17 à 18 % d’eau. Le sucre blanc, fait à 100 % de saccharose, apporte 400 kcal pour 100 g. Le miel en apporte entre 288 kcal (valeur EUFIC) et 327 kcal (valeur Ciqual 2013), selon les miels analysés et les méthodes de calcul.

Quantité Poids approximatif Calories du miel Calories du sucre blanc
1 cuillère à café 7 g 20 à 23 kcal 28 kcal
1 cuillère à soupe 20 g 58 à 65 kcal 80 kcal
100 g 100 g 288 à 327 kcal 400 kcal

Deux nuances changent la donne au quotidien :

  1. À volume égal, le miel pèse plus lourd. Une cuillère de miel contient plus de matière qu’une cuillère de sucre en poudre, donc l’avantage calorique disparaît souvent si l’on sucre « à la cuillère ».
  2. Le miel peut sucrer un peu plus. Son sucre majoritaire, le fructose, a un pouvoir sucrant supérieur à celui du saccharose, ce qui permet parfois d’en mettre un peu moins. L’effet dépend du miel et reste modeste : c’est le seul vrai levier pour réduire ses apports en remplaçant le sucre par du miel.

Pour l’Organisation mondiale de la santé, le miel fait partie des « sucres libres », au même titre que le sucre de table et les sirops. Il entre donc dans la limite recommandée de moins de 10 % des apports énergétiques quotidiens, soit environ 50 g de sucres libres pour un adulte qui consomme 2 000 kcal par jour, toutes sources confondues. L’OMS ajoute que descendre sous 5 %, environ 25 g ou six cuillères à café, apporterait des bénéfices supplémentaires.

Miel ou sucre : lequel est le meilleur pour la santé ?

Un index glycémique à peine plus bas

L’index glycémique (IG) mesure la vitesse à laquelle un aliment fait monter la glycémie, comparé au glucose pur. D’après les tables internationales publiées en 2008 dans Diabetes Care par Atkinson, Foster-Powell et Brand-Miller, un IG est faible à 55 ou moins et élevé à partir de 70. Leurs valeurs moyennes sont les suivantes :

Produit Index glycémique moyen Catégorie
Glucose 103 Élevé (référence 100)
Saccharose (sucre blanc) 65 Intermédiaire
Miel (moyenne) 61 Intermédiaire
Fructose 15 Faible

L’écart entre miel et sucre est donc faible. Il varie surtout selon la proportion de fructose : un miel d’acacia, très riche en fructose, a en principe un IG plus bas qu’un miel de colza ou de tournesol, plus riche en glucose. Dans tous les cas, le miel reste un produit qui élève nettement la glycémie.

Ce que dit la méta-analyse de Toronto

L’étude la plus citée pour défendre le miel face au sucre est une revue systématique de l’Université de Toronto mise en ligne en novembre 2022 dans Nutrition Reviews (Ahmed et ses collègues, équipe de John Sievenpiper). Elle a rassemblé 18 essais contrôlés portant sur 1 105 participants. Avec une dose médiane de 40 g par jour, environ deux cuillères à soupe, pendant huit semaines en médiane, le miel était associé à une légère baisse de la glycémie à jeun (en moyenne 0,2 mmol/l), du cholestérol total et LDL, et des triglycérides, ainsi qu’à une petite hausse du « bon » cholestérol HDL.

Trois limites invitent à la prudence :

  • la certitude des preuves était faible pour la plupart des résultats, selon les auteurs eux-mêmes, seule la hausse du HDL étant jugée de certitude élevée ;
  • les bénéfices apparaissaient surtout avec des miels crus et certains miels monofloraux, comme l’acacia (robinier) et le trèfle, alors que la pasteurisation, typiquement 65 °C pendant au moins 10 minutes, les réduisait ;
  • les participants suivaient une alimentation saine où les sucres ajoutés ne dépassaient pas 10 % des calories.

Les chercheurs le disent clairement : le message porte sur le remplacement. Remplacer le sucre du yaourt ou du thé par une quantité équivalente de miel peut être un choix légèrement favorable. Ajouter du miel à une alimentation déjà sucrée ne l’est pas.

Miel et diabète : peut-on en manger ?

Le miel n’est pas un aliment interdit aux personnes diabétiques, mais il n’a rien d’un sucre « permis ». Il contient environ 80 % de glucides et son index glycémique, autour de 61, reste proche de celui du sucre de table. Une cuillère à soupe de miel apporte environ 15 à 16 g de sucres, qui doivent être comptés comme tels.

En pratique, si vous êtes diabétique :

  1. Comptez le miel dans vos glucides, comme un morceau de sucre ou une cuillère de confiture, et non en plus.
  2. Préférez de petites quantités prises au cours d’un repas, où les fibres, les protéines et les graisses ralentissent l’absorption, plutôt qu’à jeun ou dans une boisson.
  3. Si vous choisissez un miel, choisissez-le riche en fructose, comme l’acacia, dont l’impact glycémique est souvent un peu moindre. L’écart reste limité.
  4. Ne l’utilisez pas pour corriger une hypoglycémie à la place du sucre ou du glucose recommandés par votre équipe soignante : sa teneur en glucose est variable et son action moins prévisible.
  5. Parlez-en à votre médecin ou à votre diététicienne, surtout si vous êtes traité par insuline ou par des médicaments qui exposent aux hypoglycémies.

Les résultats encourageants de la méta-analyse de Toronto sur la glycémie à jeun portaient sur des quantités modérées de miel, consommées dans une alimentation saine où il remplaçait d’autres sucres, avec une certitude faible. Ils ne permettent pas de présenter le miel comme un traitement ou une protection contre le diabète.

Miel pour la toux : ce que montrent vraiment les études

Chez l’enfant de plus d’un an : la revue Cochrane

C’est l’usage le mieux documenté. La revue Cochrane d’Oduwole et ses collègues, mise à jour en avril 2018, a rassemblé les essais menés chez des enfants de 12 mois à 18 ans souffrant de toux aiguë, en général liée à un rhume. Ses conclusions, comparaison par comparaison :

Le miel comparé à Résultat Certitude
Placebo Toux moins fréquente, moins sévère et moins gênante pour le sommeil ; toux raccourcie d’environ 0,7 jour Modérée
Absence de traitement Toux moins fréquente et moins sévère Modérée
Diphénhydramine (antihistaminique) Petite amélioration en faveur du miel Faible
Dextrométhorphane (antitussif) Pas de différence nette Faible
Salbutamol Durée de toux raccourcie d’environ 0,5 jour Modérée

L’effet existe mais reste modeste. Dans son commentaire de la version 2014 publié dans Paediatrics & Child Health, le docteur Sarah Barker note qu’il correspond à une amélioration moyenne d’environ 2 points sur une échelle de 7 sur une seule nuit, que les effets positifs sont probablement assez faibles et qu’il n’existe pas de preuve forte pour ou contre son usage. Elle juge pourtant le miel « une option assez raisonnable » chez l’enfant de plus d’un an, d’autant que les sirops contre la toux vendus sans ordonnance n’ont pas fait la preuve de leur efficacité chez les jeunes enfants. Elle rappelle aussi qu’il n’y a en général aucune raison de supprimer la toux d’un enfant par ailleurs en bonne santé.

Le miel n’est pas tout à fait anodin : la revue Cochrane relève un peu plus de maux de ventre, de nausées et de vomissements qu’avec un placebo, avec une certitude modérée. Ces effets restent bénins. Face au dextrométhorphane, un peu plus de nervosité, d’insomnie ou d’agitation ont aussi été notées, avec une certitude faible.

Chez l’adulte : la méta-analyse d’Oxford

En 2021, une équipe de l’Université d’Oxford a publié dans BMJ Evidence-Based Medicine une méta-analyse de 14 études sur les infections des voies respiratoires hautes, rhume et rhinopharyngite en tête. Comparé aux « soins habituels », le miel réduisait la fréquence et la sévérité de la toux ainsi qu’un score global de symptômes.

Les auteurs y voient une alternative bon marché aux antibiotiques, souvent prescrits à tort dans ces infections virales. Ils reconnaissent aussi les limites : un risque de biais modéré, des soins habituels très différents d’une étude à l’autre, et une comparaison au placebo qui ne reposait que sur deux études, sans résultat significatif. Ils appellent à de nouveaux essais contrôlés de bonne qualité.

Comment l’utiliser contre la toux

Dans les essais pédiatriques, les doses étudiées allaient d’environ une demi-cuillère à deux cuillères à café, données au coucher, selon le commentaire de Sarah Barker, qui précise que la dose optimale n’est pas connue. Le tableau ci-dessous reprend cet ordre de grandeur, à titre indicatif :

Âge Quantité indicative Moment
Moins de 12 mois Aucun miel, jamais
1 à 5 ans Une demi-cuillère à café Au coucher
6 à 11 ans Une cuillère à café Au coucher
12 ans et adulte Une à deux cuillères à café Au coucher ou dans une boisson tiède

Le miel peut se prendre nature, à la cuillère, ou dilué dans une boisson tiède. Après la prise, un brossage des dents ou au moins un rinçage à l’eau évite de laisser du sucre sur les dents toute la nuit.

Le miel soulage le symptôme, il ne soigne pas la cause. Une toux aiguë peut durer jusqu’à trois semaines : selon les chiffres repris par Sarah Barker, la moitié des toux ont disparu au bout de 10 jours et 90 % au bout de 25 jours. Consultez un médecin en cas de difficulté à respirer, de fièvre élevée ou persistante, de toux qui dure au-delà de trois semaines, de crachats sanglants, ou chez un nourrisson.

Miel et cicatrisation : plaies, brûlures et miel médical

Pourquoi le miel freine les bactéries

L’EUFIC attribue les propriétés antibactériennes du miel à trois facteurs : sa très faible teneur en eau libre, qui déshydrate les microbes, son acidité, et la production de peroxyde d’hydrogène, l’eau oxygénée, par une enzyme ajoutée par les abeilles quand le miel est dilué dans les sécrétions d’une plaie. Certains miels, comme le manuka, possèdent en plus des composés spécifiques.

Ce que conclut la revue Cochrane

La revue Cochrane de Jull et ses collègues, publiée en mars 2015, a analysé 26 essais portant sur 3 011 participants. Ses conclusions sont nuancées :

  • brûlures superficielles (deuxième degré superficiel) : le miel les fait cicatriser environ 4,7 jours plus vite que les pansements conventionnels, sur deux essais et 992 patients, avec un niveau de preuve élevé pour ce critère ; face à la sulfadiazine argentique, crème de référence, le taux de guérison à six semaines est comparable, avec moins d’effets indésirables ;
  • plaies postopératoires infectées : la guérison était plus fréquente avec le miel qu’avec un lavage antiseptique suivi d’une compresse, sur un seul essai de 50 patients, avec un niveau de preuve modéré ;
  • ulcères veineux de jambe : l’effet du miel reste incertain (deux essais, 476 patients, preuves de faible qualité) ;
  • autres plaies aiguës ou chroniques : preuves de qualité faible ou très faible, qui ne permettent pas de décider.

Les auteurs résument eux-mêmes qu’il est difficile de tirer des conclusions générales sur le miel en application locale.

Miel médical et miel de cuisine, deux produits différents

Les essais utilisent des miels préparés pour l’usage médical, comme le souligne l’EUFIC. En pharmacie, ces produits se présentent sous forme de gels, de tulles ou de pansements imprégnés, stérilisés et commercialisés comme dispositifs médicaux. Le miel alimentaire, lui, n’est pas stérile : il peut contenir des spores bactériennes, des grains de pollen et de cire.

Sur une petite égratignure propre, chez un adulte en bonne santé, l’usage domestique ne présente guère de risque, mais il n’est pas étudié. Pour une brûlure étendue, une plaie profonde, une morsure, une plaie qui suinte ou rougit, et pour toute plaie chez une personne diabétique, demandez l’avis d’un médecin, d’un pharmacien ou d’une infirmière. Ils pourront, si c’est adapté, vous proposer un pansement au miel médical.

Miel de manuka : que vaut-il vraiment ?

Le miel de manuka est produit en Nouvelle-Zélande et en Australie à partir des fleurs d’un arbuste, Leptospermum scoparium. Sa particularité est chimique : il contient de grandes quantités de méthylglyoxal (MGO), un composé formé dans le miel à partir d’une substance du nectar, la dihydroxyacétone.

En 2008, l’équipe de Thomas Henle à l’Université technique de Dresde (Mavric et ses collègues) a identifié le MGO comme le principal composé antibactérien du manuka. Dans six miels néo-zélandais, elle a mesuré de 38 à 761 mg/kg de MGO, jusqu’à cent fois plus que dans les miels conventionnels. En 2009, Atrott et Henle ont analysé 61 échantillons contenant de 189 à 835 mg/kg de MGO et observé une corrélation linéaire entre la teneur en MGO et l’activité antibactérienne. Selon eux, au-delà d’environ 150 mg/kg, le MGO est directement responsable de l’activité propre au manuka.

Ce que cela signifie pour vous :

Question Réponse
L’activité antibactérienne est-elle réelle ? Oui, en laboratoire, et elle justifie l’emploi du manuka dans des pansements médicaux
Manger du manuka protège-t-il des infections ? Aucune étude solide ne le montre chez l’humain
Que signifie « MGO 400+ » sur un pot ? Une teneur minimale annoncée d’environ 400 mg de méthylglyoxal par kilo
Faut-il l’acheter contre la toux ? Les essais sur la toux ont surtout utilisé d’autres miels ; rien ne prouve qu’il fasse mieux
Est-il plus sûr pour un bébé ? Non, le risque de botulisme concerne tous les miels

Le manuka est un miel rare, très demandé et donc très cher, ce qui en fait aussi une cible pour la fraude. Si vous en achetez, fiez-vous à une teneur en MGO mesurée et affichée plutôt qu’à des promesses de santé, qu’aucun vendeur n’a d’ailleurs le droit d’écrire en Europe.

Miel et bébé : pourquoi jamais avant 12 mois

C’est la seule mise en garde absolue de cet article. Ne donnez jamais de miel à un enfant de moins de 12 mois, ni à la cuillère, ni dans un biberon, ni sur une tétine ou un doigt pour calmer des pleurs ou des coliques.

Le botulisme infantile

L’ANSES explique que le miel peut contenir des spores de Clostridium botulinum, une bactérie présente dans les poussières et certains sols, que les abeilles peuvent rapporter à la ruche. Chez l’adulte, ces spores traversent le tube digestif sans dommage. Chez le nourrisson, dont la flore intestinale n’est pas encore installée, elles peuvent germer dans l’intestin et produire la toxine botulique.

Les symptômes s’installent progressivement :

  • une constipation, souvent le premier signe ;
  • un bébé qui tète mal, pleure faiblement et devient irritable ;
  • un visage peu expressif, des paupières tombantes ;
  • une perte du maintien de la tête ;
  • dans les formes graves, une paralysie du diaphragme qui gêne la respiration et impose une prise en charge en urgence.

La plupart des enfants touchés sont hospitalisés longtemps, souvent avec une assistance respiratoire. Les décès restent extrêmement rares dans les pays occidentaux, précise l’ANSES.

Combien de cas en France ?

La maladie est rare. Santé publique France a recensé sept cas de botulisme infantile en France entre 1991 et 2009, tous hospitalisés et tous guéris ; une consommation de miel avait été retrouvée chez trois de ces nourrissons. L’ANSES, dans son avis du 13 juillet 2010, reprend ces chiffres et souligne que le miel est le seul aliment identifié comme source d’exposition. Le même avis cite des enquêtes ayant retrouvé des spores dans 2 à 24 % des miels commercialisés, et une étude finlandaise de 2006 qui en trouvait dans 11 % des miels européens. La réglementation européenne n’autorise aucun traitement du miel qui permettrait d’éliminer ces spores.

L’ANSES, conformément aux recommandations de l’Organisation mondiale de la santé, en tire une règle simple : pas de miel avant un an, quelle que soit son origine, bio, local ou industriel. Les spores bactériennes résistent à une cuisson ordinaire : par prudence, évitez aussi de donner à un nourrisson des préparations maison sucrées au miel.

À partir de 12 mois, la flore intestinale de l’enfant est suffisamment développée pour que le miel ne présente plus ce risque particulier. Il reste alors un produit sucré, à limiter comme les autres.

Miel le soir, miel chaud, allergies : les questions pratiques

Faut-il prendre du miel le soir pour mieux dormir ?

Aucune étude sérieuse ne montre que le miel améliore le sommeil d’une personne en bonne santé. Les bénéfices nocturnes observés concernent uniquement la toux : dans les essais pédiatriques, le miel était donné au coucher et réduisait un peu la gêne de la toux sur le sommeil des enfants. Une cuillère de miel dans une tisane le soir est un plaisir, pas un somnifère. Pensez au brossage des dents ensuite.

Le miel perd-il ses propriétés dans une boisson chaude ?

La chaleur dégrade une partie des enzymes et des composés fragiles du miel, et augmente sa teneur en HMF, la molécule que la réglementation limite à 40 mg/kg pour repérer les miels surchauffés ou trop vieux. La méta-analyse de Toronto notait que la pasteurisation industrielle réduisait les effets observés, tout en précisant qu’une boisson chaude ne détruit pas forcément tout. Le geste le plus simple consiste à ajouter le miel quand la boisson a un peu tiédi, plutôt que dans une eau bouillante. Les sucres et les calories, eux, ne changent pas.

Le miel peut-il provoquer des allergies ?

C’est rare, mais possible. Le miel contient des traces de pollen et de protéines d’abeille, et parfois de propolis. Les personnes très allergiques aux pollens, aux piqûres d’hyménoptères ou à la propolis doivent rester prudentes et demander conseil à leur allergologue. Les mêmes précautions valent, plus encore, pour la gelée royale, à l’origine de réactions allergiques sévères chez des personnes asthmatiques ou allergiques.

Le miel bio ou cru est-il meilleur pour la santé ?

Un miel cru, c’est-à-dire non chauffé ni filtré finement, conserve mieux ses enzymes, ses arômes et ses grains de pollen. C’est un vrai critère de qualité gustative, et la méta-analyse de Toronto suggère qu’il pourrait compter pour les effets métaboliques. Le label bio garantit, lui, les conditions de production, notamment l’environnement des ruchers et les traitements utilisés. Ni l’un ni l’autre ne transforme le miel en remède. L’origine florale compte davantage pour le goût : découvrez quelles plantes mellifères donnent quels miels et parcourez notre rubrique consacrée aux différents miels.

Allégations santé : ce qu’un vendeur n’a pas le droit d’écrire

Dans l’Union européenne, toute allégation de santé sur un aliment doit être autorisée au préalable. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) évalue les preuves scientifiques, puis la Commission européenne et les États membres décident, dans le cadre du règlement (CE) n° 1924/2006.

Pour le miel, la réponse est nette. La DGCCRF rappelait le 6 octobre 2023 qu’aucune allégation n’a été autorisée concernant les bénéfices santé du miel, ni sur les étiquettes, ni dans la publicité. Ses enquêteurs ont pourtant relevé sur des étiquettes et des sites de vente des mentions comme :

  • un miel de châtaignier présenté comme « un excellent remontant et un tonifiant pour les veines » ;
  • un miel de lavande censé agir sur les troubles cardiaques et respiratoires ;
  • les termes « antiseptique » ou « recommandé pour la constipation passagère ».

Toutes ces mentions sont interdites. La DGCCRF a aussi épinglé des appellations trompeuses comme « pur » ou « 100 % naturel », qui laissent entendre que d’autres miels ne le seraient pas, alors que la loi impose déjà que tout miel soit pur.

Un apiculteur peut en revanche décrire honnêtement son miel : son origine florale et géographique, son goût, sa texture, sa couleur, sa méthode de récolte. Si un vendeur vous promet qu’un miel « renforce l’immunité », « soigne les ulcères » ou « purifie l’organisme », c’est un signal d’alerte sur le sérieux du produit, pas une preuve de qualité.

Le bon usage, en résumé

  1. Savourez le miel comme un aliment plaisir, en remplaçant d’autres sucres plutôt qu’en les additionnant, sans dépasser quelques cuillères à café par jour.
  2. Utilisez-le contre la toux chez l’enfant de plus d’un an et chez l’adulte, au coucher, en sachant que l’effet est modeste.
  3. Réservez les plaies au miel médical et à l’avis d’un soignant.
  4. Comptez-le comme du sucre si vous êtes diabétique ou surveillez votre poids.
  5. N’en donnez jamais à un bébé de moins de 12 mois.
  6. Choisissez un miel authentique et bien étiqueté, idéalement auprès d’un apiculteur qui peut vous en parler.

Questions fréquentes

Le miel est-il meilleur pour la santé que le sucre ?

Un peu, mais beaucoup moins qu'on ne le dit. Le miel apporte presque autant de calories que le sucre à poids égal et reste composé d'environ 80 % de sucres. Son index glycémique moyen, 61 selon les tables internationales de 2008, est proche de celui du saccharose, 65. Les quelques bénéfices observés dans les essais apparaissent quand le miel remplace le sucre, jamais quand il s'y ajoute.

Le miel est-il efficace contre la toux ?

Chez l'enfant de plus d'un an, la revue Cochrane de 2018 conclut que le miel soulage probablement un peu mieux la toux aiguë qu'un placebo ou que l'absence de traitement, avec un niveau de preuve modéré. Il ne fait pas mieux que le dextrométhorphane. Chez l'adulte, une méta-analyse de 2021 va dans le même sens. Il s'agit d'un soulagement modeste, pas d'un traitement de la cause.

Pourquoi ne faut-il pas donner de miel à un bébé ?

Le miel peut contenir des spores de Clostridium botulinum. Chez le nourrisson, dont la flore intestinale est immature, ces spores peuvent germer et produire la toxine du botulisme infantile, une maladie rare mais grave qui peut paralyser les muscles respiratoires. L'ANSES recommande donc de ne jamais donner de miel avant 12 mois, quelle que soit son origine, ni sur une tétine ni dans les biberons.

Un diabétique peut-il manger du miel ?

Le miel n'est pas interdit, mais il compte comme du sucre. Il fait monter la glycémie presque autant que le sucre blanc, avec un index glycémique moyen de 61 contre 65 pour le saccharose. Une personne diabétique peut en consommer en petite quantité, à la place d'un autre produit sucré et dans le cadre de son plan alimentaire, idéalement après en avoir parlé à son médecin ou à sa diététicienne.

Combien de calories dans une cuillère de miel ?

Le miel apporte environ 290 à 330 kcal pour 100 g selon les tables de composition. Une cuillère à soupe bien remplie, soit environ 20 g, représente donc près de 60 kcal, et une cuillère à café, de l'ordre de 7 g, une vingtaine de kilocalories. À volume égal, le miel est plus calorique que le sucre en poudre, car il est plus dense.

Peut-on mettre du miel sur une plaie ?

Le miel utilisé en soins de plaies est un miel médical, stérilisé et vendu comme pansement, pas le miel du placard. La revue Cochrane de 2015 montre qu'il accélère la cicatrisation des brûlures superficielles et des plaies postopératoires infectées par rapport à certains pansements classiques. Pour toute plaie profonde, brûlure étendue ou plaie de diabétique, l'avis d'un soignant reste indispensable.

Le miel de manuka est-il vraiment plus efficace ?

Le miel de manuka contient du méthylglyoxal, un composé antibactérien présent jusqu'à cent fois plus que dans les miels ordinaires d'après une étude allemande de 2008. Cette activité est réelle en laboratoire et justifie son usage dans des pansements médicaux. En revanche, aucune étude solide ne montre qu'en manger protège mieux des infections qu'un autre miel.

Sources

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  11. Règlement (CE) n° 1924/2006 concernant les allégations nutritionnelles et de santé portant sur les denrées alimentaires, Union européenne, EUR-Lex
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  17. Les bienfaits du miel pour la santé et sa valeur nutritive, EUFIC (Conseil européen de l'information sur l'alimentation)
  18. Miel : valeurs nutritionnelles (d'après la table Ciqual 2013 de l'ANSES), informationsnutritionnelles.fr
  19. Methylglyoxal in manuka honey: correlation with antibacterial properties (Czech Journal of Food Sciences, 2009), Atrott J, Henle T, Czech Academy of Agricultural Sciences
  20. Identification and quantification of methylglyoxal as the dominant antibacterial constituent of Manuka (Leptospermum scoparium) honeys from New Zealand (Molecular Nutrition & Food Research, 2008), Mavric E, Wittmann S, Barth G, Henle T, via PubMed