

Propolis : composition, bienfaits prouvés, allergie, contre-indications et récolte
Propolis : ce que les abeilles en font, sa composition, ce que la science prouve vraiment, la position de l'EFSA et de l'ANSES, l'allergie et la récolte.
La propolis est une substance résineuse que les abeilles fabriquent à partir de résines récoltées sur les bourgeons des arbres, surtout des peupliers en France, mélangées à de la cire. Elles s’en servent pour colmater, lisser et assainir l’intérieur de leur ruche. Pour l’humain, ses effets antimicrobiens sont bien établis en laboratoire, mais les preuves cliniques restent minces : aucune allégation de santé n’est autorisée pour la propolis dans l’Union européenne, et c’est l’un des allergènes de contact les mieux connus.
Qu’est-ce que la propolis et à quoi sert-elle dans la ruche ?
Le mot vient du grec pro, devant, et polis, la cité : un rempart à l’entrée de la colonie. Les apiculteurs l’appellent aussi « colle d’abeille », car elle soude cadres, couvre-cadres et hausses.
Une substance qui change d’état avec la température
La propolis est dure et cassante quand il fait froid, molle et collante quand il fait chaud. Sa couleur va du jaune-vert au brun foncé selon les arbres visités, et elle dégage une odeur résineuse caractéristique. Mise dans l’alcool, elle se sépare en deux fractions : une partie cireuse, insoluble, et un « baume » qui se dissout. C’est ce baume qui concentre les composés étudiés et qui forme la base des extraits vendus en pharmacie.
Les usages de la propolis par la colonie
La revue de référence de Michael Simone-Finstrom et Marla Spivak, publiée dans Apidologie en 2010, recense les fonctions de la propolis dans le nid :
- Colmater et réduire les ouvertures : les abeilles bouchent les fentes, réduisent le trou de vol et lissent les surfaces sur lesquelles elles fixent leurs rayons. Dans une ruche à cadres, les apiculteurs constatent que tout interstice plus étroit que l’« espace abeille », de l’ordre de 6 mm, finit propolisé.
- Former une « enveloppe de propolis » : les colonies vivant à l’état sauvage logées dans des troncs creux tapissent toute la paroi intérieure d’une couche de 0,3 à 0,5 mm d’épaisseur.
- Embaumer les intrus : une souris ou un gros insecte mort, trop lourd pour être évacué, est recouvert de propolis, ce qui limite sa putréfaction dans la ruche.
- Emprisonner les parasites : les abeilles du Cap, en Afrique du Sud, enferment le petit coléoptère des ruches, Aethina tumida, dans de véritables « prisons de propolis » qui l’empêchent de se reproduire.
Toutes les abeilles mellifères n’en font pas autant. Selon la même revue, l’abeille asiatique Apis cerana n’utiliserait pas du tout de résines, tandis que notre abeille, Apis mellifera, en fait un usage intensif. Pour situer ce travail parmi les autres métiers de la colonie, voir l’organisation d’une ruche et la répartition des tâches.
Un élément de l’immunité collective des abeilles
La propolis n’est pas qu’un mastic. Les chercheurs parlent d’immunité sociale : la colonie se protège collectivement des pathogènes, et la propolis y contribue. Simone-Finstrom et Spivak rapportent qu’au bout de sept jours, les jeunes abeilles de colonies dont les parois étaient enduites de propolis exprimaient moins deux gènes liés à l’immunité, signe probable d’une charge bactérienne plus faible dans le nid.
En laboratoire, les extraits de propolis inhibent Paenibacillus larvae, la bactérie de la loque américaine, et, en boîte de Petri, le contact avec un extrait éthanolique à 10 % a tué 100 % des varroas testés. Ces résultats sont intéressants, mais la revue précise que, dans un essai en colonie, l’apport d’extrait de propolis a réduit le nombre de larves malades sans suffire à éliminer la loque, et que les résultats sur le varroa restent des résultats de laboratoire. La propolis n’est en aucun cas un traitement contre le varroa ou les maladies des abeilles : en France, seuls les médicaments vétérinaires disposant d’une autorisation de mise sur le marché sont utilisables.
Comment les abeilles fabriquent-elles la propolis ?
Les arbres visités
En climat tempéré, les peupliers (Populus) sont la principale source de résine. Quand ils manquent, les abeilles se rabattent sur les pins, les bouleaux, les ormes, les aulnes, les hêtres ou les marronniers. Elles préfèrent les bourgeons et les jeunes feuilles, plus riches en résines collantes destinées à protéger les tissus en croissance. Dans les tropiques, elles exploitent d’autres plantes : les fleurs de Clusia, l’arbuste Baccharis dracunculifolia au Brésil, ou encore des Dalbergia.
Le travail des butineuses de résine
La récolte est assurée par une petite fraction des butineuses, qui se spécialisent dans cette tâche, avec peut-être une composante génétique. Les observations compilées dans la revue de 2010 décrivent un travail lent et minutieux :
- La butineuse arrache une parcelle de résine avec ses mandibules.
- Elle la malaxe et la transfère d’une patte à l’autre jusqu’aux corbeilles à pollen de ses pattes postérieures.
- Elle recommence jusqu’à obtenir une charge complète, ce qui a pu être observé en sept minutes environ, mais prend de quinze minutes à une heure selon la météo.
- De retour à la ruche, elle ne peut pas décharger seule : d’autres ouvrières arrachent la résine de ses corbeilles, une opération qui dure généralement une quinzaine de minutes mais peut s’étendre de une à sept heures, voire toute une nuit.
- Les ouvrières mélangent la résine à de la cire et l’appliquent là où la colonie en a besoin.
Une même abeille ne rapporte jamais de résine et de pollen lors du même vol. La récolte s’observe surtout par temps ensoleillé, entre 10 h et 15 h 30 environ, quand la chaleur rend la résine malléable. La récolte de résine est réputée la plus active de la fin de l’été à l’automne, quand les miellées faiblissent, même si l’on peut amener les abeilles à en récolter à toute saison.
La chimie de la propolis vient de l’arbre
La composition de la propolis reflète d’abord celle de la résine d’origine, même si quelques composés volatils peuvent s’évaporer pendant le vol. C’est le point clé pour comprendre tout le reste : une propolis de peuplier récoltée dans le Gers et une propolis verte du Brésil n’ont presque rien en commun sur le plan chimique.
Quelle est la composition de la propolis ?
La formule « 50-30-10-5-5 », à prendre avec précaution
Presque tous les sites reprennent la même composition : environ 50 % de résines et baumes végétaux, 30 % de cire, 10 % d’huiles essentielles et aromatiques, 5 % de pollen et 5 % de matières diverses. On la retrouve jusque dans des revues scientifiques, par exemple celle de Simona Martinotti et Elia Ranzato publiée dans Burns & Trauma en 2015.
Une note scientifique d’Antonio et Maria Luiza Salatino, publiée dans Apidologie en 2021, montre pourtant que ces chiffres, recopiés de publication en publication, remontent à une source antérieure à 1934, probablement consacrée à la propolis européenne, dont les données n’ont jamais pu être vérifiées. Les mesures réelles varient énormément :
| Constituant | Formule souvent citée | Valeurs réellement mesurées (Salatino, 2021) |
|---|---|---|
| Cire | 30 % | de moins de 10 % (propolis verte du Brésil, notamment) à 87 % (une propolis marocaine) |
| Huiles volatiles | 10 % | rarement plus de 1 %, avec des exceptions à 3,5 % (Inde) et 8,5 % (sud du Brésil) |
| Résines et baumes | 50 % | très variable, en miroir de la teneur en cire |
La réglementation brésilienne fixe d’ailleurs des limites de qualité, rappelées par les auteurs : 25 % de cire au maximum, 5 % de cendres et 8 % d’humidité au maximum, et au moins 5 % de composés phénoliques et 0,5 % de flavonoïdes. Retenez qu’il n’existe pas « une » propolis, mais des propolis.
Plus de 300 composés dans un seul échantillon
Selon Simone-Finstrom et Spivak, un seul échantillon de propolis peut contenir jusqu’à 300 composés chimiques. Les principales familles sont :
- Les flavonoïdes, les plus étudiés. Dans la propolis de peuplier, la pinocembrine, la galangine et la pinobanksine sont associées à l’activité antimicrobienne.
- Les acides phénoliques et leurs esters, dont l’ester phénéthylique de l’acide caféique, souvent abrégé CAPE, très étudié en laboratoire.
- Les terpènes, qui dominent dans certaines propolis méditerranéennes.
- Des composés propres à certaines origines, comme l’artépilline C de la propolis verte brésilienne ou les benzophénones prénylées de la propolis rouge.
Conséquence : une étude menée sur une propolis précise ne dit rien de la suivante si sa composition n’a pas été analysée.
Propolis verte, brune, rouge : quelles différences ?
La revue de Martinotti et Ranzato classe les propolis par grandes origines. Voici l’essentiel :
| Type | Origine géographique | Plante source principale | Composés marqueurs |
|---|---|---|---|
| Propolis de peuplier, brune | Europe, dont la France, Amérique du Nord | bourgeons de peupliers, parfois conifères | flavonoïdes et polyphénols |
| Propolis verte | sud-est du Brésil | Baccharis dracunculifolia | artépilline C |
| Propolis rouge | Cuba, Mexique, Brésil | exsudats tropicaux, dont les fleurs de Clusia | benzophénones prénylées |
| Propolis méditerranéenne | Grèce, Malte, Crète, sud de l’Italie | conifères probables (cyprès, pins) | diterpènes |
| Propolis du Pacifique | Taïwan, Japon | Macaranga | flavanones prénylées |
Faut-il préférer la propolis verte ?
La propolis verte est souvent vendue plus cher et présentée comme supérieure. Aucune donnée ne permet de dire qu’elle est « meilleure » pour la santé humaine : elle est différente. Elle a l’avantage d’être plus pauvre en cire, donc plus facile à extraire, et elle est très étudiée, notamment pour l’artépilline C. Simone-Finstrom et Spivak rapportent par exemple qu’elle inhibe davantage la bactérie de la loque américaine in vitro qu’une propolis de peuplier du Minnesota, les deux restant actives, ce qui illustre surtout l’importance de l’origine.
La propolis brune de peuplier, celle que produisent les ruchers français, est la plus étudiée en Europe. Pour un produit local, cherchez le pays de récolte sur l’étiquette.
Quels sont les bienfaits de la propolis selon la science ?
Il faut distinguer trois niveaux de preuve : ce qui est observé en éprouvette, ce qui est observé chez l’animal, et ce qui est démontré chez l’humain par des essais cliniques. Pour la propolis, les deux premiers niveaux sont abondants, le troisième est mince.
Ce qui est bien établi en laboratoire
Les extraits de propolis ont des activités antibactériennes, antifongiques, antioxydantes et anti-inflammatoires mesurables in vitro. Ces effets varient selon l’origine géographique, comme le notent Simone-Finstrom et Spivak : le niveau d’activité dépend du lieu de récolte, donc des plantes visitées. Un effet en éprouvette ne dit rien de la dose nécessaire chez l’humain, ni de ce que deviennent ces composés une fois avalés.
Cicatrisation et peau : surtout des données animales
La propolis entre dans de nombreuses pommades, crèmes et pansements. La revue de Martinotti et Ranzato de 2015, consacrée à la cicatrisation, présente la propolis comme une piste intéressante pour les plaies et les brûlures, en s’appuyant surtout sur des travaux de laboratoire et des modèles animaux, rongeurs notamment. Les auteurs listent eux-mêmes les limites : beaucoup d’études ne caractérisent pas chimiquement la propolis testée, et la biodisponibilité, la stabilité des préparations ainsi que les doses sûres et efficaces restent à établir. Ils reprennent une estimation publiée en 2013 d’environ 70 mg par jour par voie orale, qui n’a pas valeur de dose de référence : aucune autorité sanitaire n’en a fixé.
Bouche et mucite : des résultats encourageants, à confirmer
L’usage le mieux documenté chez l’humain concerne la mucite buccale, une inflammation douloureuse de la bouche provoquée par la chimiothérapie et la radiothérapie. Une revue systématique d’une équipe de l’université indonésienne Padjadjaran, publiée en 2022 dans l’International Journal of Applied Pharmaceutics, conclut que la propolis a réduit la sévérité de la mucite dans les études incluses, presque toutes sans effet indésirable rapporté. Elle ne retenait toutefois que des articles en anglais parus entre 2016 et 2021 et mêlait études animales et essais cliniques de petite taille. Une recommandation de pratique clinique allemande pour les soins infirmiers, publiée en 2021 dans Integrative Cancer Therapies, retient la propolis parmi les mesures utiles pour les mucites de grade 2 et 3, sur la base de deux essais ou méta-analyses seulement. Le niveau de preuve reste donc modéré. En pratique, cet usage relève de l’équipe d’oncologie, jamais de l’automédication.
Ce qui n’est pas démontré
Renforcement de l’immunité, prévention des rhumes, protection du foie, du cœur ou de l’intestin, effet « antibiotique naturel » : aucune de ces promesses n’a été validée par des essais cliniques assez solides pour convaincre l’autorité européenne. Quand un complément à la propolis affiche « contribue au fonctionnement normal du système immunitaire », cette mention vise presque toujours la vitamine C ou le zinc ajoutés, pour lesquels l’allégation est autorisée, et non la propolis elle-même, comme le relève la Verbraucherzentrale, fédération allemande des associations de consommateurs, qui invite à vérifier la liste des ingrédients.
La propolis est-elle efficace pour la gorge ?
C’est l’usage le plus répandu en France, sous forme de sprays, pastilles et gommes. Voici ce que l’on peut en dire honnêtement :
- Aucune allégation ORL n’est autorisée. L’EFSA a examiné en 2010 les allégations proposées pour la propolis, y compris celles portant sur les voies respiratoires, le confort de la gorge et la santé bucco-dentaire, sans en valider aucune.
- La plupart des maux de gorge sont viraux et guérissent seuls en quelques jours. Un produit pris pendant cette période semble souvent efficace, qu’il le soit ou non.
- Les produits du commerce associent souvent plusieurs actifs : miel, huiles essentielles, extraits de plantes, vitamine C. Il est alors impossible d’attribuer un effet à la propolis.
- Le sucre et le miel adoucissent aussi la gorge. Pour les usages du miel dans ce domaine et leurs limites, voir les bienfaits du miel.
Sans allergie, un spray utilisé quelques jours ne pose pas de problème particulier. Consultez sans attendre en cas de fièvre élevée, de difficulté à avaler ou à respirer, de ganglions douloureux, ou si les symptômes durent plus de quelques jours : une angine bactérienne se traite par antibiotique sur prescription, et un test rapide en pharmacie ou chez le médecin permet de trancher.
Que disent l’EFSA et l’ANSES sur la propolis ?
L’EFSA : aucune allégation de santé validée
Dans l’Union européenne, toute allégation de santé sur un aliment ou un complément alimentaire doit être autorisée au titre du règlement (CE) n° 1924/2006, après évaluation par l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). En 2010, le panel d’experts de l’EFSA a publié un avis sur une série d’allégations liées à la propolis et aux flavonoïdes de la propolis. Les effets revendiqués couvraient la santé respiratoire, le confort de la gorge, la santé intestinale, l’immunité, la santé bucco-dentaire, la circulation sanguine, la protection du foie et des activités antibactériennes et antifongiques. Le panel relève que les références fournies montraient des différences d’activité biologique selon l’origine des propolis, que les constituants supposés actifs étaient parfois en quantité faible ou indétectable, et qu’il n’était pas clair à quel type de préparation ou de constituant les allégations se rapportaient.
Résultat : aucune allégation de santé n’est autorisée pour la propolis. La Verbraucherzentrale résume que l’EFSA n’a établi de lien de cause à effet pour aucune des allégations proposées par les fabricants. Toute mention de ce type sur un produit à la propolis est donc interdite au regard du règlement de 2006.
L’ANSES : vigilance sur les allergies
En France, l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation (ANSES) suit les effets indésirables des compléments alimentaires par son dispositif de nutrivigilance. Dans un avis daté du 23 mai 2018 et rendu public en juillet 2018, elle a analysé trois cas d’allergie à des compléments contenant des pollens ou des produits de la ruche, tous de gravité 3 sur une échelle de 4. L’un concernait des gommes à la propolis, un autre de la gelée royale, le troisième un extrait de pollen. L’agence rappelle aussi que du pollen peut se trouver dans la propolis, la gelée royale ou le miel sans que l’étiquette le mentionne.
Les points principaux de cet avis :
- l’allergie aux pollens est un facteur de risque d’allergie aux produits de la ruche, propolis comprise ;
- ces compléments doivent être évités par les personnes asthmatiques ou au terrain allergique, en particulier allergiques aux pollens ;
- il faut respecter les conditions d’emploi indiquées par le fabricant ;
- il faut éviter les prises multiples, prolongées ou répétées tout au long de l’année sans avis d’un professionnel de santé ;
- il faut se méfier des produits aux allégations infondées, surtout ceux vendus hors des circuits contrôlés, notamment sur internet ;
- tout effet indésirable doit être signalé à un professionnel de santé, qui le déclare au dispositif de nutrivigilance de l’ANSES.
Propolis : contre-indications, allergie et interactions
L’allergie de contact, risque principal
La propolis est l’un des allergènes de contact les mieux identifiés. Selon l’allergologue Catherine Quéquet, dans La Revue du Praticien en 2024, elle fait désormais partie de la batterie standard européenne de patch-tests, utilisée pour rechercher les causes d’eczéma de contact. L’eczéma à la propolis peut être sévère, avec des réactions bulleuses à l’endroit de l’application. Dans une étude publiée en 2021 dans Acta Dermato-Venereologica, portant sur 1 470 patients atteints de dermatite au Danemark, en Lituanie et en Espagne, 1,3 % à 5,8 % réagissaient à au moins une propolis selon le pays. Les auteurs notent qu’une seule propolis de test ne repère qu’environ la moitié des personnes allergiques.
Les plus exposés sont les apiculteurs, mais aussi les musiciens et les luthiers, la propolis entrant dans certains vernis de violon, et les personnes qui manipulent la cire d’abeille. Chez les consommateurs, le risque vient des pommades, baumes à lèvres, dentifrices, cosmétiques et sprays.
La propolis partage de nombreux allergènes avec le baume du Pérou, une résine utilisée en parfumerie : benzoate de benzyle, cinnamate de benzyle, cinnamate de cinnamyle, acide vanillique. Des réactions croisées existent aussi avec la colophane, résine de pin présente dans des adhésifs, sparadraps et vernis, et avec les mélanges de parfums. L’étude d’Acta Dermato-Venereologica retrouve ces co-réactions chez 12,5 % à 50 % des patients allergiques à la propolis. Si vous êtes déjà allergique à l’un de ces produits, évitez la propolis.
Par voie orale : lèvres, gorge et, rarement, anaphylaxie
Avalée ou sucée, la propolis peut provoquer une inflammation des lèvres, aiguë ou chronique, un œdème du pharynx ou un eczéma généralisé, toujours selon Catherine Quéquet. Les réactions allergiques immédiates graves sont rares. Sur 32 cas d’anaphylaxie alimentaire aux produits de la ruche déclarés au Réseau d’Allergo-Vigilance et publiés en 2021 dans la Revue française d’allergologie, un seul concernait la propolis : un enfant de 10 ans ayant pris une ampoule à jeun, qui avait déjà réagi au miel et était sensibilisé aux pollens de graminées, de bouleau et de plantain. Les auteurs ajoutent qu’un seul autre cas de réaction immédiate à la propolis était décrit dans la littérature, et citent le réseau italien de surveillance des produits de santé naturels, qui a recensé de 2002 à 2008 dix-huit réactions indésirables après ingestion de propolis, dont six ont nécessité un traitement d’urgence.
Qui doit éviter la propolis ?
| Situation | Recommandation | Source |
|---|---|---|
| Allergie connue aux produits de la ruche | ne pas utiliser | Quéquet, 2024 |
| Allergie au baume du Pérou, à la colophane ou aux parfums | ne pas utiliser, risque de réaction croisée | Quéquet, 2024 |
| Allergie aux pollens, asthme, terrain allergique | à éviter | ANSES, 2018 |
| Allergie aux piqûres d’abeille ou de guêpe | déconseillé | Verbraucherzentrale |
| Grossesse et allaitement | s’abstenir, faute de données suffisantes | Verbraucherzentrale |
| Traitement anticoagulant | avis médical préalable, interactions possibles | Verbraucherzentrale |
| Enfants | avis médical, attention aux produits alcoolisés | prudence générale |
| Eczéma ou peau lésée étendue | éviter l’application large, tester d’abord | Quéquet, 2024 |
Interactions et précautions pratiques
La Verbraucherzentrale signale des interactions possibles avec les anticoagulants. Si vous prenez un traitement au long cours, quel qu’il soit, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien avant une cure.
Les extraits hydroalcooliques, souvent appelés teintures, contiennent une forte proportion d’alcool. Ils ne conviennent ni aux enfants, ni aux femmes enceintes, ni aux personnes qui doivent éviter l’alcool pour des raisons de santé, de traitement ou d’abstinence.
Avant tout usage sur la peau, appliquez une petite quantité au pli du coude et attendez 48 heures. Une rougeur, des démangeaisons ou des vésicules évoquent une allergie : n’insistez pas, car une allergie de contact persiste en général toute la vie et les réactions suivantes peuvent être plus fortes. Cet essai ne remplace pas un patch-test chez l’allergologue.
Teinture mère, spray, gomme : comment choisir un produit à la propolis ?
Les principales formes
| Forme | Usage courant | Points d’attention |
|---|---|---|
| Extrait hydroalcoolique, dit teinture ou teinture mère | quelques gouttes dans de l’eau, du miel ou sur un sucre | forte teneur en alcool ; tache les dents et les tissus |
| Extrait sans alcool, dans la glycérine ou l’eau | adultes ne souhaitant pas d’alcool | concentration souvent plus faible, rarement indiquée |
| Spray buccal | gorge, bouche | souvent associé à d’autres actifs |
| Gommes, pastilles | gorge | sucre ou édulcorants ; l’un des cas ANSES concernait des gommes |
| Propolis brute | à mâcher, ou pour fabriquer un extrait | dosage impossible à connaître, débris possibles |
| Pommades, baumes, cosmétiques | peau, lèvres | risque d’eczéma de contact |
Le terme « teinture mère » vient de l’homéopathie, où il désigne la préparation de base avant dilution. Dans le commerce, il est souvent employé pour n’importe quel extrait alcoolique de propolis, sans garantie de concentration.
Lire l’étiquette
Un bon produit indique au minimum :
- L’origine géographique de la propolis, ou au moins le pays, car elle détermine la chimie du produit.
- La quantité de propolis ou d’extrait par dose, et si possible sa teneur en composés phénoliques ou en flavonoïdes.
- La liste complète des ingrédients, pour repérer alcool, sucres, huiles essentielles et additifs.
- Une mention de précaution pour les personnes allergiques aux produits de la ruche.
- Le numéro de lot et une date de durabilité, gages de traçabilité.
Méfiez-vous des promesses de guérison, des allégations « booste l’immunité » attribuées à la propolis seule et des produits vendus uniquement en ligne sans fabricant identifiable : ce sont précisément les dérives que l’ANSES invite à éviter. Les mêmes réflexes valent pour le miel, comme expliqué dans notre guide pour bien choisir son miel.
Prix et durée d’utilisation
D’après un article d’Allodocteurs de février 2024, il faut compter de 5 à 15 euros pour les sprays et les sirops à la propolis, et environ 15 euros pour les autres formes. Le même article déconseille les cures trop longues et suggère environ trois semaines suivies d’une pause, ce qui va dans le sens de la recommandation de l’ANSES d’éviter les prises prolongées ou répétées tout au long de l’année. Aucune dose de référence n’a été validée par une autorité sanitaire : suivez la notice et ne la dépassez pas.
La propolis voisine en rayon avec d’autres produits de la ruche dont le statut est comparable, notamment la gelée royale, sa composition et ce que l’on sait de ses effets.
Comment récolter la propolis quand on est apiculteur ?
Récolter une propolis propre, sans éclats de bois, peinture ni résidus de traitement, demande un peu de méthode.
Grattage ou grille : deux méthodes
Le grattage consiste à recueillir au lève-cadre la propolis déposée sur les têtes de cadres, les feuillures et le haut des parois lors des visites. Le produit est souvent mêlé de cire, d’éclats de bois, de débris d’abeilles et, sur les ruches peintes, de particules de peinture. Réservez-le à un usage personnel ou à la fonte.
La grille à propolis exploite l’instinct de la colonie, qui comble tout interstice trop étroit pour circuler. On pose une grille souple en plastique alimentaire, percée de fentes de quelques millimètres, à la place du couvre-cadres ou juste sous lui. Les abeilles propolisent les fentes pour fermer le passage de lumière et d’air. On obtient une propolis bien plus propre, qui se détache facilement.
La récolte à la grille, étape par étape
- Poser la grille sur des colonies fortes et saines, en fin de miellée principale, de juillet à septembre selon les régions. Les colonies propolisent surtout à l’approche de l’automne.
- Laisser un peu de lumière ou d’air au-dessus de la grille, par exemple en décalant légèrement le couvre-cadres ou en retirant l’isolant, pour stimuler le colmatage.
- Retirer la grille quand les fentes sont bien remplies, en général après plusieurs semaines, et avant la mise en hivernage pour ne pas laisser la colonie avec un plafond mal isolé.
- Congeler la grille quelques heures dans un sac propre : la propolis devient dure et cassante.
- Tordre et tapoter la grille encore froide au-dessus d’un bac propre : la propolis se détache en paillettes.
- Trier et conserver les paillettes dans un bocal en verre ou un sachet alimentaire, fermé, à l’abri de la lumière, de la chaleur et de l’humidité.
Les quantités dépendent beaucoup de la race d’abeille, de la flore et du nombre de grilles posées : de quelques dizaines à quelques centaines de grammes par ruche et par an. Simone-Finstrom et Spivak notent d’ailleurs que la sélection des abeilles domestiques a réduit leur tendance à propoliser, les apiculteurs ayant longtemps préféré des colonies faciles à ouvrir.
Qualité et précautions
- Pas de récolte pendant un traitement contre le varroa. Certains acaricides, surtout les molécules solubles dans les graisses, s’accumulent dans la cire et peuvent passer dans la propolis ; retirez les grilles avant tout traitement et ne les reposez qu’une fois le traitement terminé et les lanières retirées, en suivant la notice du médicament.
- Pas de grattage sur bois peint ou traité.
- Nettoyez les grilles après usage et rangez-les à l’abri des fausses teignes.
- Protégez vos mains : de nombreux apiculteurs développent avec les années un eczéma de contact à la propolis. Des gants en nitrile limitent l’exposition lors du détachage.
Vendre de la propolis : ce qu’il faut savoir
La propolis brute ou en extrait est vendue comme denrée alimentaire ou comme complément alimentaire. Vous pouvez décrire son origine, son mode de récolte et son goût. En revanche, vous ne pouvez lui attribuer aucune propriété préventive ou curative : aucune allégation de santé n’étant autorisée au titre du règlement (CE) n° 1924/2006, une mention comme « soigne la gorge » ou « antibiotique naturel » est interdite, et un produit présenté comme guérissant ou prévenant une maladie relève de la définition du médicament, soumis à autorisation. Mentionnez sur l’étiquette la précaution d’usage pour les personnes allergiques aux produits de la ruche. Pour l’organisation générale de votre miellerie et de vos lots, voir aussi la récolte du miel.
Questions fréquentes
La propolis est-elle efficace contre le mal de gorge ?
Aucune preuve suffisante ne permet de l'affirmer. L'EFSA a examiné en 2010 les allégations santé proposées pour la propolis, dont celles portant sur la sphère ORL, et aucune n'est autorisée dans l'Union européenne. Les effets antibactériens observés en laboratoire ne garantissent pas un effet chez l'humain. Un mal de gorge avec forte fièvre, gêne pour avaler ou qui dure plus de quelques jours justifie un avis médical.
Qui ne doit pas prendre de propolis ?
La propolis est à éviter si vous êtes allergique aux produits de la ruche, au baume du Pérou, à la colophane ou aux parfums, et l'ANSES recommande aux personnes asthmatiques ou allergiques, notamment aux pollens, d'éviter les compléments à base de produits de la ruche. Les femmes enceintes ou qui allaitent devraient s'abstenir, faute de données. Un avis médical s'impose sous anticoagulant et avant de donner un produit alcoolisé à un enfant.
Qu'est-ce que la propolis verte ?
La propolis verte est une propolis brésilienne que les abeilles élaborent à partir des bourgeons d'un arbuste local, Baccharis dracunculifolia, appelé alecrim-do-campo. Elle se distingue par sa couleur et par un composé caractéristique, l'artépilline C. Sa chimie diffère beaucoup de la propolis de peuplier récoltée en France, si bien que les études menées sur l'une ne valent pas automatiquement pour l'autre.
Quelle quantité de propolis une ruche produit-elle ?
La production dépend surtout de la race d'abeille, de la flore disponible et de la méthode de récolte. Les ordres de grandeur couramment donnés vont de quelques dizaines à quelques centaines de grammes par ruche et par an, obtenus en grattant les cadres ou à l'aide d'une grille à propolis. La sélection des abeilles domestiques a réduit leur tendance à propoliser.
Comment savoir si je suis allergique à la propolis ?
L'allergie à la propolis se manifeste le plus souvent par un eczéma de contact là où le produit a été appliqué, parfois avec des bulles, ou par une inflammation des lèvres après un usage oral. Un allergologue peut la confirmer par un patch-test, la propolis faisant partie de la batterie standard européenne. Testez toujours un produit sur une petite zone de peau avant un usage plus large.
La propolis est-elle un antibiotique naturel ?
Non, au sens médical. Des extraits de propolis freinent la croissance de bactéries et de champignons en laboratoire, mais l'activité varie fortement selon l'origine du produit, et ces résultats n'ont pas été confirmés par des essais cliniques solides. La propolis ne remplace jamais un antibiotique prescrit pour une infection bactérienne, et aucune allégation antibactérienne n'est autorisée pour elle en Europe.
Comment les abeilles fabriquent-elles la propolis ?
Des ouvrières spécialisées récoltent des résines sur les bourgeons et les jeunes feuilles des arbres, surtout les peupliers en climat tempéré. Elles les détachent avec leurs mandibules et les rapportent dans leurs corbeilles à pollen. D'autres ouvrières les déchargent à la ruche, puis les mêlent à de la cire pour colmater, lisser et assainir l'intérieur du nid.
Sources
- Propolis and bee health: the natural history and significance of resin use by honey bees (Apidologie, 2010), Michael Simone-Finstrom et Marla Spivak, Apidologie
- Scientific note: often quoted, but not factual data about propolis composition (Apidologie, 2021), Antonio Salatino et Maria Luiza Faria Salatino, Apidologie (Springer)
- Propolis: a new frontier for wound healing? (Burns & Trauma, 2015), Simona Martinotti et Elia Ranzato, Burns & Trauma
- Scientific Opinion on the substantiation of health claims related to propolis and flavonoids in propolis pursuant to Article 13(1) of Regulation (EC) No 1924/2006 (EFSA Journal, 2010, 8(10):1810), EFSA, groupe scientifique NDA
- Règlement (CE) n° 1924/2006 du 20 décembre 2006 concernant les allégations nutritionnelles et de santé portant sur les denrées alimentaires, EUR-Lex, Union européenne
- Avis relatif à trois cas d'allergie à des compléments alimentaires contenant des pollens ou des produits de la ruche (saisine 2017-SA-0215, 23 mai 2018), ANSES
- Pollen allergies and food supplements: ANSES reminds consumers of the precautions to be taken (25 juillet 2018), ANSES
- Produits de la ruche : allergies et autres dangers (2024), Catherine Quéquet, La Revue du Praticien
- Anaphylaxie alimentaire aux produits de la ruche : à propos de 32 cas déclarés au Réseau d'Allergo-Vigilance (Revue française d'allergologie, 2021), S. Jarlot-Chevaux et al., dépôt institutionnel UCLouvain
- Patch Testing with Propolis of Different Geographical Origins in a Baseline Series (Acta Dermato-Venereologica, 2021), Gunnar Nyman et al., Acta Dermato-Venereologica
- Mechanism of action, efficacy, and safety of propolis for the management of oral mucositis: a systematic review (2022), Anis Nur Ramdhiani, Wahyu Hidayat et Indah Suasani Wahyuni, International Journal of Applied Pharmaceutics
- Nursing Procedures for the Prevention and Treatment of Mucositis Induced by Cancer Therapies: Clinical Practice Guideline (2021), Diana Steinmann et al., Integrative Cancer Therapies
- Propolis für ein stärkeres Immunsystem?, Verbraucherzentrale (fédération allemande des associations de consommateurs)
- La propolis est-elle vraiment efficace contre les maux de l'hiver ? (2024), Allodocteurs, France Télévisions



