Abeilles sur un rayon de couvain operculé, où se reproduit le varroa

Varroa : biologie, comptage, seuils, traitements autorisés et lutte biomécanique

Varroa destructor : comment il tue une colonie, comment le compter, les seuils mois par mois, les médicaments AMM en France et comment éviter les résistances.

Le varroa (Varroa destructor) est un acarien parasite de l’abeille mellifère qui se reproduit dans le couvain operculé et transmet des virus, au premier rang desquels le virus des ailes déformées. Présent dans la quasi-totalité des ruchers français, il finit par provoquer l’effondrement d’une colonie laissée sans intervention. La lutte repose sur trois piliers : compter régulièrement, traiter au bon moment avec un médicament disposant d’une autorisation de mise sur le marché (AMM), et compléter par des méthodes biotechniques.

Qu’est-ce que le varroa et comment se reproduit-il ?

Un acarien arrivé en France en 1982

Varroa destructor est originaire d’Asie, où il parasitait l’abeille asiatique Apis cerana. Passé sur Apis mellifera, il s’est répandu dans le monde entier. D’après Réussir Apiculture, la première colonie infestée en France a été découverte en Alsace le 1er novembre 1982. GDS France estime aujourd’hui sa prévalence proche de 100 % en métropole : seules quelques îles en restent indemnes. L’objectif n’est donc pas l’éradication, mais de maintenir l’acarien sous un niveau dommageable.

Ce qu’il faut savoir de sa biologie

Selon la fiche « Biologie de Varroa destructor » de GDS France (2019), la femelle adulte, aplatie et brun-rouge, mesure environ 1,2 mm sur 1,7 mm pour 0,33 à 0,48 mg : elle est visible à l’œil nu. Elle vit 2,5 à 3,5 mois en été, plus longtemps en hiver. Le mâle, plus petit et pâle, ne quitte pas la cellule où il est né.

Le cycle alterne deux phases :

  1. La phase phorétique, ou de dispersion : la femelle vit sur les abeilles adultes, glissée entre les segments de l’abdomen, pour une durée variable.
  2. La phase reproductive. La femelle fondatrice entre dans une cellule de larve juste avant son operculation. Environ 3 jours après l’operculation, elle pond son premier œuf, un mâle, puis des femelles environ toutes les 30 heures. Les jeunes s’accouplent dans la cellule. La reproduction dure environ 12 jours en cellule d’ouvrière et 15 jours en cellule de mâle.

Pourquoi le couvain de mâles est sa cible préférée

GDS France indique 0,8 à 1,5 fille adulte fécondée par cycle en cellule d’ouvrière, contre 2 à 3 en cellule de mâle, parce que le couvain de faux-bourdons reste operculé plus longtemps. Elles attirent aussi bien davantage les fondatrices. Une femelle accomplit 1,5 à 3 cycles de reproduction au cours de sa vie.

Au printemps, quand la colonie élève des mâles, la population de varroas grimpe donc vite. Ce goût pour le couvain de mâles est aussi une faiblesse exploitable par piégeage.

Pourquoi le varroa fait-il mourir les colonies ?

Le varroa affaiblit les abeilles qu’il parasite, mais le vrai danger tient aux virus qu’il transmet, dont le virus des ailes déformées (DWV) : les abeilles naissent avec des ailes chiffonnées et ne voleront jamais. La synthèse de référence de Rosenkranz, Aumeier et Ziegelmann (université de Hohenheim, 2010) rappelle que, sous climat tempéré, la plupart des colonies non traitées s’effondrent en deux à trois ans. Dans le bulletin de mars 2026 de la DRAAF Bretagne, le varroa et son complexe viral sont décrits comme « l’ennemi numéro un de nos abeilles », impliqués dans les mortalités tout au long de l’année.

Le calendrier fatal : abeilles d’hiver contre pic de varroas

GDS France décrit un piège de calendrier. Partant d’environ 50 varroas par colonie en sortie d’hiver, une colonie peut en héberger 2 000 avant la fin août, au moment même où la population d’abeilles diminue et où la colonie commence à élever ses abeilles d’hiver. Parasitées et virosées au stade nymphal, ces abeilles censées vivre six mois meurent trop tôt, et la grappe fond en plein hiver. GDS France rappelle que le seuil dommageable, fixé vers 2 000 varroas par colonie dans une partie de l’Europe, varie selon les études et la pression virale.

Le traitement d’été est donc le plus important de l’année : il protège les abeilles d’hiver, dont notre page sur le cycle de vie de l’abeille détaille la biologie.

Les signes d’une infestation avancée

Abeilles aux ailes déformées, couvain en mosaïque, colonie qui se dépeuple brutalement à l’automne malgré ses réserves. Voir des varroas sur le thorax des abeilles sans les chercher signale déjà, selon GDS France, une infestation grave pouvant justifier un traitement d’urgence. Notre page sur les maladies des abeilles aide à les distinguer d’autres pathologies.

Comment faire un comptage varroa ?

GDS France recommande de compter à la visite de printemps, entre deux miellées, avant et après chaque traitement, et avant l’hivernage. La chute naturelle mesure des varroas tombés par jour, sans ouvrir la ruche ; le sucre glace et le lavage mesurent des varroas phorétiques pour 100 abeilles ; la désoperculation mesure la part de couvain infesté.

La chute naturelle sur lange graissé

D’après la fiche de GDS France consacrée à cette méthode :

  1. Plancher entièrement grillagé (maille de 3 à 4 mm), pieds du support graissés ou dans l’eau contre les fourmis.
  2. Lange blanc couvrant tout le plancher, environ 2 cm sous la grille, enduit de graisse (crème à traire, huile végétale sans odeur).
  3. En place au moins une semaine, idéalement deux ; relevé tous les jours ou tous les cinq jours, à l’abri du vent, sans oublier les abeilles mortes.
  4. Nombre de varroas divisé par le nombre de jours : c’est la chute naturelle quotidienne.

C’est l’évolution sur plusieurs semaines, et non un relevé isolé, qui indique le moment d’intervenir.

Le test au sucre glace

Le protocole de GDS France (2017) :

  1. Utilisez un bocal d’un kilo dont le couvercle est remplacé par un grillage galvanisé de 3 mm.
  2. Secouez un cadre de couvain ouvert, sans la reine, dans un toit retourné et prélevez environ 42 g d’abeilles, soit environ 300 (un repère à 120 ml évite de peser).
  3. Ajoutez 20 à 40 g de sucre glace sec, roulez 1 minute sans retourner le bocal, laissez reposer 1 minute.
  4. Secouez au-dessus d’une surface blanche ou d’une bassine d’eau, comptez, puis relâchez les abeilles.

Calcul : nombre d’abeilles = poids en grammes ÷ 0,14 ; taux = 100 × varroas ÷ nombre d’abeilles. Exemple de la fiche : 50 g, soit 357 abeilles, et 1 varroa donnent 0,28 varroa pour 100 abeilles. Le résultat vaut surtout à l’échelle du rucher : tester environ 8 colonies et faire la moyenne donne une bonne image de la pression parasitaire.

Le lavage à l’alcool ou à l’eau savonneuse

Même prélèvement, mais dans de l’alcool ou de l’eau savonneuse agités environ une minute. Le Dr Andrzej Deja, vétérinaire, rappelle dans sa présentation de 2023 à la chambre d’agriculture de la Haute-Vienne qu’il faut au moins 200 à 300 abeilles ; avec 300 abeilles, on divise le nombre de varroas par trois pour obtenir un taux pour 100 abeilles.

La désoperculation du couvain de mâles

Ouvrez au moins 200 cellules de mâles operculées : au-delà de 15 % de cellules infestées, une intervention s’impose, selon la même présentation.

Quel seuil varroa selon le mois ?

GDS France insiste : il n’existe pas de valeurs de référence fermement établies. Ces seuils sont indicatifs et se lisent avec la force de la colonie, l’environnement et la conduite ; votre GDS ou un vétérinaire conseil vous aidera à les interpréter.

Chute naturelle (varroas par jour, GDS France)

Période Infestation faible Modérée Forte
Avril à mai moins de 1 1 à 5 plus de 5
Mai à juin moins de 2 4 à 8 plus de 8
Juillet moins de 6 6 à 10 plus de 10
Août à septembre moins de 4 non précisé plus de 4
Octobre à novembre moins de 1 non précisé plus de 1

Les valeurs sont reproduites telles que la fiche les donne, y compris l’écart entre 2 et 4 varroas par jour en mai et juin, que la fiche ne classe pas : dans cette zone, refaites un comptage une à deux semaines plus tard avant de décider.

Sucre glace et lavage (varroas pour 100 abeilles)

Pour le sucre glace, GDS France retient trois niveaux : faible sous 1 à 2 varroas pour 100 abeilles (pas de traitement immédiat), modéré de 3 à 5 (traitement à programmer), élevé au-delà de 5 (traitement d’urgence). La fiche cite aussi un résultat concret : des colonies à plus de 3 varroas pour 100 abeilles au début de la miellée de lavande ont perdu en moyenne environ 5 kg de miel potentiel (de 1 à 13 kg) par rapport aux colonies moins infestées.

Le Dr Deja propose des seuils saisonniers pour le lavage ou le sucre :

Période Seuil d’alerte (varroas pour 100 abeilles)
Début de printemps plus de 1
Entre deux miellées 3
Fin juillet à début août 3 à 4
Fin août à septembre 5 : traitement d’urgence
Après traitement, fin de saison objectif 0,3 au plus

L’objectif à retenir : moins de 50 varroas

GDS France fixe un objectif de travail simple : rester sous 50 varroas par colonie à trois moments clés, après les traitements d’été, à l’entrée en hivernage et à la visite de printemps. En chute naturelle, la présentation du Dr Deja situe la cible après traitement autour de 0,5 à 1 varroa par jour.

Quels traitements varroa sont autorisés en France ?

Seuls les médicaments vétérinaires disposant d’une AMM pour l’abeille peuvent être utilisés. Selon l’Anses, citée par Réussir Apiculture, six substances actives disposent d’une AMM en 2025. Le tableau croise la présentation DGAL et Anses-ANMV de décembre 2022 et la liste du GDSA du Jura (version 2025, modifiée en août 2026). Selon ce dernier, MAQS et Polyvar Yellow ne sont plus proposés par les fournisseurs.

Médicament Substance active Forme Durée indicative Apiculture biologique
Apivar amitraze, 500 mg par lanière lanières de contact 10 à 12 semaines non
Apitraz amitraze, 500 mg par lanière lanières de contact 6 semaines (laboratoire) ; 6 à 10 semaines selon le RCP non
Apistan tau-fluvalinate, 800 mg par lanière lanières de contact 8 semaines non
Bayvarol fluméthrine, 3,6 mg par lanière lanières de contact selon la notice non
Apiguard thymol gel en barquette de 50 g 2 applications à 15 jours d’intervalle oui
Thymovar thymol, 15 g par plaquette plaquettes 2 passages à 3 ou 4 semaines oui
Apilife Var thymol, eucalyptol, menthol, camphre plaquettes 4 passages à 7 jours oui
Formic Pro acide formique bandes 7 jours oui
Api-Bioxal acide oxalique poudre à dissoudre ou à sublimer 1 application oui
Oxybee acide oxalique dihydraté dispersion à dégoutter 1 application oui
Varroxal acide oxalique conditionnements de 75 g ou 200 g selon la notice oui
Calistrip Biox acide oxalique lanières 6 semaines oui
Varromed acide formique et acide oxalique dispersion à dégoutter 1 à 5 passages selon la saison oui

Ce que l’AMM interdit

La présentation de la DGAL de 2022 est sans ambiguïté. Sont exclus : les médicaments vétérinaires non destinés à l’abeille, les médicaments sans AMM en France ou dans l’Union européenne, les produits phytosanitaires et les matières premières. « L’utilisation de produits chimiques ou phytosanitaires à des fins thérapeutiques est interdite. » Acide oxalique de droguerie, huiles essentielles en vrac et lanières artisanales sont donc exclus, y compris pour des raisons économiques.

Ordonnance et lieu d’achat

Selon la DGAL, Apivar, Apitraz et Api-Bioxal, initialement soumis à prescription, en sont exemptés depuis mai 2018 dans certaines limites de conditionnement. Les fiches de GDS France indiquent aussi l’absence d’ordonnance obligatoire pour Thymovar et Varromed ; pour les autres produits, la notice et votre fournisseur vous renseigneront. La délivrance reste réservée aux pharmacies, aux vétérinaires pour leur clientèle et aux groupements agréés pour les adhérents d’un programme sanitaire d’élevage (PSE).

Comment appliquer un traitement varroa ?

Pour tous les produits : suivez la notice, sans sous-doser ni surdoser, avec des gants nitrile, et sans hausses pendant une miellée sauf si la notice l’autorise explicitement. Les fiches citées datent de 2018 à 2021 : la notice du produit acheté prime.

Apivar et Apitraz (amitraze)

D’après la fiche Apivar de GDS France :

  1. Posez 2 lanières par ruche standard entre les cadres qui entourent le couvain, espacées d’au moins un cadre ; 1 lanière pour un essaim de moins de 3 cadres de couvain.
  2. Après 5 à 6 semaines, rapprochez-les de la grappe et grattez la propolis.
  3. Laissez-les au moins 10 semaines, au plus 12, puis retirez-les impérativement : une lanière usagée contient encore de l’amitraze et entretient la sélection de varroas résistants.
  4. Rapportez-les au fournisseur ou en pharmacie : l’amitraze est toxique pour le milieu aquatique.

Apitraz contient la même dose d’amitraze et se pose de la même façon (2 lanières par ruche, 1 pour un essaim de moins de 3 cadres de couvain), mais sa durée diffère : la fiche Apitraz de GDS France (2019) indique 6 semaines selon le laboratoire, avec un rapprochement des lanières de la grappe après 3 semaines, et le RCP repris par le GDSA du Jura mentionne 6 à 10 semaines. Ne transposez donc pas la durée de l’Apivar : suivez la notice de la boîte.

Bayvarol (fluméthrine)

Selon la FRGDS Occitanie : 4 lanières par corps de couvain, 2 pour une ruchette, suspendues entre les cadres dans le nid à couvain, hausses retirées. Respectez la durée de la notice et retirez les lanières à la date prévue. La DRAAF Bretagne rappelle qu’il ne faut pas l’utiliser deux années de suite, la résistance se développant vite.

Thymol (Thymovar, Apilife Var, Apiguard)

Le thymol agit par évaporation, donc dépend de la température. La fiche Thymovar de GDS France fixe une fenêtre de 15 à 30 °C, avec un optimum de 20 à 25 °C : sous 15 °C l’efficacité chute, au-dessus de 30 °C la libération devient brutale et dangereuse pour le couvain.

  • Thymovar : en Dadant, trois demi-plaquettes en triangle sur les têtes de cadres autour de la grappe, puis un second passage 3 à 4 semaines plus tard.
  • Apilife Var : une plaquette par ruche, renouvelée tous les 7 jours, 4 fois au total selon le GDSA du Jura ; la notice précise la découpe et la position sur les têtes de cadres.
  • Apiguard : une barquette de 50 g posée sur les têtes de cadres, avec un espace d’évaporation (couvre-cadre retourné, par exemple), changée au bout de 15 jours selon la FRGDS Occitanie.

Fermez le plancher grillagé, assurez les réserves avant (pas de nourrissement pendant) et réunissez les colonies faibles. GDS France juge l’efficacité du Thymovar parfois insuffisante et variable selon les températures, et conseille de vérifier le résultat en fin d’automne.

Acide formique (Formic Pro)

L’acide formique est la seule des six substances qui atteint aussi les varroas dans le couvain operculé. C’est aussi la plus brutale. Le GDSA du Jura indique 2 bandes par ruche pendant 7 jours, sans retirer le film de papier qui règle la diffusion, et au moins un mois entre deux applications. La DRAAF Bretagne a interrogé en février 2026 les apiculteurs de son PSE qui avaient utilisé Formic Pro en 2025 (27 répondants). Ses recommandations : appliquer sous 30 °C en vérifiant la météo des 3 premiers jours, fermer le plancher et ouvrir entièrement l’entrée, prévoir une chambre d’évaporation, ne pas traiter une colonie de moins de 10 000 abeilles et éviter les vieilles reines. Sur 15 primo-utilisateurs, 4 ont constaté des mortalités de reines présumées liées au produit.

Acide oxalique dégoutté (Oxybee, Api-Bioxal, Varromed)

L’acide oxalique n’atteint que les varroas phorétiques : il est donc surtout efficace sur une colonie sans couvain. Selon la FRGDS Occitanie (2018) :

  • Oxybee : 5 à 6 ml de solution par inter-cadre occupé par les abeilles, sans dépasser 54 ml par colonie, solution tiédie à 30-35 °C, température extérieure d’au moins 3 °C, une seule application par colonie ;
  • Api-Bioxal dégoutté : solution préparée dans du sirop, au plus 50 ml par ruche, sur colonie sans couvain et sans hausse ; une application par dégouttement, deux au plus par an ; la sublimation est limitée à une par an.

Pour Varromed, la fiche GDS France de 2021 indique 5 ml par inter-cadre occupé, soit environ 25 à 45 ml par ruche, et 6 jours entre deux passages. Elle prévoit 3 à 5 passages en été, une application unique en hiver avec un produit tiédi, des comptages une semaine après chaque passage, et déconseille de traiter sous 15 °C.

La sublimation exige une protection respiratoire adaptée : les vapeurs d’acide oxalique sont dangereuses pour l’opérateur.

Varroa en hiver : quand traiter à l’acide oxalique ?

En hiver, la reine réduit ou arrête sa ponte : pendant quelques semaines, tous les varroas sont sur les abeilles, à portée d’un traitement oxalique. Plus l’hiver est froid, plus cette fenêtre est nette ; sous climat doux, il reste souvent un peu de couvain. Vérifiez par une journée douce en soulevant un ou deux cadres du centre de la grappe.

Pour décider, posez un lange en octobre et novembre : au-delà de 1 varroa par jour à cette période, GDS France classe l’infestation comme élevée, et ses fiches Apivar et Thymovar recommandent d’envisager un traitement d’hiver complémentaire. L’application unique d’acide oxalique sur colonie sans couvain est alors le complément le plus courant.

Le varroa est-il résistant à l’Apivar et aux autres molécules ?

L’arsenal est étroit : trois substances de synthèse, trois d’origine naturelle. Les résistances sont donc la principale menace.

Pyréthrinoïdes : une histoire ancienne

L’Apistan (tau-fluvalinate) a été le premier médicament autorisé, en 1989. Selon Réussir Apiculture, une perte d’efficacité a été publiée dès 1995 (Faucon et al.), d’où la recommandation de ne l’utiliser qu’une année sur cinq ; une mutation nommée L925V est associée à une résistance partielle. La fluméthrine du Bayvarol appartient à la même famille : alterner les deux n’est pas alterner les modes d’action.

Amitraze : un recul à surveiller

L’amitraze reste la molécule la plus utilisée en France, d’après la plateforme d’épidémiosurveillance en santé animale citée par Réussir Apiculture. Son efficacité initiale dépassait 95 % ; elle tournerait autour de 90 % selon Giraud et al. (2025), et une mutation nommée N87S est associée à une perte de sensibilité. Le laboratoire national de référence de l’Anses développe des méthodes moléculaires de détection des varroas résistants.

Ce que vous pouvez faire

  • Mesurez l’efficacité par des comptages avant, pendant et après traitement.
  • Déclarez une inefficacité suspectée en pharmacovigilance vétérinaire (Anses-ANMV), via votre vétérinaire ou votre GDS.
  • Alternez les familles : amitraze, pyréthrinoïdes, acides organiques, thymol. Le Dr Deja propose par exemple l’amitraze trois à quatre ans, puis un pyréthrinoïde une année ; la DRAAF Bretagne rappelle que le Bayvarol ne doit jamais être utilisé deux années de suite.
  • Ne laissez jamais une lanière au-delà de la durée prévue et ne réutilisez pas de lanières entamées.
  • Combinez avec les méthodes biotechniques, qui ne sélectionnent aucune résistance.

Lutte biomécanique : piégeage, encagement de reine, division

GDS France range parmi les mesures biotechniques l’encagement de reine, la création d’essaims et le retrait du couvain de mâles. Rarement suffisantes seules, elles réduisent la charge et permettent de traiter moins.

Le piégeage dans le couvain de mâles

On exploite la préférence du varroa pour les cellules de mâles. Au printemps, placez un cadre à mâles (cadre bâti ou cadre à jambage sans cire gaufrée, que les abeilles construisent en grandes cellules) en bordure du couvain. Une fois le couvain de mâles operculé, et avant la naissance des mâles, découpez-le et détruisez-le. Respectez le calendrier : un mâle naît 24 jours après la ponte, et un cadre oublié au-delà libère tous les varroas qu’il a attirés. La fiche de GDS France sur la lutte en apiculture biologique (2019) prévoit trois à quatre retraits entre mi-avril et début juillet, et cite une étude alsacienne qui mesure en moyenne 25 % de varroas en moins en fin d’année avec cette seule méthode.

L’encagement de reine

Encager la reine bloque la ponte. Une fois tout le couvain né, les varroas sont tous phorétiques et une seule application d’acide oxalique les atteint. Le bulletin de la DRAAF Bretagne de mars 2026 décrit l’itinéraire d’une exploitation bio qui l’applique à toutes ses colonies : retraits successifs de couvain de mâles, encagement environ 3 semaines avant la fin de la miellée, puis acide oxalique. Elle juge la combinaison efficace mais coûteuse en temps, et conseille de garder des colonies de réserve, l’encagement pouvant échouer.

La durée découle du cycle de l’abeille, 21 jours de l’œuf à l’ouvrière et 24 pour un mâle : la cage reste en place jusqu’à la naissance de tout le couvain operculé, soit 25 à 28 jours en pratique. Réussir Apiculture a publié en juin 2026 les résultats d’un essai ITSAP-Adapi en Provence (21 colonies encagées 28 jours à l’été 2024, contre 22 sous Apivar) : 0,32 varroa phorétique pour 100 abeilles à l’automne chez les encagées, contre 1,9 après neuf semaines d’Apivar, pour environ 50 % de temps de travail en plus (10 h 30 contre 6 h 40). Notre page élevage de reines aborde le remplacement des reines perdues ou fatiguées.

Division et essaims artificiels

Créer un essaim, ou laisser une colonie élever une nouvelle reine, crée une rupture de ponte. La DRAAF Bretagne mentionne le traitement « flash » à l’acide oxalique des essaims sans couvain : traité au départ, un essaim nu démarre presque indemne. Quant aux lignées tolérantes, leur sélection progresse mais ne dispense pas aujourd’hui de compter.

Que dit la loi sur le traitement du varroa ?

Beaucoup de sites affirment que le traitement contre le varroa est obligatoire en France. La réalité réglementaire est plus nuancée.

Le statut du varroa

Selon le rapport 2025 du laboratoire national de référence de l’Anses, la loi européenne sur la santé animale classe Varroa spp. dans les catégories C, D et E : une maladie présente dans presque toute l’Union, soumise à surveillance, sans plan d’éradication imposé. La réponse du ministère de l’Agriculture à la question écrite n° 9778 (publiée le 27 février 2024) précise que, depuis l’entrée en application de cette loi le 21 avril 2021, la surveillance et la lutte relèvent surtout de la filière, accompagnée par l’État. GDS France anime un plan cadre national varroa et un plan sanitaire d’intérêt collectif (PSIC) national était en préparation.

Les obligations qui s’appliquent à vous

  • N’utiliser que des médicaments disposant d’une AMM, aux conditions de leur notice (article L. 5141-5 du Code de la santé publique, rappelé par la DGAL). Les manquements sont passibles de sanctions.
  • Acheter auprès d’un ayant droit : pharmacie, vétérinaire, groupement agréé dans le cadre d’un PSE.
  • Déclarer vos ruches chaque année, dès la première colonie : voyez notre page sur la déclaration de ruches.
  • Tenir un registre d’élevage, obligatoire pour tout apiculteur, amateur ou professionnel (article L. 234-1 du Code rural et de la pêche maritime et arrêté du 5 juin 2000, rappelés par la DDETSPP de l’Yonne), et le conserver au moins 5 ans. Il comporte les interventions vétérinaires et les soins : notez-y pour chaque traitement le produit, le numéro de lot, les dates de pose et de retrait et les colonies traitées, et gardez les ordonnances et justificatifs d’achat.

Des règles locales peuvent s’y ajouter dans le cadre de plans régionaux ou de PSE : renseignez-vous auprès du GDS ou de la DDPP de votre département. Ne pas traiter reste surtout une faute sanitaire collective : une colonie effondrée est pillée et ses varroas réinfestent les ruchers voisins. GDS France cite d’ailleurs les colonies non traitées ou abandonnées parmi les facteurs de transmission à limiter.

Calendrier de lutte contre le varroa mois par mois

Canevas pour une plaine à climat tempéré, à décaler selon l’altitude, les miellées tardives et vos comptages, en lien avec notre calendrier apicole.

Période Objectif Actions
Janvier profiter de l’absence de couvain contrôle visuel du couvain, application unique d’acide oxalique si nécessaire et colonie sans couvain
Février à mars mesurer la charge de sortie d’hiver lange graissé ; traitement de printemps seulement si chute trop élevée, lanières retirées avant la pose des hausses
Mi-avril à début juillet freiner la croissance 3 à 4 retraits de couvain de mâles, comptages entre miellées, divisions
Juin à juillet préparer la fin de saison sucre glace ou lavage sur environ 8 colonies du rucher ; encagement de reine environ 3 semaines avant la fin de la miellée si vous pratiquez cette méthode
Fin juillet à début septembre protéger les abeilles d’hiver traitement principal dès la dernière récolte, commencé avant le 15 septembre
Septembre à octobre vérifier comptage pendant et après traitement, retrait des lanières à la date prévue, surveillance du frelon asiatique qui affaiblit les colonies en même temps
Novembre à décembre contrôler l’efficacité lange graissé ; au-delà de 1 varroa par jour, prévoir un traitement complémentaire d’hiver

Pour les ruchers qui gardent leurs hausses sur une miellée tardive, GDS France propose une première intervention biotechnique ou médicamenteuse tout au début de l’été, puis le traitement principal entre mi-septembre et début octobre.

Notez enfin chaque comptage, produit et résultat : en deux ou trois saisons, votre carnet vous dira quand votre rucher bascule et quelle stratégie y fonctionne.

Questions fréquentes

Quand faut-il traiter contre le varroa ?

Le traitement principal se pose juste après la dernière récolte, entre fin juillet et début septembre selon les régions. GDS France recommande vivement de l'avoir commencé avant le 15 septembre, pour que les abeilles d'hiver naissent dans une colonie peu infestée. Un traitement complémentaire à l'acide oxalique peut suivre en hiver, hors couvain, et un traitement de printemps se discute si les comptages de février ou mars sont trop élevés.

Combien de varroas par jour est-ce trop ?

Tout dépend du mois. Selon la fiche de GDS France sur les chutes naturelles, une chute supérieure à 5 varroas par jour est élevée en avril et mai, supérieure à 10 par jour en juillet, supérieure à 4 par jour en août et septembre et supérieure à 1 par jour en octobre et novembre. Ces repères sont indicatifs et doivent être interprétés avec la force de la colonie.

Peut-on traiter le varroa avec des hausses sur la ruche ?

En règle générale, non. Les fiches de GDS France pour Apivar, Thymovar ou Varromed interdisent de traiter avec des hausses posées pendant une miellée. Les lanières de printemps doivent être retirées avant la pose des hausses. Seules les conditions précises de la notice de chaque médicament font foi : lisez-la avant toute application, en particulier pour les produits à base d'acide formique.

L'acide oxalique est-il autorisé contre le varroa ?

Oui, mais uniquement sous forme de médicament vétérinaire disposant d'une AMM, comme Api-Bioxal, Oxybee, Varromed, Varroxal ou Calistrip Biox. Acheter de l'acide oxalique de droguerie pour traiter ses ruches est interdit : la DGAL rappelle que les matières premières et produits chimiques sont exclus à des fins thérapeutiques. Ces médicaments sont utilisables en apiculture biologique et sont surtout efficaces sur une colonie sans couvain.

Faut-il une ordonnance pour acheter de l'Apivar ?

Non. Selon la DGAL, Apivar, Apitraz et Api-Bioxal étaient soumis à prescription et en sont exemptés depuis mai 2018, dans certaines limites de conditionnement. Ils restent des médicaments vétérinaires : on les achète en pharmacie, auprès d'un vétérinaire ou d'un groupement agréé dans le cadre d'un programme sanitaire d'élevage, et non en libre-service chez n'importe quel revendeur.

Le varroa est-il résistant à l'Apivar ?

Des pertes de sensibilité à l'amitraze, la substance de l'Apivar, sont documentées. D'après Réussir Apiculture, qui cite Giraud et al. (2025), son efficacité, supérieure à 95 % à l'origine, tournerait aujourd'hui autour de 90 %, et une mutation du varroa associée à cette perte de sensibilité a été identifiée. D'où l'intérêt de contrôler l'efficacité après chaque traitement et d'alterner les familles de molécules.

Peut-on se passer de traitement contre le varroa ?

Dans la très grande majorité des ruchers français, non. Sans intervention, l'infestation finit par provoquer l'effondrement de la colonie, rappelle GDS France. Quelques apiculteurs maîtrisent le parasite par des méthodes biotechniques combinées et des lignées sélectionnées, mais cela suppose des comptages réguliers et une réaction rapide. Ne pas traiter met aussi en danger les ruchers voisins, par réinfestation.

Sources

  1. Objectifs de la gestion du parasitisme (fiche technique, 2017), GDS France
  2. Biologie de Varroa destructor (fiche technique, 2019), GDS France
  3. Détermination du taux d'infestation par comptage de chutes naturelles (fiche technique), GDS France
  4. Détermination du taux d'infestation sur abeilles adultes par comptage au sucre glace (fiche technique, 2017), GDS France
  5. Apivar, fiche technique (2019), GDS France
  6. Thymovar, fiche technique (2019), GDS France
  7. Apitraz, fiche technique (2019), GDS France
  8. Méthodes de lutte contre Varroa destructor en apiculture biologique (fiche technique, 2019), GDS France
  9. Varromed, fiche technique (2021), GDS France
  10. Rappels sur l'usage des médicaments vétérinaires en apiculture (réunion régionale, décembre 2022), DGAL / ANMV, DRAAF Occitanie
  11. Les médicaments contre le varroa (2018), FRGDS Occitanie
  12. Liste des traitements avec AMM (mise à jour 2025-2026), GDSA du Jura
  13. Bulletin régional santé de l'abeille n° 9 (mars 2026), DRAAF Bretagne
  14. Varroa et acaricides : mesurer la sensibilité pour mieux lutter, Réussir Apiculture
  15. La lutte biotechnique contre varroa : efficacité et coûts (2026), Réussir Apiculture
  16. Les activités apicoles : informations à l'attention des apiculteurs (registre d'élevage, déclaration), DDETSPP de l'Yonne
  17. Biology and control of Varroa destructor (Rosenkranz, Aumeier, Ziegelmann, J. Invertebr. Pathol. 103, 2010), Université de Hohenheim
  18. Question écrite n° 9778 sur la lutte contre le varroa et réponse du ministère (2023-2024), Assemblée nationale
  19. Rapport annuel d'activité 2025 du Laboratoire national de référence Santé des abeilles, ANSES
  20. Bonnes pratiques apicoles et gestion de la varroose (Dr Andrzej Deja, 2023), Chambre d'agriculture de la Haute-Vienne