Frelon asiatique (Vespa velutina) aux pattes jaunes

Frelon asiatique : le reconnaître, piéger au bon moment, faire détruire les nids et protéger ses ruches

Frelon asiatique : le distinguer du frelon européen, son cycle mois par mois, piégeage sélectif, destruction des nids, protection des ruches et loi de 2025.

Le frelon asiatique, ou frelon à pattes jaunes (Vespa velutina nigrithorax), est un frelon invasif arrivé en France vers 2004, reconnaissable à son corps brun-noir, à la bande orangée de son quatrième segment abdominal et à ses pattes jaunes à l’extrémité. Il chasse les abeilles devant les ruches de juillet à novembre et bâtit des nids de plusieurs milliers d’individus, souvent haut dans les arbres. La lutte repose sur le signalement et la destruction des nids par des professionnels, un piégeage limité et ciblé, et la protection des ruches, dans le cadre fixé par la loi du 14 mars 2025 et le plan national adopté en septembre 2026.

Comment reconnaître un frelon asiatique ?

Les critères qui ne trompent pas

D’après les fiches d’identification du Muséum national d’Histoire naturelle (MNHN), la forme présente en France, la variété nigrithorax, se reconnaît à quatre caractères visibles à l’œil nu :

  1. Le thorax est entièrement brun-noir et velouté, sans tache rousse.
  2. L’abdomen est brun, chaque segment bordé d’une fine bande jaune ; seul le quatrième segment est presque entièrement jaune orangé. C’est le critère le plus fiable de loin.
  3. La tête est noire, avec une face jaune orangé.
  4. Les pattes sont jaunes à leur extrémité, d’où le nom de frelon à pattes jaunes.

Les ouvrières mesurent environ 3 cm, les reines 3,2 cm au maximum. Au printemps, les fondatrices des premières générations paraissent nettement plus petites, autour de 1,5 cm, et les premières ouvrières, nées en mai, ne mesurent que 14 à 16 mm. En automne, les jeunes reines ont la taille des ouvrières : seul un examen à la loupe permet de les distinguer.

Frelon asiatique ou frelon européen : le tableau comparatif

Critère Frelon asiatique (Vespa velutina) Frelon européen (Vespa crabro)
Couleur générale Brun-noir, aspect sombre Roux, noir et jaune, aspect clair
Thorax Noir velouté Marqué de roux
Abdomen Brun à fines bandes jaunes, 4e segment orangé Jaune rayé de noir sur la plus grande partie
Pattes Jaunes à l’extrémité Brun-roux
Taille Ouvrières jusqu’à environ 3 cm, reines 3,2 cm au plus Ouvrières 1,8 à 2,3 cm, reines 2,5 à 3,5 cm
Nid Sphérique sous abri ; exposé, jusqu’à environ 1 m de haut et 80 cm de large, souvent à plus de 15 m dans un arbre ; petite entrée latérale Dans un abri (tronc creux, grange, bâtiment, parfois au sol), large ouverture tournée vers le bas, jamais haut dans les grands arbres
Statut Espèce exotique envahissante Espèce indigène, à préserver

Le frelon européen est une espèce indigène : le détruire par erreur n’aide en rien les ruches.

Les insectes avec lesquels on le confond

Le MNHN cite plusieurs sosies fréquents dans les signalements :

  • le frelon oriental (Vespa orientalis), à dominante rousse ;
  • la guêpe des buissons (Dolichovespula media), 1,5 à 2,2 cm, noire à fins dessins jaunes et pattes jaunes ;
  • les guêpes communes (Vespula germanica, V. vulgaris), 1 à 2 cm, bien plus jaunes ;
  • la scolie des jardins (Megascolia maculata) et la grande sirex (Urocerus gigas), plus grandes, inoffensives ;
  • le xylocope ou abeille charpentière, 2 à 3 cm, entièrement noir à reflets bleu violacé ;
  • des mouches mimétiques (Volucella zonaria, Milesia crabroniformis, Asilus crabroniformis), qui n’ont qu’une paire d’ailes et des antennes très courtes.

D’où vient le frelon asiatique et où en est l’invasion ?

Les deux premiers nids ont été trouvés en Lot-et-Garonne en 2004 ; selon le MNHN, l’introduction date probablement d’un peu avant. L’espèce était signalée dans 13 départements dès 2006, dans 32 départements en 2009 avec 1 637 nids recensés, dans 56 départements en 2012 et dans 67 départements en 2014, soit environ 360 000 km². Le front d’invasion a progressé en moyenne d’environ 78 km par an. Hors de France, le Muséum la signale dans le nord de l’Espagne dès 2010, au Portugal en 2011, en Italie en 2012, en Allemagne en 2014, au Royaume-Uni et en Belgique en 2016, aux Pays-Bas en 2017.

Ce n’est pas d’abord un insecte des forêts : sur 14 794 nids géoréférencés entre 2004 et 2016, le MNHN en a localisé environ 53 % en zone urbaine ou périurbaine, 38 % en zone agricole, environ 8 % en forêt et milieux naturels et moins de 1 % en zone humide.

L’éradication n’est plus jugée possible : le plan national adopté en 2026 vise explicitement à limiter les impacts, et non à faire disparaître l’espèce, relève Localtis.

Quel est le cycle de vie du frelon asiatique, mois par mois ?

Tout le cycle tourne autour d’une seule reine fondatrice par colonie, qui hiverne seule puis bâtit son nid au printemps. Comprendre ce calendrier, c’est savoir quand chaque action a un sens.

Période Ce que fait le frelon (d’après le MNHN) Ce que vous pouvez faire
Décembre à janvier Seules les jeunes femelles fécondées hivernent, seules ou à deux ou trois, dans la litière ou le bois en décomposition. Les nids de l’année meurent ; quelques-uns restent actifs en décembre. Rien sur les nids vides. Préparer muselières et matériel.
Février Certaines fondatrices reprennent leur activité par temps doux. Repérer les abris de jardin, appentis, ruches vides.
Mars Les fondatrices bâtissent seules un nid primaire, de la taille d’une orange, d’une dizaine d’alvéoles, en bordure de toit, dans un abri ou une ruche vide. Signaler tout nid primaire ; destruction possible si la fondatrice est dedans.
Avril à mi-mai La fondatrice pond et élève seule ses premières larves. Fenêtre du piégeage de printemps, si vous le pratiquez, près des ruchers.
Mai à juin Premières ouvrières (14 à 16 mm). La colonie grossit. Surveiller les abords ; signaler les nids.
Juillet La prédation devant les ruches commence. Installer muselières ou protections d’entrée ; piégeage au rucher attaqué.
Août Environ 70 % des colonies déménagent dans un nid secondaire, souvent à plus de 10 m dans un grand arbre, quand le nid primaire est trop bas ou trop à l’étroit. Signaler et faire détruire les nids repérés.
Septembre à octobre Pic de population : jusqu’à environ 2 000 ouvrières, au moins 500 futures fondatrices (probablement plus de 1 000) et autant de mâles. Pression maximale sur les ruches. Priorité absolue à la destruction des nids et à la protection des colonies.
Octobre à novembre Les jeunes reines quittent le nid et s’accouplent. Mâles, ouvrières et vieille reine meurent. Dernières destructions utiles, jusqu’à la fin de la prédation, en général en novembre.

Au total, le MNHN indique que les plus gros nids produisent plus de 13 000 individus sur la saison, d’avril à novembre.

Un détail biologique pèse lourd dans le débat sur le piégeage : l’usurpation. Construire un nid coûte si cher à une fondatrice que beaucoup préfèrent tuer l’occupante d’un nid embryonnaire et s’en emparer. Le MNHN rapporte qu’il n’est pas rare de trouver 10 à 20 fondatrices mortes sous un jeune nid, et décrit ce phénomène, rarement observé, comme très fréquent. Il y voit une raison de restreindre le piégeage des fondatrices au printemps : capturer une partie des fondatrices au printemps ne retire pas forcément autant de nids, une partie des reines étant de toute façon éliminée par cette compétition.

Pour caler ces étapes sur la conduite du rucher, voir notre calendrier apicole mois par mois.

Quels dégâts le frelon asiatique cause-t-il aux ruches ?

La chasse en vol stationnaire

Le MNHN décrit un comportement très particulier : des ouvrières se relaient en vol stationnaire à environ 20 cm de l’entrée, saisissent au vol les butineuses qui rentrent, les tuent d’une morsure derrière la tête, puis les emportent sur une branche pour n’en garder que le thorax, malaxé en boulette pour nourrir les larves. Selon le Muséum, quand 15 à 20 frelons se rassemblent devant une ruche, la colonie est en état de stress et réduit son butinage.

La paralysie du butinage, le vrai danger

La perte directe de butineuses n’est pas le mécanisme principal. Dans une étude publiée en 2019 dans le Journal of Pest Science, Fabrice Requier et ses collègues (INRA, aujourd’hui INRAE, et MNHN) ont combiné observations de terrain et modélisation. Ils montrent deux effets : des butineuses qui ne retrouvent pas la ruche, et surtout une paralysie du butinage, la colonie cessant presque de sortir quand les frelons patrouillent. Selon leur modèle, cette paralysie compromet le développement de la colonie et sa survie hivernale : moins de pollen et de nectar rentrés en fin d’été, c’est une population d’abeilles d’hiver plus faible.

Une colonie déjà affaiblie par le varroa ou par une maladie des abeilles bascule bien plus vite. Lutter contre le varroa en août, au moment où la pression du frelon monte, est l’une des meilleures protections indirectes.

Ce que disent les chiffres de mortalité

Il n’existe pas de chiffre national robuste de la part des pertes due au frelon : la mortalité hivernale mêle varroa, maladies, disette et prédation. La pression varie surtout énormément d’un secteur à l’autre, de quelques frelons isolés dans les secteurs récemment colonisés jusqu’aux groupes de 15 à 20 frelons qui, selon le MNHN, mettent une colonie en état de stress. D’où le classement des départements par niveau d’exposition dans le plan de 2026.

Que faire si vous trouvez un nid de frelon asiatique ?

Les bons réflexes

  1. Gardez vos distances. Le MNHN recommande de rester à au moins 5 m du nid et de ne pas tenter de le détruire soi-même.
  2. Ne tentez rien vous-même sur un nid secondaire : ni jet d’eau, ni fusil, ni bâton, ni feu. L’ARS Normandie interdit expressément les armes à feu, les jets d’eau, les flèches et toute méthode qui disperse les frelons ou déplace le nid.
  3. Photographiez-le de loin, notez son adresse précise et sa hauteur.
  4. Signalez-le à la mairie ou à l’organisme désigné par votre département (souvent une FREDON, un GDS ou une plateforme dédiée). La loi de 2025 prévoit explicitement que le signalement peut passer par le maire ou par un conseiller municipal qu’il désigne.
  5. Faites intervenir un professionnel déclaré et assuré, équipé d’une tenue spéciale frelons.

Avant de tailler une haie ou d’élaguer en été, inspectez la végétation.

Comment un professionnel détruit le nid

Le MNHN et l’ARS Normandie décrivent la méthode de référence :

  • une perche télescopique qui perce l’enveloppe et injecte un insecticide en poudre au cœur du nid ;
  • à l’aube ou à la tombée de la nuit, le frelon étant diurne : la colonie est alors rentrée. Selon le MNHN, une destruction en pleine journée, a fortiori à la lance à eau ou au fusil, accroît fortement le risque d’accident ;
  • le sort du nid traité diverge selon les sources : l’ARS Normandie conseille de laisser en place un nid secondaire traité à la poudre pour que les frelons de retour soient eux aussi contaminés, le MNHN recommande de le descendre et de l’éliminer selon la réglementation sur les déchets, pour que les oiseaux ne consomment pas d’insectes empoisonnés et que l’insecticide ne se disperse pas. Le professionnel tranche selon l’accès et le produit employé.

Deux pratiques sont à proscrire. Le dioxyde de soufre (SO2) n’est pas autorisé pour cet usage, rappelle le MNHN. Le fipronil, très toxique, est utilisé sans autorisation, notait le gouvernement en 2023.

Pour un nid accessible, le MNHN décrit une méthode sans insecticide : à la tombée de la nuit, boucher l’entrée avec du coton, ensacher le nid, le détacher et tuer la colonie par congélation. L’ARS précise qu’un nid primaire (moins de 10 cm de diamètre) ne vaut d’être détruit que si l’on est certain que la fondatrice est à l’intérieur.

Jusqu’à quand détruire un nid ?

L’ARS Normandie fixe la période utile de mars à novembre inclus et juge la destruction injustifiée au-delà, sauf danger imminent pour les personnes. Le MNHN situe la période de destruction des nids secondaires de juin à la fin de la prédation, en général en novembre. Au-delà, les fondatrices sont parties et le nid se vide. Plus la destruction est précoce, plus elle évite de futures reines : un nid détruit en août n’a pas encore produit ses centaines de fondatrices.

Qui paie la destruction d’un nid de frelon asiatique ?

La réponse dépend en bonne partie de votre commune.

Le principe : la destruction est à la charge du propriétaire ou de l’occupant. Dans sa réponse publiée au JO du 11 juillet 2023, le gouvernement indiquait que l’État ne finance pas la lutte, compte tenu de l’étendue de l’invasion, et que les collectivités peuvent prendre en charge tout ou partie du coût. Le MNHN ajoute que seuls les nids présentant un danger immédiat peuvent être détruits par les pompiers ; les autres relèvent d’un désinsectiseur spécialisé.

Le coût : dans une question écrite de février 2026, un député du Doubs évaluait à 180 euros en moyenne le coût d’une destruction sur terrain privé, un chiffre que la réponse du gouvernement ne commente pas. Le prix varie selon la hauteur, l’accès et le besoin de nacelle.

Les aides : elles sont locales et ne se généralisent pas. À titre d’exemple seulement, la même question écrite citait une aide de 50 euros par nid versée sous conditions par la FREDON Bourgogne-Franche-Comté grâce au Fonds vert. Votre mairie sait si un dispositif existe chez vous.

Ce qui change en 2026 : le gouvernement mobilise une enveloppe exceptionnelle de 3 millions d’euros pour lancer le plan national, dont la majeure partie va à la lutte (piégeage, destruction de nids, formation), selon sa réponse publiée au JO du 9 juin 2026. Un guichet de demande d’aide est ouvert sur le site Aides-Territoires. Ce n’est pas une prise en charge nationale des factures des particuliers.

Le piège à frelon asiatique : faut-il piéger, quand et comment ?

Le piégeage est le sujet le plus disputé. Les pièges vendus en jardinerie ou fabriqués avec une bouteille capturent surtout autre chose que des frelons.

Ce que montrent les études sur la sélectivité

  • D’après la revue bibliographique de l’ITSAP-Institut de l’abeille (Pointeau, 2023), la part d’insectes non ciblés reste toujours supérieure à 95 %, même avec les dispositifs les plus performants ; les études citées situent la part des fondatrices entre 0,7 et 1,9 % des captures.
  • Les essais de la même synthèse, sur 53 sites dans 10 départements au printemps 2022, montrent que les fondatrices ne représentaient que 0,36 à 1,68 % des captures dans les secteurs exploitables. Les diptères comptaient pour 60 à 92 % des prises et les abeilles de 0,5 à 30 %. La meilleure combinaison testée, le piège Jabeprode, à compartiment d’appât séparé, garni de jus de cirier, atteignait au mieux 11,9 % de fondatrices.
  • Dans ces mêmes essais, la sélectivité variait fortement selon le modèle et l’appât. La conception du piège compte donc autant que la période : sortie pour les petits insectes, compartiment d’appât séparé, absence de liquide où les insectes se noient.

Le piégeage des fondatrices au printemps

L’argument pour : une fondatrice capturée en avril ne fondera pas de nid. Dans sa réponse de juillet 2023, le gouvernement indiquait que les travaux de l’ITSAP et du MNHN montraient qu’un piégeage pendant plusieurs printemps consécutifs, avec plus de 200 pièges sur environ 10 km² autour d’un rucher, réduisait significativement le nombre de nids.

L’argument contre : le MNHN recommande sur sa page consacrée à la lutte d’éviter le piégeage des fondatrices hors cadre expérimental. Un seul gros nid produit plus de 500 fondatrices, et l’usurpation élimine déjà une partie des reines. Les prises accessoires touchent des pollinisateurs sauvages au moment où ils sortent d’hivernage.

Si vous piégez au printemps, l’ITSAP recommande :

  1. une fenêtre courte : de début avril à début ou mi-mai, quand la température moyenne de la semaine atteint 10 à 15 °C ; les premières fondatrices sortent vers 10 °C ;
  2. un arrêt début mai : les fondatrices de frelon européen culminent deux à trois semaines après celles du frelon asiatique, et les prises accessoires augmentent ;
  3. un placement au rucher ou à moins de 50 m : les pièges y capturent 3,7 à 7 fois plus de fondatrices ;
  4. un piège à sortie pour petits insectes et à compartiment d’appât séparé, plutôt qu’une bouteille où tout se noie ;
  5. un appât à base de bière sucrée ou de jus de cirier : dans les essais, ces deux appâts se sont montrés plus attractifs que l’appât commercial testé, sans différence nette entre eux, le jus de cirier donnant la meilleure sélectivité.

Relevez les pièges chaque semaine, relâchez les insectes non ciblés vivants et vérifiez d’abord le plan de votre département.

Le piégeage d’été et d’automne, au rucher seulement

Le MNHN ne recommande le piégeage que lorsqu’un rucher est attaqué : des pièges à sélection physique, placés uniquement au rucher, de préférence appâtés au jus de vieilles cires fermenté, de juin jusqu’à la fin de la saison de prédation, en octobre ou à la mi-novembre. Il rapporte qu’une étude de l’ITSAP n’a constaté aucune protection des colonies quand le piégeage ne commençait qu’en septembre : un piège posé tard ne sert à rien. L’ARS Normandie va dans le même sens : les pièges ne doivent servir qu’à protéger les ruchers, car un piégeage alimentaire généralisé nuit davantage à la biodiversité qu’au frelon, aucun piège strictement sélectif n’existant à ce jour.

Comment protéger ses ruches du frelon asiatique ?

Aucune méthode ne suffit seule. L’objectif est double : limiter le nombre de frelons devant les ruches et permettre aux butineuses de continuer à sortir.

La muselière

La muselière est une cage grillagée posée devant l’entrée : les abeilles la traversent, le frelon ne peut plus se tenir en vol stationnaire juste devant le trou de vol. Dans l’étude de Requier, Rome, Villemant et Henry publiée en 2020 dans le Journal of Pest Science, 22 paires de colonies, une protégée et une témoin, ont été comparées en France. La muselière n’a pas réduit les pertes de butineuses au retour, mais elle a fortement réduit la paralysie du butinage. Le MNHN chiffre cette baisse de la paralysie à 41 %. D’après les simulations des auteurs, la muselière pourrait augmenter jusqu’à 51 % la probabilité de survie des colonies soumises à une forte abondance de frelons. Ils la présentent comme une méthode respectueuse de la biodiversité, puisqu’elle ne capture aucun insecte.

Posez-la dès les premières attaques, en juillet ou août, et laissez-la jusqu’à la fin de la prédation. Vérifiez qu’elle ne gêne ni l’évacuation des abeilles mortes ni la ventilation lors des fortes chaleurs.

La harpe électrique

La harpe électrique est un cadre de fils électrifiés verticaux, placé près des ruches : les abeilles passent entre les fils, le frelon en vol stationnaire les touche et tombe dans un bac. Le MNHN, s’appuyant sur une étude menée en Galice (Rojas-Nossa et collègues, Pest Management Science, 2022), indique qu’elle réduit la pression de prédation, surtout dans les zones de prédation moyenne à forte. Les résultats restent toutefois à consolider. Une étude pilote présentée en juin 2026 à la conférence Neobiota (Burbui et collègues, universités de Pise et de Gand, INBO) conclut que les harpes réduisent la présence de frelons devant les ruches, avec un effet possible sur les ruches voisines non équipées. Mais le succès de prédation des frelons restants n’a pas diminué : ils passaient plus de temps à chasser, ce que les auteurs interprètent comme une stratégie de compensation. La harpe demande une alimentation (batterie, panneau solaire) et un entretien régulier.

Le MNHN cite aussi les cabanes grillagées, ou filets à maille de 5,5 mm, sous lesquels on place les ruches : elles réduisent le stress des colonies, pour un investissement nettement plus lourd qu’une muselière.

Les mesures de conduite du rucher

  • Réduire l’entrée en fin d’été : une entrée étroite se défend mieux et limite aussi le pillage.
  • Garder des colonies fortes : réunir les colonies faibles avant septembre plutôt que de les laisser seules face au frelon.
  • Traiter le varroa à temps, pour que les abeilles d’hiver naissent saines malgré la prédation.
  • Nourrir si les réserves manquent : une colonie paralysée rentre moins de nectar en septembre ; contrôlez le poids des ruches et, si besoin, nourrissez les abeilles au sirop avant l’hiver.
  • Choisir l’emplacement : un rucher dégagé se surveille mieux ; voir notre guide pour installer un rucher.
  • Signaler et faire détruire les nids proches : c’est la mesure la plus efficace à l’échelle d’un secteur.

Le frelon asiatique est-il dangereux pour l’homme ?

Le MNHN juge le danger souvent exagéré : le frelon asiatique n’est pas plus agressif qu’une abeille, son venin n’est ni plus toxique ni plus allergisant, et les accidents par piqûres d’hyménoptères n’ont pas augmenté là où il abonde. Dans sa réponse de 2023, le gouvernement indiquait que les données des centres antipoison ne le montrent pas plus dangereux qu’une guêpe ou un frelon européen.

Le risque réel est celui des dizaines de piqûres reçues en dérangeant un nid ou en tentant de le détruire sans protection. L’ARS Normandie signale aussi que le frelon peut projeter son venin, d’où la nécessité de protéger les yeux lors d’une destruction.

Conduite à tenir, d’après le MNHN et l’ARS Normandie :

  • Réaction allergique (urticaire généralisée, gonflement de la langue ou de la gorge, malaise), piqûre dans la bouche ou la gorge, plus de 20 piqûres ou venin dans les yeux : appelez le 15 ou le 112 (le 114 pour les personnes sourdes ou malentendantes). En attendant, allongez la personne jambes surélevées ; pour une piqûre buccale, l’ARS conseille de faire sucer un glaçon.
  • Piqûre à la main : retirez immédiatement les bagues.
  • Piqûre simple : lavez à l’eau et au savon, désinfectez, prenez un antalgique si la douleur est forte et vérifiez que le vaccin antitétanique est à jour.
  • Aggravation dans les jours suivants, fièvre ou frissons : consultez un médecin.

Que prévoient la loi de 2025 et le plan national de 2026 ?

Le statut juridique du frelon

Le frelon asiatique figure sur la liste des espèces exotiques envahissantes fixée par l’arrêté interministériel du 14 février 2018. Selon la réponse du gouvernement de juillet 2023, il relève depuis fin avril 2021 de la seule réglementation sur ces espèces, pilotée par le ministère de l’Écologie, et non plus de la réglementation sanitaire. À ce titre :

  • il est interdit de l’introduire, de le détenir, de le vendre ou de le transporter vivant (article L411-6 du Code de l’environnement) ;
  • le préfet peut faire capturer ou détruire des spécimens et ordonner la destruction de nids, y compris sur une propriété privée (article L411-8).

La loi n° 2025-237 du 14 mars 2025

Adoptée définitivement le 6 mars 2025, à l’unanimité des deux chambres selon la question écrite n° 14975, et publiée au Journal officiel du 15 mars 2025, la loi crée deux articles dans le Code de l’environnement :

L’article L411-9-1 institue :

  • un plan national de lutte, fixant des orientations et des indicateurs pour la surveillance, la prévention, le piégeage sélectif et la destruction ;
  • le classement des départements selon la pression de prédation et les dégâts sur les ruchers et les pollinisateurs sauvages ;
  • les financements apportés par l’État, les collectivités et les acteurs socio-économiques et sanitaires, pour l’information, la recherche, la prévention et la lutte ;
  • l’examen de l’opportunité d’un classement du frelon en danger sanitaire de deuxième catégorie pour l’abeille domestique : la loi n’impose pas ce classement ;
  • des plans départementaux élaborés par le préfet avec le conseil départemental, les communes, les organismes sanitaires, les apiculteurs, les associations, l’OFB et les usagers de la nature. Ils fixent les modalités d’évaluation du danger que représentent les nids pour la santé publique et les ruchers, ainsi que la procédure de signalement et de destruction, et doivent être mis à jour au plus tard six mois après chaque modification du plan national ;
  • le signalement par le maire ou par un conseiller municipal désigné.

L’article L411-9-2 prévoit l’indemnisation des pertes économiques subies par les exploitants apicoles, dans les conditions de l’article L361-3 du Code rural et de la pêche maritime, c’est-à-dire par l’intermédiaire du fonds de mutualisation des risques sanitaires et environnementaux (FMSE), selon Localtis.

Ce que la loi ne fait pas : elle n’oblige pas les particuliers à détruire un nid et ne crée pas de prise en charge nationale de leurs factures.

Le décret du 29 décembre 2025 et le plan du 9 septembre 2026

Le décret n° 2025-1377 du 29 décembre 2025, publié au JO du 30 décembre, précise les modalités d’adoption du plan national et des plans départementaux. Dans sa réponse publiée au JO du 3 mars 2026, le gouvernement le présente comme un moyen d’encadrer les pratiques, de prévenir les dispositifs non sélectifs et de structurer l’action des collectivités.

Le plan national a été adopté par arrêté du 9 septembre 2026 portant adoption du plan national de lutte contre le frelon asiatique à pattes jaunes, publié au JO du 16 septembre 2026. D’après Localtis et la réponse ministérielle de juin 2026 :

  • le projet, soumis à consultation publique du 8 au 29 avril 2026, comptait 8 actions en 3 axes : coordination des acteurs, mesures de gestion adaptées aux territoires, soutien à la recherche fondamentale et appliquée ;
  • il répartit les départements en quatre niveaux d’exposition ;
  • il retient la destruction des nids, le piégeage des fondatrices au printemps et les dispositifs qui réduisent le stress des abeilles ;
  • il prévoit l’adoption des plans départementaux sous six mois, sous l’autorité des préfets, soit vers mars 2027 ;
  • il s’accompagne de l’enveloppe exceptionnelle de 3 millions d’euros pour 2026, portée par le ministère de la Transition écologique.

En pratique, les règles de piégeage, de signalement et d’aide financière seront fixées département par département. Tant que le plan de votre département n’est pas publié, renseignez-vous auprès de la préfecture, de la mairie ou de votre GDS ou GDSA.

Questions fréquentes

Comment reconnaître un frelon asiatique d'un frelon européen ?

Le frelon asiatique est presque entièrement brun-noir : thorax noir velouté, abdomen brun bordé de fines bandes jaunes avec un seul segment, le quatrième, largement orangé, face orange et pattes jaunes à leur extrémité. Le frelon européen est plus coloré, marqué de roux, de noir et de jaune, avec un abdomen nettement rayé jaune et noir. Le nid asiatique s'ouvre par un petit trou latéral, l'européen par une large ouverture à la base.

Qui doit payer la destruction d'un nid de frelon asiatique ?

En règle générale, le propriétaire ou l'occupant du terrain. L'État ne finance pas la destruction des nids chez les particuliers, rappelaient en 2023 le gouvernement et le Muséum national d'Histoire naturelle. De nombreuses communes, intercommunalités ou départements prennent en charge tout ou partie du coût. Renseignez-vous d'abord auprès de votre mairie, qui connaît le dispositif local et l'organisme référent de votre département.

Quand faut-il piéger le frelon asiatique ?

Deux périodes seulement ont un sens. Au printemps, d'avril à début mai, quand la température moyenne de la semaine atteint environ 10 à 15 °C, l'ITSAP situe le pic de capture des fondatrices ; ce piégeage reste discuté à cause des prises accessoires. De juin à la fin de la prédation, le Muséum recommande un piégeage limité au rucher attaqué, avec des pièges à sélection physique. En dehors de ces fenêtres et loin des ruches, abstenez-vous.

Le frelon asiatique est-il dangereux pour l'homme ?

Pas davantage qu'une guêpe ou un frelon européen, selon le Muséum et les centres antipoison cités par le gouvernement en 2023. Isolé, il fuit. Le danger vient des piqûres multiples quand on dérange un nid : restez au moins à 5 m. Appelez le 15 ou le 112 en cas de réaction allergique ; consultez en urgence après une piqûre dans la bouche ou la gorge, ou plus de vingt piqûres.

Faut-il détruire un nid de frelon asiatique en hiver ?

Non. Les futures reines quittent le nid en octobre et novembre pour s'accoupler puis hiverner à l'abri, et la colonie restante meurt durant l'hiver. Un nid découvert dans un arbre défeuillé en décembre ou janvier est le plus souvent vide, même si quelques nids restent actifs en décembre. L'ARS Normandie juge la destruction injustifiée après novembre. Signalez-le quand même : il indique un secteur où la pression sera forte au printemps suivant.

Que dit la loi de 2025 sur le frelon asiatique ?

La loi n° 2025-237 du 14 mars 2025 crée un plan national de lutte, décliné en plans départementaux arrêtés par les préfets, prévoit un signalement des nids possible par l'intermédiaire du maire et l'indemnisation des pertes économiques des apiculteurs. Elle n'impose aucune obligation de destruction aux particuliers. Le plan national a été adopté par arrêté du 9 septembre 2026, et les départements disposent de six mois pour adopter leur plan.

La muselière protège-t-elle vraiment les ruches ?

Elle ne supprime pas la prédation, mais elle en réduit l'effet le plus grave. Dans une étude publiée en 2020 dans le Journal of Pest Science sur 22 paires de colonies, des chercheurs du Muséum et de l'INRAE ont constaté que la muselière ne diminuait pas les pertes de butineuses, mais réduisait fortement la paralysie du butinage. Selon leur modèle, la survie des colonies très exposées pourrait augmenter jusqu'à 51 %.

Sources

  1. Loi n° 2025-237 du 14 mars 2025 visant à endiguer la prolifération du frelon asiatique et à préserver la filière apicole, AIDA, INERIS
  2. Lutte contre le frelon asiatique : le plan national adopté (arrêté du 9 septembre 2026), Banque des Territoires, Localtis
  3. Question écrite n° 14975 et réponse du gouvernement (JO du 9 juin 2026) sur la destruction des nids de frelons asiatiques, Assemblée nationale
  4. Question écrite n° 12875 et réponse du gouvernement (JO du 3 mars 2026) sur la lutte contre le frelon asiatique, Assemblée nationale
  5. Question écrite n° 7467 et réponse du gouvernement (JO du 11 juillet 2023) sur le frelon asiatique, Assemblée nationale
  6. Frelon asiatique : biologie, Muséum national d'Histoire naturelle
  7. Frelon asiatique : identification et espèces ressemblantes, Muséum national d'Histoire naturelle
  8. Frelon asiatique : moyens de lutte, Muséum national d'Histoire naturelle
  9. Usurpation des nids chez le frelon à pattes jaunes (Q. Rome, 2025), Muséum national d'Histoire naturelle
  10. Frelon asiatique : précautions à prendre et piqûres, Muséum national d'Histoire naturelle
  11. Synthèse bibliographique et résultats d'expérimentations sur l'attractivité et la sélectivité des pièges et appâts pour le piégeage des fondatrices au printemps (S. Pointeau, 2023), ITSAP-Institut de l'abeille, via FREDON Normandie
  12. Predation of the invasive Asian hornet affects foraging activity and survival probability of honey bees in Western Europe (F. Requier et al., 2019), Journal of Pest Science, vol. 92
  13. A biodiversity-friendly method to mitigate the invasive Asian hornet's impact on European honey bees (F. Requier et al., 2020), Journal of Pest Science, vol. 93, via Pestinfo
  14. Nearly fatal ambush: how electric harps could alter Vespa velutina predatory behaviour on Apis mellifera colonies (G. Burbui et al., 2026), ARPHA Conference Abstracts, Neobiota 2026
  15. Effectiveness of electric harps in reducing Vespa velutina predation pressure and consequences for honey bee colony development (S. V. Rojas-Nossa et al., 2022), Pest Management Science, vol. 78, via Universidade de Santiago de Compostela
  16. Plan de lutte contre la prolifération du frelon asiatique : la loi est promulguée, Banque des Territoires, Localtis
  17. Le frelon asiatique : reconnaissance, biologie, lutte et conduite à tenir (édition d'avril 2019), ARS Normandie