

Nourrir les abeilles : sirop, candi, pâte protéinée, quand et combien donner
Nourrir les abeilles sans les affaiblir : quand intervenir, recette du sirop 50/50 ou 70/30, litres par colonie, candi, pâte protéinée, risque HMF, règles bio.
Nourrir les abeilles consiste à compléter ce que la colonie ne trouve plus dehors : du sucre sous forme de sirop ou de candi quand les réserves manquent, plus rarement des protéines quand le pollen fait défaut. Le cas le plus courant en France est le nourrissement d’automne au sirop lourd, en septembre, pour amener chaque colonie à 15 à 25 kg de réserves avant l’hiver. Stimulation de printemps, candi de secours et pâte protéinée relèvent de situations précises.
Quand nourrir les abeilles ?
Une colonie bien placée, à laquelle on a laissé assez de miel, se nourrit seule. Le nourrissement répond à un déficit constaté par la soupesée, la pesée ou la lecture des cadres. On distingue deux logiques :
- le nourrissement de stockage : de gros volumes de sirop concentré, en peu de temps, pour remplir les rayons avant l’hiver ;
- le nourrissement de stimulation : de petites quantités de sirop léger, répétées, qui imitent une miellée faible pour entretenir la ponte.
Les confondre est l’erreur classique : un sirop léger distribué au compte-gouttes en septembre relance la ponte au lieu de remplir les rayons, et la colonie consomme ce qu’on lui donne pour élever du couvain.
Calendrier du nourrissement en France métropolitaine
Ces dates valent pour la plaine ; décalez-les de deux à quatre semaines en montagne et dans le Nord-Est, avancez-les en zone méditerranéenne. Pour replacer ces interventions dans l’année, consultez le calendrier apicole mois par mois.
| Période | Situation | Aliment | Logique |
|---|---|---|---|
| Janvier-février | Ruche légère à la soupesée | Candi au-dessus de la grappe | Secours |
| Mars-avril | Réserves épuisées, couvain en expansion | Candi, puis sirop 50 % quand les abeilles volent | Secours puis entretien |
| Mars-avril | Pollen absent | Pâte protéinée ou cadre de pollen d’une colonie saine | Protéines |
| Mai-juillet | Essaim, ruchette, division qui bâtit hors miellée | Sirop 50 %, 0,5 à 1 L par semaine | Entretien |
| Juillet-août | Disette entre deux miellées | Sirop 50 % en petites doses | Éviter la famine |
| Fin août-septembre | Après la dernière récolte et le traitement varroa | Sirop lourd, 2 à 3 apports rapprochés | Stockage |
| Octobre | Colonies encore légères | Sirop lourd par temps doux, sinon candi | Rattrapage |
| Novembre-décembre | Grappe formée | Rien, sauf candi si la ruche est vraiment légère | Secours |
Le livret « Mieux savoir » du ministère de l’Agriculture résume le dilemme de l’automne : trop tard, il fait trop froid pour que les abeilles conditionnent les réserves ; trop tôt, elles risquent d’être utilisées pour élever du couvain. En plaine, il situe ce nourrissement en septembre. Il signale aussi la famine estivale entre deux miellées, dans certaines régions, notamment avec des colonies très populeuses comme la Buckfast. Le laboratoire apicole de l’université d’État du Michigan estime qu’une ouvrière consomme environ 11 mg de sucre sec par jour : 50 000 ouvrières ont donc besoin d’environ 550 g de sucre par jour, soit environ 0,9 litre de sirop à 50 %, couvain non compris.
Quand ne pas nourrir
- Avec les hausses en place : le sirop stocké en hausse finirait dans le miel. Selon la DGCCRF, le miel ne peut recevoir aucune adjonction de substances alimentaires.
- Pendant une miellée : c’est inutile et cela encombre le nid.
- Quand la grappe est formée : les abeilles ne prennent plus le sirop, et le liquide froid ajoute de l’humidité.
- Une colonie orpheline, bourdonneuse ou très malade : le sirop ne la sauvera pas. Réunissez-la ou traitez la cause.
Quelle quantité de réserves pour l’hiver ?
Le livret du ministère de l’Agriculture indique qu’il faut 15 à 25 kg de réserves à une colonie pour passer l’hiver, et qu’un cadre de corps Dadant plein de miel pèse environ 4 kg au maximum : il faut donc l’équivalent de quatre à six cadres pleins. Il situe la consommation de miel à au moins 20 kg entre juillet et avril en climat tempéré : environ 0,42 kg par semaine en régulation thermique sans couvain, et environ 0,84 kg par semaine avec du couvain.
Au Royaume-Uni, la National Bee Unit retient 18 à 22 kg pour une colonie moyenne, et au moins 9 kg, soit quatre à cinq cadres de réserves, encore présents en mars-avril. Prenez le haut de la fourchette pour un hiver long, en montagne ou dans l’Est : au Canada atlantique, le guide de Perennia vise même 27 à 36 kg par ruche, 23 kg pour un nucléi. Tenez compte aussi de la race et de la force de la colonie. Surtout, retenez que la consommation double quand le couvain redémarre : beaucoup de colonies meurent de faim en mars, pas en décembre.
Estimer les réserves sans ouvrir la ruche
| Repère | Valeur approximative | Source |
|---|---|---|
| Rayon de miel, par dm² et par face | environ 200 g | Réussir Apiculture |
| Cadre de corps Dadant plein de miel (10 dm²) | 4 kg au maximum selon le ministère, 4 à 5 kg selon Réussir Apiculture | Ministère de l’Agriculture, Réussir Apiculture |
| 1 litre de sirop lourd distribué | environ 1 kg de réserves stockées | Réussir Apiculture |
| Consommation hivernale sans couvain | environ 0,42 kg par semaine | Ministère de l’Agriculture |
| Consommation avec couvain | environ 0,84 kg par semaine | Ministère de l’Agriculture |
Trois méthodes se complètent :
- la lecture des cadres lors de la dernière visite après récolte, en convertissant les surfaces operculées avec les repères du tableau ;
- la soupesée : soulevez l’arrière de la ruche de quelques centimètres. Le guide de Perennia retient qu’une ruche difficile à soulever d’une main a probablement assez de nourriture ;
- le peson : pesez l’arrière puis l’avant, additionnez, retranchez le poids de votre ruche vide avec ses cadres bâtis, que vous aurez mesuré une fois pour toutes sur votre propre matériel.
Le sucre ne suffit pas : le livret du ministère recommande au moins un cadre de pollen ou pain d’abeilles, de 4 ou 5 couleurs différentes, pendant la période d’élevage. Une colonie sans pollen en février ne relance pas sa ponte, même avec du sucre à volonté. Sur une ruche Dadant, on hiverne sur un seul corps, hausses retirées, et l’on resserre les colonies moyennes derrière une partition pour garder les réserves au contact de la grappe.
Sirop pour abeilles : recette et proportions exactes
Les proportions d’un sirop s’expriment en poids : « 50/50 » signifie 1 kg de sucre pour 1 kg, donc 1 litre, d’eau. Un verre de sucre pour un verre d’eau donne un sirop plus dilué que prévu, car le sucre en poudre est moins dense que l’eau. Pesez toujours le sucre.
| Appellation | Sucre pour 1 L d’eau | Concentration | Volume obtenu | Usage |
|---|---|---|---|---|
| Sirop léger 1:1 ou 50/50 | 1 kg | 50 % | environ 1,6 L | Stimulation, essaims, disette |
| Sirop moyen 3:2 ou 60/40 | 1,5 kg | 60 % | environ 1,9 L | Fin d’été |
| Sirop lourd 2:1 | 2 kg | environ 67 % | environ 2,25 L | Stockage d’automne, fait maison |
| Sirop du commerce dit « 70/30 » | prêt à l’emploi | environ 70 % de matière sèche ou plus | sans objet | Stockage d’automne |
Les volumes découlent de la densité du sirop, environ 1,23 à 50 % et 1,33 à 67 %. Un litre de sirop maison 2:1 contient donc environ 0,9 kg de sucre, un litre de 50/50 environ 0,6 kg. Attention aux recettes anglo-saxonnes, qui mélangent poids et volume : le sirop d’automne de la National Bee Unit britannique, 1 kg de sucre pour 630 ml d’eau, titre environ 61 %.
Sirop 50/50 ou 70/30 : lequel choisir ?
Le 50/50 ressemble à un nectar abondant : selon l’université d’État du Michigan, la teneur en sucre des nectars varie de 5 à 75 %, le plus souvent de 25 à 40 %. Il déclenche le comportement de récolte et stimule la ponte. Réussir Apiculture conseille environ 500 g tous les deux à trois jours pour une stimulation.
Le sirop lourd laisse moins d’eau à évaporer avant l’operculation, ce qui compte quand les nuits fraîchissent : c’est le sirop de stockage. Le sirop maison plafonne à 2 kg de sucre par litre parce que la solubilité du saccharose à 20 °C avoisine 67 % ; au-delà, il recristallise dans le nourrisseur. Les sirops du commerce dépassent ce seuil car ils sont invertis en tout ou partie, ou mélangés à du glucose et du fructose, qui restent liquides à plus forte concentration.
Recette du sirop lourd maison pas à pas
Pour environ 10 litres, de quoi apporter près de 10 kg de réserves :
- Pesez 9 kg de sucre blanc raffiné, de betterave ou de canne.
- Faites tiédir 4,5 litres d’eau potable, sans jamais la porter à ébullition.
- Versez le sucre progressivement en remuant jusqu’à dissolution complète ; une hélice de peintre sur perceuse accélère le travail.
- Laissez refroidir. Le guide de Perennia demande de l’eau tiède et non bouillante, car un sirop bouilli peut former de l’HMF ; Réussir Apiculture conseille de servir le sirop autour de 20 °C, pour une meilleure appétence.
- Distribuez dans les jours qui suivent : un sirop léger fermente vite par temps chaud.
- Notez la date, la quantité et les ruches dans votre carnet de visites, et dans le registre d’élevage.
Pour un sirop 50/50, dissolvez 1 kg de sucre par litre d’eau tiède. N’ajoutez ni vinaigre, ni acide tartrique, ni citron : selon Réussir Apiculture, l’acidification n’a aucun bénéfice démontré, ni contre la nosémose ni sur la digestion, peut abîmer l’épithélium intestinal et augmente la formation d’HMF. Évitez aussi sucre roux, cassonade et mélasse, dont les minéraux et sucres complexes sont mal digérés ; Réussir Apiculture déconseille en particulier le sucre semi-raffiné de betterave.
Sirops du commerce : saccharose, inverti, glucose-fructose
D’après l’enquête nationale Résapi de l’automne 2025, menée auprès de 575 apiculteurs et rapportée par Réussir Apiculture, 80 % des apiculteurs conventionnels utilisent du sirop du commerce et 18 % du sirop maison ; en bio, 54 % font leur sirop et 48 % en achètent.
| Type | Composition | Avantages | Points de vigilance |
|---|---|---|---|
| Saccharose | Sucre de betterave ou de canne en solution | Très bien digéré | Cristallise au-delà d’environ 67 % |
| Sirop inverti | Saccharose scindé en glucose et fructose | Reste liquide, se stocke bien | Pas de preuve d’une meilleure digestion ; l’inversion acide produit de l’HMF, l’enzymatique non mais coûte plus cher |
| Glucose-fructose (maïs, blé) | Glucose, fructose, maltose, isomaltose | Bien accepté, ne cristallise pas | Maltose mal digéré, amidon résiduel si l’hydrolyse est incomplète |
Réussir Apiculture cite une étude canadienne où les colonies nourries au saccharose se sont mieux développées au printemps que celles nourries au sirop de maïs riche en fructose. Le même article rappelle que le choix du sirop n’est pas décisif pour la survie hivernale : la lutte contre le varroa, la force de la colonie à l’entrée de l’hiver et l’âge de la reine pèsent davantage. Achetez des sirops formulés pour l’apiculture, dont le fabricant indique la composition et la date de fabrication.
HMF et sucres toxiques : les erreurs qui empoisonnent une colonie
À partir de quand l’HMF devient-il dangereux ?
L’hydroxyméthylfurfural, ou HMF, se forme quand des sucres, surtout le fructose, sont chauffés, acidifiés ou stockés longtemps. L’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) lui a consacré en 2022 un avis scientifique :
- Seuil de référence : 1,16 µg d’HMF par abeille et par jour, ce qui correspond à environ 95 mg/kg d’aliment pour les ouvrières et 91 mg/kg pour les larves, niveaux jugés sans danger.
- Effet de la durée : la toxicité s’accroît avec le temps d’exposition. Les concentrations équivalentes tombent à 49 mg/kg pour 90 jours et à 15 mg/kg pour 180 jours, la durée d’un hivernage. L’EFSA identifie une préoccupation potentielle pour les abeilles exposées plusieurs mois.
- Teneurs mesurées : jusqu’à 475 mg/kg dans un sirop inverti néerlandais, 57 mg/kg dans un sirop HFCS-55, 58 à 915 mg/kg dans des candis analysés en Slovénie en 2014, et 6 000 à 14 000 mg/kg dans un sirop maison bouilli à pH 2.
- Stockage : l’HMF augmente avec la chaleur et la durée ; la congélation le concentre dans la fraction restée liquide, celle que les abeilles prélèvent.
Le laboratoire de l’université d’État du Michigan considère, plus sévèrement, qu’au-delà de 30 mg/kg l’HMF est toxique pour les abeilles. En pratique : ne faites jamais bouillir ni n’acidifiez un sirop, stockez sirops et candis au frais et à l’abri du soleil, écoulez-les dans l’année, et n’utilisez pas les fonds de cuve de l’an passé pour le stock d’hiver, précisément l’aliment que la colonie consommera pendant des mois.
Les sucres que l’abeille ne digère pas
Selon l’université d’État du Michigan, l’abeille ne digère ni le rhamnose, le xylose, l’arabinose, le galactose, le mannose, le lactose, le raffinose, le mélibiose ni le stachyose, pour la plupart toxiques pour elle . Réussir Apiculture rappelle à l’inverse que le glucose, le fructose et le saccharose sont les sucres les plus digestes. Environ 40 % des sucres du soja seraient toxiques, d’où la prudence avec les substituts de pollen à base de soja. Donc pas de produits laitiers, de confiseries ni de sirops aromatisés. Le ministère de l’Agriculture met aussi en garde contre l’hivernage sur miellat : le mélézitose, indigeste en hiver faute de vols de propreté, est un facteur de risque de dysenterie.
Nourrissement d’hiver : réussir le stock d’automne
Le stock d’automne suit trois étapes : récolte, traitement contre le varroa, nourrissement. Le traitement conditionne tout, car les abeilles d’hiver naissent à partir de la fin de l’été et doivent être élevées dans une colonie peu infestée. Voir notre dossier sur le varroa et, pour la biologie de ces abeilles à longue vie, le cycle de vie de l’abeille.
- Faites le bilan dès la récolte : réserves, couvain, force, reine. Le guide de Perennia estime qu’il faut au moins 7 à 8 cadres d’abeilles, au format Langstroth, pour hiverner avec succès ; une colonie nettement plus faible se réunit plutôt qu’elle ne se nourrit.
- Calculez le déficit : objectif moins réserves constatées. Objectif 18 kg, réserves estimées à 8 kg : il manque 10 kg, soit environ 10 litres de sirop lourd.
- Réduisez les entrées et resserrez les colonies moyennes. Le ministère de l’Agriculture rappelle qu’équilibrer les colonies et réduire les trous de vol limite le pillage, au nourrissage comme à la récolte.
- Distribuez vite et en gros volumes : deux ou trois apports de 4 à 6 litres à quelques jours d’intervalle, le soir, à toutes les ruches du rucher le même jour. Réussir Apiculture donne 3 à 10 litres par apport selon les réserves existantes.
- Ne renversez rien : une flaque de sirop déclenche le pillage en quelques minutes, frelons et guêpes compris.
- Contrôlez deux à trois semaines plus tard : sirop pris, rayons operculés, poids conforme. Complétez avant la mi-octobre en plaine.
- Arrêtez quand la grappe se forme : selon Perennia, les abeilles cessent alors de prendre le sirop. Passez au candi si la ruche reste légère.
Les essais du Centre de recherche en sciences animales de Deschambault (CRSAD), au Québec, publiés en 2025, rappellent que l’essentiel est le poids atteint. Lors de la première phase, en 2022-2023, aucune colonie nourrie au sirop, conventionnel ou biologique, n’est morte, alors que les colonies hivernées seulement sur huit cadres de miel ont subi de lourdes pertes, que les auteurs attribuent à des réserves insuffisantes. Toutes les mortalités sont survenues dans les lots hivernés uniquement sur miel, soit 44 % et 67 % de pertes selon le lot. Les auteurs recommandent au moins neuf cadres de miel dans un corps Langstroth unique, ou quatre cadres complétés par 12 litres de sirop de saccharose biologique ; la perte de poids hivernale moyenne était de 10,6 kg, contre 9,3 kg en moyenne sur cinq ans au CRSAD.
En France, l’enquête Résapi relève pour les exploitations de plus de 50 colonies une moyenne de 7,18 kg d’équivalent sucre par colonie hivernée entre septembre 2024 et août 2025, de 2,7 à 15,1 kg selon les régions, et environ 8,5 kg chez celles qui vendent essaims ou reines.
Candi pour abeilles : quand et comment l’utiliser
Le candi est une pâte de sucre solide, faite de sucre très fin, de sirop de glucose ou de sucre inverti et d’un peu d’eau ; l’enquête Résapi retient qu’un kilo de candi contient environ 0,92 kg de sucre. Il ne coule pas, n’apporte presque pas d’eau et se place au contact de la grappe. On le réserve à trois cas : une ruche légère en fin d’automne ou en hiver quand il fait trop froid pour le sirop, la fin d’hiver quand la reprise de ponte vide les réserves, et les ruchettes ou nucléis, où il évite noyades et pillage. C’est un aliment de secours : une colonie à qui il manque 10 kg en octobre ne se rattrape pas avec un pain de 2,5 kg.
Pour le poser :
- Choisissez une journée calme et ouvrez le moins longtemps possible.
- Posez le pain sur les têtes de cadres au-dessus de la grappe, ou sur le trou du couvre-cadres, film incisé côté abeilles. Perennia recommande cet emplacement pour ne pas déranger la grappe en début de printemps.
- Ajoutez une rehausse si nécessaire et refermez avec une isolation.
- Contrôlez par le trou du couvre-cadres toutes les deux à quatre semaines.
Réussir Apiculture rapporte deux réserves : sa consommation risque de fatiguer les abeilles d’hiver, et il peut être monté dans les hausses et se retrouver dans le miel, comme l’ont montré des essais de terrain des associations Adapi et Adana. Retirez tout reste avant la première hausse, et achetez des pains récents, puisque l’EFSA cite des candis jusqu’à 915 mg/kg d’HMF. La National Bee Unit britannique conseille d’acheter un candi du commerce plutôt que de le fabriquer, le candi maison étant moins régulier, et rappelle que les abeilles ont besoin d’eau pour le consommer. Le candi maison au sucre glace et au miel porte en outre le risque sanitaire du miel s’il ne vient pas de vos colonies saines.
Nourrissement de stimulation au printemps : ce que montrent les essais
Stimuler, c’est distribuer de petites quantités de sirop léger pour accélérer le développement avant une miellée précoce, un élevage de reines ou une production de mâles. Ses effets sont réels mais conditionnels.
En 1950, Eva Crane publiait dans Bee World les résultats de 131 paires de colonies appariées, nourries ou non en mars et avril 1948. Les colonies nourries avaient en moyenne 1,03 cadre d’abeilles et 0,89 cadre de couvain de plus. Le gain se concentrait sur les petites colonies : jusqu’à 8 cadres, environ 36 % d’abeilles et 55 % de couvain en plus ; au-delà de 14 cadres, aucun gain significatif. Il était plus net quand les abeilles devaient chercher l’eau à plus de 50 yards, environ 45 m, ce qui suggère que l’eau du sirop compte autant que le sucre.
Une synthèse du groupe apicole de l’université d’Édimbourg cite des résultats plus mitigés : chez Free et Spencer-Booth (1961), le sirop dilué ou concentré a augmenté l’élevage une année, sans effet l’autre année, au temps favorable ; chez Butler (1946), le sirop dilué distribué en mars et avril n’a pas modifié l’élevage, et le sirop concentré l’a significativement réduit. Elle recommande de ne nourrir au printemps que si les températures dépassent régulièrement 10 °C, peu et souvent.
Pour stimuler sans nuire :
- Ne stimulez qu’une colonie saine, avec une reine féconde et du pollen disponible : sans pollen, le sucre ne fait pas de couvain.
- Vérifiez les réserves : une colonie qui a encore 8 kg de miel n’a pas besoin de sirop.
- Donnez du sirop 50 % en petites doses, environ 500 g tous les deux à trois jours ou 1 litre par semaine, sans interruption jusqu’à la miellée. La synthèse d’Édimbourg rappelle qu’un apport manqué après une forte expansion du nid peut laisser refroidir du couvain.
- Arrêtez dès que la miellée démarre, avant la pose des hausses.
- Surveillez l’essaimage, qui arrive plus tôt dans une colonie dopée.
Le nourrisseur d’entrée à bouteille retournée, décrit par l’apiculteur Florent Gatelier dans Réussir Apiculture, imite bien une petite miellée : le sirop ne coule que lorsque les abeilles le prélèvent. L’article précise qu’il est trop lent pour que la colonie constitue rapidement des réserves.
Pâte protéinée et substituts de pollen : utiles ou pas ?
Le pollen fournit les protéines, lipides, vitamines et minéraux dont les nourrices tirent la gelée nourricière. L’université d’État du Michigan estime que l’élevage d’une larve demande 25 à 37,5 mg de protéines, soit 125 à 187,5 mg de pollen, et qu’une colonie récolte 10 à 26 kg de pollen par an. Une pâte protéinée se justifie en fin d’hiver quand la ponte reprend sans pollen disponible, lors d’une disette pollinique d’été ou d’automne, et pour les colonies d’élevage. D’après Résapi, 19 % des apiculteurs conventionnels utilisent une pâte du commerce.
Les résultats dépendent de la formule. L’université d’État du Michigan rapporte que, dans une étude sur la longévité, le pollen frais devançait les substituts testés ; elle recommande 5 à 8 % de lipides et signale qu’au-delà de 2 % de cendres, l’élevage du couvain est freiné. En 2024, une équipe coréenne a comparé dans la revue Insects trois formules et un substitut du commerce sur 15 colonies : la meilleure, à base de jus de pomme, de farine de soja fermentée et de chlorelle, a donné environ 19 000 cm² de couvain operculé cumulé sur la saison, contre 4 700 cm² pour le témoin commercial, un substitut sans pollen. Mais l’essai porte sur un seul rucher, une saison, trois colonies par traitement, sans comparaison avec du vrai pollen, et les auteurs détiennent un brevet sur ces formules.
Aucun substitut ne vaut un pollen frais et varié. Améliorer la ressource autour du rucher avec des plantes mellifères reste la meilleure assurance. Si vous utilisez une pâte :
- posez une galette sur les têtes de cadres, au contact du couvain, sous un film qui limite le dessèchement ;
- renouvelez-la seulement quand elle est consommée ;
- retirez-la avant la miellée : les auteurs de l’étude de 2024 réservent eux-mêmes leurs formules aux pénuries de début de printemps, levures et soja pouvant passer dans le miel ;
- n’apportez jamais de pollen d’origine inconnue : selon le ministère de l’Agriculture de l’Ontario, le pollen et le miel de sources extérieures peuvent contenir des spores de loque américaine.
Quel nourrisseur choisir ?
| Nourrisseur | Usage idéal | Avantages | Inconvénients |
|---|---|---|---|
| Couvre-cadres, au-dessus du corps | Stockage d’automne | Gros volumes, remplissage sans ouvrir le corps | Encombrant, moins fréquenté par temps froid |
| Nourrisseur-cadre ou partition | Ruchettes, colonies faibles | Au contact de la grappe | Prend la place d’un cadre, ouverture nécessaire, noyades sans flotteur |
| Seau ou bocal retourné sur le couvre-cadres | Stimulation et stockage | Simple, peu coûteux | Fuites si le joint est mal fait, rehausse nécessaire |
| Nourrisseur d’entrée à bouteille | Stimulation, essaims | Contrôle visuel sans ouvrir | Trop lent pour le stockage, incompatible avec une grille d’entrée |
| Pain de candi ou galette protéinée | Secours, protéines | Pas de liquide, au contact de la grappe | Pas pour le stockage |
Le guide de Perennia recommande le nourrisseur couvre-cadres pour les gros volumes d’automne, et rappelle que le nourrisseur-cadre réduit la place du couvain et des réserves et oblige à ouvrir la ruche, ce qui pose problème par temps froid. Équipez-le d’un flotteur ou d’une échelle pour éviter les noyades. Remplissez le soir, nourrissez tout le rucher le même jour et vérifiez le format : sur une Dadant, les modèles 10 et 12 cadres ne sont pas interchangeables.
Nourrir les abeilles en bio et sans contaminer le miel
Ce que dit la réglementation biologique
Le guide de lecture de la réglementation européenne publié par l’organisme certificateur Certipaq en avril 2026, qui s’appuie sur le règlement (UE) 2018/848 (annexe II, partie II, point 1.9.6.2), précise que :
- le nourrissement n’est autorisé que lorsque la survie des colonies est menacée par les conditions climatiques ; les essaims en développement en sont exemptés, et l’INAO peut accorder une dérogation exceptionnelle pour d’autres causes ;
- il ne peut se faire qu’avec du miel, du pollen, du sucre ou des sirops de sucre biologiques ;
- les levures, la spiruline et le miel déclassé de l’exploitation ne sont pas autorisés ;
- chaque nourrissement est enregistré : aliment, dates, quantités, ruches concernées ;
- des réserves suffisantes de miel et de pollen doivent être laissées pour l’hivernage.
La plupart des pâtes protéinées du commerce, à base de levure, sont donc exclues en bio : vérifiez auprès de votre certificateur avant tout achat.
Le miel comme aliment : seulement le vôtre, et sain
Le livret du ministère de l’Agriculture classe l’apport de miel parmi les pratiques à risque, car il peut contenir des spores de loque, alors que les aliments achetés dans le commerce présentent peu de risque. Le ministère de l’Agriculture de l’Ontario précise que ces spores peuvent rester viables jusqu’à 70 ans sur du matériel apicole usagé. Le livret déconseille aussi le léchage des hausses en extérieur. Un cadre de miel operculé prélevé dans une colonie forte et saine de votre rucher reste le meilleur aliment de secours ; jamais de miel acheté, ni de miel de colonies mortes de cause inconnue. Pour reconnaître ces affections, consultez notre page sur les maladies des abeilles.
Garder le sirop hors du miel
La DGCCRF rappelle, en application du décret n° 2003-587 du 30 juin 2003, que le miel est une substance sucrée naturelle produite par les abeilles et ne peut faire l’objet d’aucune adjonction de substances alimentaires, y compris d’additifs. Lors de son enquête lancée fin 2017 et publiée en 2019, qui a porté sur 262 échantillons de miels, gelée royale et sirops, elle a jugé non conformes 43 % des miels analysés en laboratoire et relevé des cas d’adultération par des sucres exogènes. Au rucher, quatre règles évitent que le sirop finisse en pot :
- aucun nourrissement avec une hausse en place ;
- arrêt de toute stimulation dès le début de la miellée, avant la pose des hausses ;
- retrait de tout reste de candi ou de galette avant la première hausse ;
- ne jamais remonter en hausse un cadre de corps qui a reçu du sirop.
Pour la suite, préparez la saison avec notre guide pour récolter le miel.
Questions fréquentes
Quand faut-il nourrir les abeilles ?
On nourrit dans quatre cas : pour compléter les réserves d'hiver après la dernière récolte, en septembre en plaine ; pour sauver une colonie affamée en fin d'hiver ; pour soutenir un essaim ou une ruchette qui bâtit hors miellée ; et pendant une disette estivale entre deux miellées. On ne nourrit jamais avec les hausses en place, et on évite le sirop liquide quand les abeilles restent en grappe.
Quelle est la recette du sirop pour abeilles ?
Pour un sirop léger à 50 %, dissolvez 1 kg de sucre blanc dans 1 litre d'eau tiède. Pour un sirop lourd d'automne, dissolvez 2 kg de sucre dans 1 litre d'eau, soit environ 67 % de sucre. Les proportions s'entendent en poids. Ne faites pas bouillir le mélange et n'y ajoutez ni vinaigre ni acide : la chaleur et l'acidité favorisent la formation d'HMF, toxique pour les abeilles.
Sirop 50/50 ou 70/30 : lequel choisir ?
Le sirop 50/50, proche d'un nectar, sert à stimuler la ponte ou à soutenir un essaim qui construit ses rayons. Le sirop à 70 % environ, vendu prêt à l'emploi, sert à constituer les réserves d'hiver, car les abeilles ont moins d'eau à évaporer. À la maison, le saccharose cristallise au-delà d'environ 67 % : le sirop lourd maison s'arrête donc à 2 kg de sucre par litre d'eau.
Combien de réserves faut-il à une ruche pour passer l'hiver ?
Selon le livret du ministère de l'Agriculture, une colonie a besoin de 15 à 25 kg de réserves pour passer l'hiver. Un cadre de corps Dadant plein contenant 4 kg de miel au maximum, cela représente quatre à six cadres pleins. Il faut prévoir le haut de la fourchette en montagne, dans le Nord et l'Est, ou pour une colonie très populeuse. Contrôlez par soupesée ou au peson avant la fin septembre.
Combien de litres de sirop donner par ruche en automne ?
Comptez qu'un litre de sirop lourd apporte environ 1 kg de réserves stockées. Pour une colonie à laquelle il manque 8 kg, prévoyez donc environ 8 litres, distribués en deux ou trois apports rapprochés plutôt qu'en petites doses qui relancent la ponte. Une ruche quasi vide peut demander 15 litres ou plus. Mieux vaut peser avant et après pour vérifier le résultat.
Quand donner du candi aux abeilles ?
Le candi est un aliment de secours, posé directement sur les cadres ou sur le trou du couvre-cadres, au-dessus de la grappe. Il se donne en fin d'automne ou en hiver quand une ruche est trop légère et qu'il fait trop froid pour le sirop. Ce n'est pas un moyen de constituer des réserves, et il faut le retirer avant de poser les hausses pour ne pas le retrouver dans le miel.
Peut-on nourrir les abeilles avec du miel ?
Seulement avec le miel de vos propres colonies saines. Le ministère de l'Agriculture classe l'apport de miel parmi les pratiques à risque, car il peut contenir des spores de loque américaine, qui restent viables pendant des décennies. N'utilisez jamais de miel acheté ou d'origine inconnue. Évitez aussi d'hiverner sur du miel de miellat, riche en mélézitose, un sucre mal digéré qui favorise la dysenterie.
La pâte protéinée est-elle utile pour les abeilles ?
Elle peut aider une colonie privée de pollen en fin d'hiver ou lors d'une disette, mais aucun substitut n'égale un pollen frais et varié. Les essais publiés donnent des résultats variables selon les formules, souvent sans comparaison avec du vrai pollen. Elle ne remplace pas un environnement fleuri. En agriculture biologique, les levures ne sont pas autorisées, ce qui exclut la plupart des pâtes du commerce.
Sources
- Mieux savoir : livret destiné à ceux qui acquièrent leur première colonie, Ministère de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire
- Evaluation of the risks for animal health related to the presence of hydroxymethylfurfural (HMF) in feed for honey bees (EFSA Journal 2022;20(4):7227), EFSA, groupe scientifique CONTAM
- Guide de lecture de la réglementation : apiculture biologique (DT138 V8, avril 2026), Certipaq
- Étiquetage du miel, DGCCRF, ministère de l'Économie
- Miels, gelée royale, sirops d'érable et d'agave : résultats d'enquête (2019), DGCCRF, ministère de l'Économie
- Impact de différents types de sucre de nourrissement automnal sur la survie, la santé et la performance des colonies d'abeilles (2025), A. Rousseau et L. Plamondon, CRSAD, Agri-Réseau
- Guide de gestion automnale de l'abeille mellifère (2016), Perennia, Équipe de transfert technologique en apiculture du Canada Atlantique
- Honey bee nutrition, Michigan State University, laboratoire apicole
- The effect of spring feeding on the development of honeybee colonies (Bee World, 31(9), 65-72, 1950), Eva Crane, Eva Crane Trust
- Spring feeding: a worthwhile activity?, University of Edinburgh, Bee Group
- Enhancing Honey Bee Health: Evaluating Pollen Substitute Diets in Field and Cage Experiments (Insects, 15(5), 361, 2024), H. Kim, O. Frunze, J.-H. Lee, H.-W. Kwon, MDPI
- Généralités sur la loque américaine, Gouvernement de l'Ontario, ministère de l'Agriculture
- Feeding bees (BBKA News, août 2012, p. 7-8, d'après les Best Practice Guidelines), National Bee Unit, APHA (Royaume-Uni)
- L'essentiel sur les suppléments glucidiques (2025), Réussir Apiculture
- Nourrissement : les chiffres clés de 2025 (enquête Résapi), Réussir Apiculture
- Les dix avantages d'une stratégie de nourrissement d'entrée (2023), Réussir Apiculture



