Apiculteur avec son enfumoir ouvrant une ruche près d'un champ de tournesols

Calendrier apicole : les travaux au rucher mois par mois, de janvier à décembre

Calendrier apicole mois par mois : visites, hausses, essaimage, seuils varroa, nourrissement et hivernage, avec les décalages plaine, montagne et méditerranée.

Le calendrier apicole suit la colonie plutôt que les dates : repos et grappe d’hiver de décembre à février, reprise et visite de printemps en mars-avril, pose des hausses et surveillance de l’essaimage d’avril à juin, récolte puis traitement contre le varroa en juillet-août, nourrissement et mise en hivernage en septembre-octobre. En France, ces étapes glissent de plusieurs semaines entre une plaine océanique, un plateau de montagne et le littoral méditerranéen. Le tableau ci-dessous donne le programme mois par mois pour la plaine, puis les corrections à appliquer à votre secteur.

Un calendrier fixe ce qu’il faut vérifier ; la floraison locale, la météo et l’état de chaque colonie fixent le jour où agir.

Le calendrier apicole en un tableau : les travaux au rucher mois par mois

Repère : plaine française de climat océanique ou continental, moins de 500 m d’altitude, ruche Dadant 10 cadres.

Mois État de la colonie Interventions au rucher Varroa Nourrissement
Janvier Grappe serrée, reprise d’une petite ponte au centre Ne pas ouvrir. Contrôler toits, entrées, grilles anti-mulots après chaque tempête Traitement oxalique hors couvain si non fait en décembre et si chute > 1/jour Soupeser. Candi seulement si la ruche est légère
Février Ponte qui s’accélère, premiers vols de propreté Observer le trou de vol, nettoyer les planchers par temps doux, préparer cadres et cire Pose du lange : point zéro de sortie d’hiver Candi ou pain de sucre si réserves faibles
Mars Couvain en extension, premiers pollens (saules, noisetiers) Visite de printemps dès 15 °C ; réduire aux cadres occupés ; retirer les cadres vieux ou moisis Comptage chute naturelle ; repère : moins de 1/jour Sirop 50/50 seulement si réserves < 8 kg ou besoin de stimulation
Avril Croissance rapide, apparition des mâles Agrandir, poser la première hausse sur colza ou fruitiers ; visites toutes les 1 à 2 semaines ; piégeage des fondatrices de frelon près du rucher Cadre à mâles possible ; aucun traitement avec hausses Arrêt du sirop dès que la hausse est posée
Mai Pic de population, période d’essaimage Visites tous les 7 à 9 jours ; essaims artificiels ; élevage de reines ; deuxième hausse Seuils : < 2/jour bas, > 8/jour élevé Aucun en période de miellée
Juin Colonie à son maximum, miellées d’acacia, de tilleul, de châtaignier Récolte de printemps ; fécondation des reines ; hausses supplémentaires Comptage mi-juin ; retrait du couvain de mâles operculé Aucun, sauf essaims et nucléi en disette
Juillet Ponte qui ralentit, fin des miellées de plaine Dernière récolte ; réduction des entrées contre le pillage Comptage avant retrait des hausses ; seuil élevé > 10/jour ; traitement dès la récolte faite Sirop léger si disette sur jeunes colonies
Août Élevage des abeilles d’hiver Traitement de fin d’été ; visite sanitaire ; réunion des colonies faibles saines Traitement principal en place, idéalement avant le 15 septembre Début du nourrissement de réserve après traitement si stock faible
Septembre Abeilles d’hiver en émergence, couvain en recul Nourrissement de réserve, mise en hivernage, déclaration des ruches à partir du 1er Retrait des lanières à la date prévue ; comptage deux semaines après Sirop lourd 60/40 ou 70/30, en apports de 3 à 10 L
Octobre Population d’hiver installée, mâles chassés Partitions, réducteurs d’entrée, grilles anti-mulots, protection contre le frelon Contrôle d’efficacité : seuil > 1/jour élevé Fin du sirop ; plus d’apport liquide après mi-octobre en plaine
Novembre Arrêt ou quasi-arrêt de ponte Isolation des toits, sangles, dernière vérification du poids Comptage ; préparer le traitement d’hiver Aucun
Décembre Grappe sans couvain ou presque, en plaine Bilan de saison, registre d’élevage, déclaration avant le 31 Traitement oxalique hors couvain si chute > 1/jour Aucun

Les seuils de varroa de ce tableau sont ceux de la fiche technique n°5 de GDS France pour la chute naturelle ; ils sont détaillés plus bas. Pour le détail des sirops, des doses et du candi, voyez notre guide pour nourrir les abeilles.

Plaine, montagne, méditerranée : comment décaler le calendrier ?

Une colonie ne vit pas la même année à Rennes, à 1 000 m dans le Jura ou dans le Var. Calez-vous sur des repères que vous observez : floraison des saules et du pissenlit, apparition des mâles, fin de la dernière miellée, arrêt de ponte.

Repère Plaine (< 500 m) Montagne (> 800 m) Méditerranée (littoral et arrière-pays bas)
Reprise nette de la ponte Février Mars à avril Janvier, parfois sans véritable arrêt
Visite de printemps Mars, floraison des saules Avril à mai, après la fonte des neiges au rucher Février à début mars
Première hausse Mi-avril à début mai (colza, fruitiers) Fin mai à juin (prairies, sapin, rhododendron selon le site) Mars à avril (romarin, bruyère blanche, fruitiers)
Pic d’essaimage Mai Juin Avril
Miellée principale Avril à juillet selon les cultures et les arbres Juin à août, saison courte Printemps, puis lavande et lavandin en juillet, souvent en transhumance
Disette estivale Rare, possible en été sec Rare Fréquente en juillet-août : pause de ponte possible
Traitement principal varroa Fin juillet à fin août Août, après la dernière récolte, sans dépasser la mi-septembre Après la lavande ou après la miellée d’été, fin juillet à août
Nourrissement de réserve Septembre Fin août à début septembre Septembre à octobre, selon les pluies d’automne
Réserves cibles à l’entrée de l’hiver 15 à 20 kg 20 à 25 kg Environ 15 kg, plus si la colonie élève tout l’hiver
Période hors couvain pour l’oxalique Décembre Novembre à décembre Incertaine : un encagement de la reine est souvent nécessaire

Ces décalages sont des ordres de grandeur : un fond de vallée froid peut avoir plusieurs semaines de retard sur un coteau voisin exposé au sud. La fourchette de 15 à 25 kg de réserves vient du ministère de l’Agriculture ; sa répartition par zone est notre lecture, à corriger avec la pesée de vos propres ruches.

Sur le pourtour méditerranéen, l’unité Abeilles et Environnement d’INRAE Avignon, qui travaille sur le varroa avec l’ADAPI, l’UNAAPI et l’université de Turin, note que les hivers du littoral ne sont plus assez froids pour stopper naturellement la ponte, alors que la lutte contre le varroa repose largement sur cette période hivernale sans couvain. Or l’acide oxalique perd une grande part de son efficacité en présence de couvain (voir plus bas) : il faut alors créer une période hors couvain, par retrait du couvain (testé dans le projet Innovapi) ou par encagement de la reine (projet Apinverno).

Que faire au rucher en hiver, de décembre à février ?

L’apiculture en hiver consiste surtout à ne pas déranger la grappe : chaque ouverture refroidit le nid et coûte une énergie que la colonie ne peut pas reconstituer.

Les contrôles sans ouvrir la ruche

  1. Après chaque coup de vent : vérifiez que les toits sont en place, lestés ou sanglés, et que les ruches n’ont pas basculé.
  2. Toutes les deux à trois semaines : dégagez le trou de vol si des abeilles mortes l’obstruent, contrôlez les grilles anti-mulots et l’absence de traces de pic-vert.
  3. Par journée douce : observez les vols de propreté. Des déjections abondantes sur la façade signalent une dysenterie, liée par exemple à des réserves de miellat ou à une nosémose.
  4. En fin d’hiver : soupesez la ruche par l’arrière. Une ruche qui se soulève trop facilement doit recevoir du candi, posé directement au-dessus de la grappe.

Le livret « Mieux savoir » du ministère de l’Agriculture rappelle, d’après Seeley et Visscher (1985), que même de petites colonies consomment au moins 20 kg de miel de juillet à avril en climat tempéré, et donne environ 0,42 kg par semaine sans couvain et 0,84 kg par semaine avec couvain. La consommation double dès que la ponte reprend : c’est en février-mars que les colonies meurent de faim, pas en décembre.

Le traitement d’hiver à l’acide oxalique

L’hiver offre la seule période où la quasi-totalité des varroas se trouve sur les abeilles adultes, à portée d’un acaricide. Le bulletin sanitaire de Bretagne d’octobre 2025 recommande de traiter quand le couvain est au minimum, idéalement après une longue période sous 10 °C. Selon la fiche GDS France de l’Api-Bioxal :

  • l’efficacité est excellente hors couvain et chute sous 50 % en présence de couvain ;
  • en dégouttement, on dissout le sachet dans un sirop 50/50 et l’on applique 5 ml de solution tiède par inter-cadre occupé par les abeilles ;
  • en dégouttement d’hiver, la fiche vise une fenêtre autour de 8 à 10 °C, sans vent, avec un sirop tiède, entre 20 et 30 °C ;
  • le produit ne s’emploie pas plus de deux fois par an et pas plus d’une fois dans le même hiver.

GDS France signale que la dose du fabricant correspond à 62 g d’acide oxalique dihydraté par litre de sirop, alors que la dose recommandée en France est plus basse, 35 à 40 g par litre : suivez la prescription de votre vétérinaire.

L’hiver est enfin le temps de l’atelier : grattage des cadres, fonte des vieilles cires, montage des cadres neufs. Le ministère conseille de renouveler au moins 2 à 3 cadres de corps par an.

Quand faire la visite de printemps de la ruche ?

La visite de printemps est la première ouverture complète de l’année. Faites-la par une journée calme, ensoleillée, au-dessus de 15 °C à l’ombre et de préférence vers 18 °C, en milieu de journée, quand les butineuses rentrent du pollen. En plaine, la floraison des saules et des premiers fruitiers est un bon signal ; en montagne, elle peut attendre fin avril ou mai.

Ce qu’il faut vérifier, cadre par cadre

  1. La présence de la reine : inutile de la chercher, des œufs pondus droits au fond des cellules suffisent.
  2. La qualité du couvain : compact, en plaques régulières. Un couvain en mosaïque, des opercules affaissés ou percés imposent un examen sanitaire approfondi, au besoin avec votre GDS ou votre vétérinaire.
  3. Le nombre de cadres couverts d’abeilles et de couvain : notez-le, c’est votre référence pour les visites suivantes.
  4. Les réserves : il doit rester au moins 8 à 10 kg, soit deux à trois cadres de miel. En dessous, donnez du sirop 50/50 ou du candi.
  5. Le pollen : le livret du ministère recommande au moins un cadre de pollen ou de pain d’abeilles de 4 ou 5 couleurs différentes pendant la période d’élevage.
  6. L’état des cadres : retirez les cadres de rive vides, noircis ou moisis, et resserrez la colonie derrière une partition si elle n’occupe pas tout le corps.

Grattez le plancher et posez le lange graissé qui donnera le niveau de varroa de sortie d’hiver.

Une colonie saine sur deux ou trois cadres d’abeilles en avril n’atteindra pas la miellée : réunissez-la à une voisine par la méthode du papier journal. Une colonie orpheline en début de saison, quand les mâles sont encore rares, se réunit aussi.

Quand poser les hausses et comment maîtriser l’essaimage ?

D’avril à juin, on gagne ou on perd la récolte : c’est la période des visites les plus fréquentes.

Quand poser la première hausse ?

Posez la première hausse quand trois conditions sont réunies : la colonie couvre environ 8 cadres de corps sur 10, les abeilles blanchissent le haut des cadres en y ajoutant de la cire neuve, et une miellée démarre ou est imminente. En plaine, c’est souvent mi-avril sur colza ou fruitiers, plus tard sur acacia. Placez deux ou trois cadres déjà bâtis au centre de la hausse pour attirer les abeilles.

Avant la pose, retirez tout médicament anti-varroa. La fiche GDS France de l’Apitraz rappelle que les lanières de printemps doivent être retirées avant les hausses, ce qui peut faire manquer le début du colza. Ajoutez la hausse suivante quand la précédente est remplie aux deux tiers environ.

La saison de l’essaimage

L’essaimage, reproduction naturelle de la colonie, se concentre d’avril à juin, avec un pic en mai en plaine. Selon le guide « Comprendre l’essaimage » du MAPAQ, la préparation dure 7 à 12 jours, et le stade des cellules royales indique le temps qui reste :

Ce que vous trouvez dans les cellules royales Départ probable de l’essaim
Un œuf dans 10 à 12 jours
Une larve baignant dans la gelée royale dans 4 à 10 jours
Des cellules operculées dans 1 à 4 jours

D’où la règle des visites tous les 7 à 9 jours sur les colonies fortes en mai : un intervalle plus long laisse passer une cellule pondue juste après votre visite. Les signes d’alerte sont un nid encombré de nectar, un couvain qui ne trouve plus de place, une forte population de mâles et des cupules garnies. Les mesures de prévention et de récupération des essaims sont détaillées dans notre guide sur l’essaimage.

Essaims artificiels et élevage de reines

Mai et juin sont les meilleurs mois pour diviser et élever des reines : les mâles sont nombreux et le nectar entre. Une reine met environ 16 jours de l’œuf à l’émergence ; elle sort pour ses vols de fécondation dans la semaine qui suit et pond quelques jours plus tard. Comptez donc trois à quatre semaines entre le greffage et la première ponte : un élevage lancé après la mi-juillet en plaine expose à des fécondations médiocres faute de mâles. Pour le calendrier précis d’un élevage, voyez l’élevage de reines.

Que faire au rucher en été, de juillet à août ?

C’est en juillet et en août que se décide la survie hivernale, bien plus qu’en décembre.

Récolter puis traiter sans attendre

Récoltez les cadres operculés aux trois quarts au moins, après contrôle au réfractomètre, chasse-abeilles posé 24 à 48 heures avant, sans jamais laisser de cadre accessible aux pillardes. Les étapes de l’extraction sont expliquées dans notre guide pour récolter le miel.

Le traitement suit immédiatement la dernière récolte. Les fiches GDS France de l’Apitraz et du Bayvarol le situent entre fin juillet et début septembre selon les régions, et recommandent fortement de traiter avant le 15 septembre, même si la pression parasitaire semble faible.

Pourquoi août compte autant : les abeilles d’hiver

Les abeilles d’hiver naissent à partir de la fin de l’été et vivent plusieurs mois, à condition d’avoir été élevées dans un couvain peu parasité. Une étude de Wageningen publiée dans PLoS ONE en 2012 (van Dooremalen et al.) a comparé, sur deux ans, des colonies traitées au Thymovar en juillet, en août ou en septembre et des colonies non traitées : plus le traitement était précoce, plus les abeilles d’hiver vivaient longtemps ; les colonies non traitées avaient les plus petites populations au printemps et, la deuxième année, les colonies traitées en juillet étaient les plus peuplées en avril. Les auteurs concluent que l’infestation pendant le développement des abeilles d’hiver raccourcit leur vie et contribue aux pertes.

Le guide « Varroa et varroose » de la FNOSAD va dans le même sens : le traitement de fin de saison doit être suffisamment précoce pour que les varroas soient aussi peu nombreux que possible pendant l’élevage des abeilles d’hiver, et l’absence de vérification de son efficacité figure parmi les causes fréquentes de pertes hivernales. Le guide précise qu’aucune date limite valable partout ne peut être donnée : la région, l’infestation de l’année et la sensibilité des colonies la font varier.

Miellées tardives : un calendrier à part

Si vous gardez les hausses sur sarrasin, callune, lavande tardive ou miellée de sapin, vous ne pouvez pas traiter en juillet. La fiche GDS France de l’Apitraz conseille alors une première intervention, biotechnique ou médicamenteuse, en début d’été, puis le traitement principal entre mi-septembre et début octobre. Ce schéma est plus risqué pour les abeilles d’hiver : surveillez les chutes de près.

Disette et pillage

En été sec, et presque chaque année sur le pourtour méditerranéen, les ressources s’arrêtent : réduisez les entrées des colonies faibles et ne nourrissez que le soir, sans renverser de sirop.

Quels seuils de varroa surveiller mois par mois ?

GDS France décrit deux méthodes de terrain.

La chute naturelle sur lange

Placez un lange graissé sous le plancher grillagé, environ 2 cm sous la grille, et comptez pendant au moins une semaine, idéalement deux, en nettoyant et regraissant à chaque lecture. Divisez le total par le nombre de jours. Les seuils indicatifs de la fiche n°5 de GDS France :

Période Infestation faible Modérée Élevée
Avril à mai < 1 varroa/jour 1 à 5 > 5
Mai à juin < 2 4 à 8 > 8
Juillet < 6 6 à 10 > 10
Août à septembre < 4 non précisé > 4
Octobre à novembre < 1 non précisé > 1

GDS France reconnaît que ces chiffres sont difficiles à interpréter, faute de valeur de référence fiable : ils servent surtout à suivre une tendance et à comparer vos colonies.

Le comptage au sucre glace

Prélevez environ 42 g d’abeilles, soit environ 300, sur un cadre de couvain ouvert, sans la reine. Ajoutez 20 à 40 g de sucre glace, secouez une minute, laissez reposer une minute, puis tamisez et comptez les varroas tombés. Les abeilles retournent dans la ruche. Selon la fiche n°6 de GDS France :

Varroas pour 100 abeilles Niveau Conduite
Moins de 1 à 2 Faible Pas de traitement immédiat
3 à 5 Modéré Programmer un traitement
Plus de 5 Élevé Traitement d’urgence

La même fiche rapporte que des colonies portant plus de 3 varroas pour 100 abeilles au début de la miellée de lavande ont perdu en moyenne 5 kg de production potentielle, de 1 à 13 kg selon les cas. Pour évaluer un rucher, GDS France conseille d’échantillonner 8 colonies et d’en faire la moyenne.

Après le traitement et en hiver

Vérifiez toujours l’efficacité du traitement d’été : attendez au moins deux semaines après le retrait des lanières, puis comptez la chute naturelle sur une semaine. En octobre-novembre, la fiche n°5 de GDS France qualifie d’élevée une chute supérieure à 1 varroa par jour, et le bulletin sanitaire de Bretagne d’octobre 2025 conseille un traitement d’hiver hors couvain au-delà de ce même seuil. Tout savoir sur le parasite et les stratégies de lutte se trouve dans notre dossier varroa.

Quels médicaments contre le varroa, et à quelle période ?

En France, seuls des médicaments vétérinaires disposant d’une autorisation de mise sur le marché (AMM) pour l’abeille peuvent être utilisés. La DGAL et l’Agence nationale du médicament vétérinaire le rappellent : les matières premières (acide oxalique ou formique vendu hors médicament), les produits phytosanitaires et les médicaments destinés à d’autres espèces sont interdits. La plupart des médicaments anti-varroa sont exemptés d’ordonnance depuis mai 2018, dans certaines limites de conditionnement, mais restent soumis aux règles de délivrance des médicaments vétérinaires : vétérinaires, pharmaciens et groupements agréés, ces derniers dans le cadre de leur programme sanitaire d’élevage.

Le livret « Mieux savoir » du ministère, dans sa liste arrêtée au 1er juillet 2021, donne notamment :

Médicament Substance active Posologie et durée Période d’usage Bio
Apivar, Apitraz Amitraze 2 lanières, 6 à 10 semaines (Apivar), 6 semaines (Apitraz) Fin d’été après récolte Non
Bayvarol Fluméthrine 4 lanières, 4 à 6 semaines Fin d’été après récolte Non
Apistan Tau-fluvalinate 2 lanières, 6 à 8 semaines Fin d’été après récolte Non
Polyvar Yellow Fluméthrine 2 dispositifs à l’entrée, 9 semaines (16 au plus) Fin d’été après récolte Non
Apiguard, Thymovar, Apilife Var Thymol (associé à d’autres huiles essentielles dans l’Apilife Var) Selon produit : 2 barquettes à 15 jours d’intervalle, 2 plaquettes à 21-28 jours, 4 plaquettes à 7 jours Fin d’été, au-dessus des températures minimales du fabricant Oui
MAQS, Formicpro Acide formique 2 bandes, 7 jours Été, y compris en traitement flash Oui
Varromed Acides formique et oxalique 5 à 9 applications selon saison et infestation Printemps, inter-miellées, été, hiver Oui
Api-Bioxal, Oxybee Acide oxalique Api-Bioxal : 2 traitements par an en dégouttement, 1 en sublimation ; Oxybee : une application Hors couvain : hiver, essaims nus, après encagement Oui

Cette liste évolue : vérifiez la notice et l’AMM en vigueur auprès de votre vétérinaire ou de votre GDS. Trois règles valent pour tous :

  • jamais avec des hausses : le temps d’attente pour le miel est de 0 jour, mais aucun traitement ne doit être en place pendant une miellée ;
  • retirer les lanières à la date prévue : GDS France insiste sur le fait que les laisser tout l’hiver favorise les résistances ;
  • alterner les familles chimiques : le bulletin sanitaire de Bretagne d’avril 2025 demande de ne pas utiliser d’amitraze dans la région en 2025, après quatre années consécutives, et retient le Bayvarol (fluméthrine), en rappelant que les résistances à l’amitraze progressent d’année en année en France. Réussir Apiculture rapporte que l’efficacité de l’amitraze, autrefois supérieure à 95 %, tourne désormais autour de 90 % (Giraud et al., 2025).

Travaux apicoles d’automne et mise en hivernage

De septembre à novembre, l’objectif est de faire entrer en hiver une colonie populeuse, peu parasitée, sur des réserves suffisantes et un volume ajusté.

Évaluer et compléter les réserves

Le ministère de l’Agriculture retient 15 à 25 kg de réserves par colonie, soit au moins l’équivalent de 5 cadres Dadant pleins, un cadre plein pesant environ 4 kg au maximum. Le bulletin de Bretagne vise 15 kg pour une colonie hivernée sur 10 cadres dans cette région au climat doux. Pour estimer, comptez environ 200 g de miel par décimètre carré de rayon operculé et par face, soit 4 à 5 kg pour un cadre de corps Dadant plein, selon Réussir Apiculture.

Apportez les compléments en septembre en plaine. Le livret ministériel explique pourquoi : trop tard, il fait trop froid pour que les abeilles operculent ; trop tôt, elles consomment le sirop pour élever du couvain. Utilisez un sirop lourd, 70/30 du commerce ou 60/40 maison, en apports de 3 à 10 litres selon le déficit ; un litre de sirop lourd donne à peu près un kilo de réserves. En montagne, avancez à fin août ; en zone méditerranéenne, l’automne doux laisse plus de marge.

Évitez d’hiverner sur des réserves de miellat : le mélézitose qu’il contient est mal digéré et favorise la dysenterie, rappelle le ministère.

La visite d’automne et le resserrement

  1. Contrôle sanitaire : couvain, présence de la reine, absence de signes de loque ou de mycose. Le bulletin de Bretagne conseille d’euthanasier les colonies très malades et de réunir les colonies faibles mais saines.
  2. Couronne de pollen : vérifiez qu’une bande de pollen entoure le couvain ; à défaut, une pâte protéinée peut aider.
  3. Volume : retirez les cadres vides ou mal bâtis et resserrez la colonie derrière une partition pour supprimer les espaces vides.
  4. Entrées : réduisez le trou de vol contre le pillage et le frelon, puis posez la grille anti-mulots, un passage de 7 à 8 mm de haut.
  5. Toit : isolez le couvre-cadres, sanglez ou lestez les ruches exposées au vent.

Le frelon asiatique en automne et au printemps

L’automne est le pic de prédation : réduisez les entrées et protégez les colonies faibles, avec les moyens décrits dans notre page sur le frelon asiatique. Au printemps, le piégeage des fondatrices fait débat. Dans sa synthèse de 2023, l’ITSAP situe la fenêtre de capture de début avril à mi-mai, quand la température moyenne hebdomadaire se situe entre 10 et 15 °C. Mais les rendements sont faibles, de 1 à 6 fondatrices par piège et par semaine, et le frelon asiatique représente moins de 2 % des insectes capturés, les mouches dominant largement. L’ITSAP recommande de concentrer ce piégeage dans les ruchers ou à moins de 50 m, où les captures sont les plus élevées, et note que le piège Jabeprode s’est montré un peu plus sélectif que les autres modèles testés.

Les obligations du calendrier : déclaration et registre d’élevage

Deux obligations valent pour tout apiculteur, dès la première ruche.

  • La déclaration annuelle de ruches : selon la FAQ du ministère de l’Agriculture mise à jour en juin 2026, elle se fait entre le 1er septembre et le 31 décembre, en ligne sur « Mes démarches » ou par formulaire Cerfa 13995. Elle est obligatoire dès la première colonie. Un nouvel apiculteur déclare dès l’installation de sa première ruche, quel que soit le mois. Le numéro d’apiculteur (NAPI) doit être affiché au rucher, sur au moins 10 % des ruches ou sur un panneau proche. Ne pas déclarer expose à une amende de 4e classe. Le détail figure dans notre page sur la déclaration de ruches.
  • Le registre d’élevage : le récépissé de déclaration en fait partie, et l’administration n’en délivre pas de duplicata. Consignez-y aussi les traitements, les achats et ventes de colonies, les déplacements et les mortalités.

Enfin, tenez un carnet de visites par colonie : cadres d’abeilles et de couvain, comptages de varroa, poids, dates de floraison de votre secteur. Après deux ou trois saisons, il vaudra mieux que tout calendrier national, parce qu’il décrira votre rucher. Pour comprendre ce qui se passe dans la colonie à chaque saison, lisez aussi le cycle de vie de l’abeille.

Questions fréquentes

Quand faire la première visite de printemps d'une ruche ?

Ouvrez la ruche pour la première fois quand la température dépasse durablement 15 °C à l'ombre, idéalement 18 °C, par temps calme, et que les abeilles rentrent du pollen. En plaine, cela tombe souvent en mars, à la floraison des saules ; en montagne, plutôt en avril ou mai. Avant cette date, contentez-vous d'observer le trou de vol, de soupeser la ruche et de lire le lange.

Quand poser la première hausse sur une ruche ?

Posez la hausse quand la colonie occupe presque tout le corps, environ 8 cadres sur 10 couverts d'abeilles, que les abeilles blanchissent le haut des cadres et qu'une miellée démarre : colza, fruitiers, pissenlit ou acacia selon votre région. En plaine, c'est souvent entre mi-avril et début mai. Retirez auparavant tout médicament anti-varroa : aucun traitement ne doit être en place avec des hausses.

Quand traiter contre le varroa ?

Le traitement principal se fait juste après la dernière récolte, entre fin juillet et début septembre selon les régions, et GDS France recommande fortement de traiter avant le 15 septembre pour protéger les abeilles d'hiver. Un traitement complémentaire à l'acide oxalique se fait en hiver, hors couvain, si la chute naturelle dépasse environ 1 varroa par jour. Le printemps se gère surtout par le comptage et les méthodes biotechniques.

Combien de miel faut-il laisser à une ruche pour l'hiver ?

Le ministère de l'Agriculture indique 15 à 25 kg de réserves par colonie, soit au moins l'équivalent de 5 cadres de corps Dadant pleins, un cadre plein contenant environ 4 kg au maximum. Visez le haut de la fourchette en montagne ou dans l'Est, où l'hiver est long, et le bas en climat doux. Complétez en septembre avec du sirop lourd si le compte n'y est pas.

Que faire au rucher en hiver ?

En hiver, on n'ouvre pas la ruche. On vérifie après chaque coup de vent que les toits tiennent, que les entrées ne sont pas bouchées par des abeilles mortes et que les grilles anti-mulots sont en place. On soupèse les ruches en fin d'hiver, on fait le traitement oxalique hors couvain si les comptages l'exigent, on prépare cadres et cire et on fait le bilan de la saison.

Quand nourrir les abeilles à l'automne ?

En plaine, apportez les compléments de réserves en septembre, juste après le traitement d'été. Plus tard, il fait trop froid pour que les abeilles transforment et operculent le sirop ; plus tôt, elles le consomment pour élever du couvain. Utilisez un sirop lourd, 60/40 ou 70/30, en apports de 3 à 10 litres selon le déficit. Le candi se réserve aux urgences de fin d'hiver.

Quand a lieu l'essaimage ?

En France, l'essaimage se concentre d'avril à juin, avec un pic en mai en plaine. Il est plus précoce dans le Midi et plus tardif en montagne. La colonie s'y prépare en 7 à 12 jours : quand vous trouvez des cellules royales operculées, le départ peut avoir lieu dans 1 à 4 jours. Visitez les colonies fortes tous les 7 à 9 jours pendant cette période.

Quand déclarer ses ruches ?

La déclaration annuelle de détention et d'emplacement des ruches se fait entre le 1er septembre et le 31 décembre, en ligne sur le site du ministère de l'Agriculture ou par formulaire Cerfa 13995. Elle est obligatoire dès la première colonie. Un nouvel apiculteur déclare dès l'installation de sa première ruche, quel que soit le mois, puis renouvelle sa déclaration pendant la période obligatoire.

Sources

  1. Mieux savoir : livret destiné à ceux qui acquièrent leur première colonie, Ministère de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire
  2. Foire aux questions : déclaration de détention et d'emplacement de ruches (juin 2026), Ministère de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire
  3. Détermination du taux d'infestation par comptage de chutes naturelles (fiche technique n°5), GDS France
  4. Détermination du taux d'infestation sur abeilles adultes par comptage au sucre glace (fiche technique n°6), GDS France
  5. Fiche technique Apitraz (2019), GDS France
  6. Fiche technique Bayvarol (2021), GDS France
  7. Fiche technique Api-Bioxal (2019), GDS France
  8. Fiche technique Varromed (2021), GDS France
  9. Rappel sur l'usage des médicaments vétérinaires : maîtrise du varroa avec des produits ayant une AMM (2022), DGAL et ANMV, réunion régionale Occitanie
  10. Winter Survival of Individual Honey Bees and Honey Bee Colonies Depends on Level of Varroa destructor Infestation (PLoS ONE, 2012), van Dooremalen et al., Wageningen UR
  11. Guide Varroa et varroose, FNOSAD
  12. Varroa et acaricides : mesurer la sensibilité pour mieux lutter (novembre 2025), Réussir Apiculture
  13. Bulletin régional de la santé de l'abeille n°7 (octobre 2025), GTV Bretagne, GDS Bretagne, ADA Bretagne, DRAAF Bretagne
  14. Bulletin régional de la santé de l'abeille (avril 2025), GTV Bretagne, GDS Bretagne, ADA Bretagne, DRAAF Bretagne
  15. Piégeage de printemps des fondatrices de Vespa velutina : synthèse bibliographique et résultats d'expérimentations (2023), ITSAP-Institut de l'abeille (Sophie Pointeau)
  16. Contrôle du varroa : collaboration franco-italienne (projets Innovapi, Apinverno), INRAE, unité Abeilles et Environnement (Avignon)
  17. Comprendre l'essaimage, Dr Hugo Tremblay, MAPAQ (Québec)
  18. L'essentiel sur les suppléments glucidiques (2025), Réussir Apiculture