

Essaimage des abeilles : signes, prévention, récupération d'un essaim et droit de suite
Essaimage : causes, signes et calendrier, méthodes Demaree, Taranov et division pas à pas, capture d'un essaim, droit de suite (L211-9) et conseils au public.
L’essaimage est le mode de reproduction naturel de la colonie d’abeilles : la vieille reine quitte la ruche avec une grande partie des ouvrières pour fonder une nouvelle colonie, pendant que la souche élève une jeune reine dans ses cellules royales. Il survient surtout au printemps, quand la ruche est congestionnée, et on le prévient en donnant de la place, en renouvelant les reines et, si les préparatifs ont commencé, par une division, la méthode Demaree ou la méthode Taranov.
Pour l’apiculteur, un essaim parti compromet en général la récolte de printemps. Tout l’art consiste à l’anticiper, le canaliser et, à défaut, récupérer l’essaim proprement.
Pourquoi les abeilles essaiment-elles ?
Une colonie ne se reproduit pas en pondant davantage, mais en se divisant. Comprendre l’organisation de la ruche aide à saisir pourquoi il se déclenche à un moment précis.
Les déclencheurs principaux
Le MAPAQ (Québec) place en tête trois facteurs, dans cet ordre : la congestion du nid à couvain, l’âge de la reine et le manque de place pendant la miellée. L’Université de Floride et l’American Bee Journal y ajoutent le contexte saisonnier, et le MAPAQ la génétique :
- La congestion du nid à couvain. En pleine saison, la reine peut pondre jusqu’à 2 000 œufs par jour. Quand les cadres sont pleins de couvain et couverts d’abeilles, la place manque. L’Université de Floride insiste sur la nuance : ce sont les colonies « à l’étroit » qui essaiment, pas forcément les plus fortes.
- L’âge de la reine et la dilution de sa phéromone. Selon le MAPAQ, une reine de plus d’un an produit moins de phéromones. Dans une colonie très populeuse, la phéromone mandibulaire royale, qui freine l’élevage de reines, circule en outre moins bien entre les ouvrières.
- Le manque de place pendant la miellée. Le nectar frais contient jusqu’à 80 % d’eau et occupe beaucoup de cellules avant d’être concentré. Faute de hausses, les abeilles stockent dans le nid à couvain, ce qui bloque la ponte et aggrave la congestion.
- Le contexte saisonnier. Abondance de nectar et de pollen, jours qui rallongent, présence de mâles en nombre : l’American Bee Journal rappelle que les colonies essaiment une fois les faux-bourdons bien présents.
- La génétique. Selon le MAPAQ, certaines races, comme la Carnica (Apis mellifera carnica), essaiment plus, et au sein d’une même race certaines lignées y sont plus enclines que d’autres. C’est l’un des critères majeurs de la sélection, traitée dans notre guide sur l’élevage de reines.
Essaimage, supersédure ou sauveté : ne pas confondre
Toutes les cellules royales ne signifient pas un départ imminent. Il en existe trois types :
| Type de cellules | Contexte | Emplacement habituel | Nombre | Ce que vous devez faire |
|---|---|---|---|---|
| Cellules d’essaimage | colonie forte, à l’étroit, au printemps | en bordure et en bas des cadres de couvain | souvent nombreuses, jusqu’à une vingtaine selon le MAPAQ | agir dans les jours qui viennent |
| Cellules de supersédure | reine âgée ou défaillante, remplacement « en douceur » | sur la face des cadres | une à quelques-unes | en général, laisser faire |
| Cellules de sauveté | perte brutale de la reine | sur la face, construites sur des cellules d’ouvrières | variable | vérifier la présence d’œufs, ne pas les détruire |
Selon l’American Bee Journal, les cellules d’essaimage sont planifiées, la reine pondant volontairement dans des cupules, alors que la supersédure répond à une reine perdue, blessée ou peu productive. Pour reconnaître la reine elle-même et suivre son âge, voyez notre page consacrée à la reine des abeilles.
Les signes d’un essaimage imminent
Ce que vous voyez en ouvrant la ruche
- Des cupules royales garnies. Une cupule vide ne veut rien dire, la plupart des colonies en construisent au printemps. Une cupule contenant un œuf ou une larve baignant dans la gelée royale signale que les préparatifs sont lancés.
- Un nid à couvain bloqué : cadres pleins jusqu’aux lattes, nectar stocké dans les cellules libérées par les naissances.
- Une reine qui ralentit. Avant le départ, les ouvrières la nourrissent moins pour que ses ovaires régressent et qu’elle puisse voler, d’après le MAPAQ. Moins d’œufs frais sur des cadres pourtant bien couverts doit vous alerter.
Ce que vous voyez de l’extérieur
Une barbe d’abeilles inactives devant l’entrée, moins de butineuses en pleine miellée : ces signes sont tardifs et peu fiables. Seule la visite des cadres renseigne vraiment.
Le calendrier d’un essaimage, jour par jour
Les durées de développement de la reine permettent de dater les préparatifs. Selon le livret du ministère de l’Agriculture, la reine passe 3 jours au stade œuf, 5,5 à 6 jours au stade larve et 7 à 7,5 jours au stade nymphe, soit 16 jours de la ponte à la naissance. La cellule est donc operculée vers le 8e ou 9e jour après la ponte ; l’Université de Floride parle d’environ huit jours.
| Stade des cellules d’essaimage | Délai avant le départ de l’essaim primaire (MAPAQ) | Marge d’action |
|---|---|---|
| œufs dans les cupules | 10 à 12 jours | confortable : toutes les méthodes sont possibles |
| larves dans la gelée royale | 4 à 10 jours | réelle, mais il faut agir à la visite même |
| cellules operculées | 1 à 4 jours, et parfois déjà parti | division ou Taranov uniquement |
Le MAPAQ estime que les préparatifs durent 7 à 12 jours. Le départ a le plus souvent lieu peu après l’operculation de la première cellule, par une journée chaude et sans pluie. La jeune reine naît environ 8 jours après l’operculation ; si la souche est encore populeuse, un ou plusieurs essaims secondaires peuvent alors partir.
Comment se déroule le départ d’un essaim ?
Qui part et qui reste
D’après l’Université de Floride, 50 à 70 % des ouvrières quittent la ruche avec la vieille reine ; la souche garde 30 à 50 % des abeilles, tout le couvain et les cellules royales. Rangel et Seeley (2012), cités par Clarence Collison dans Bee Culture, ont mesuré une fraction moyenne de 75 %. Les partantes sont surtout de jeunes abeilles : selon les travaux de Gilley (1998), l’âge médian des abeilles de l’essaim est inférieur à celui de la colonie.
Fell et ses collègues (1977) ont pesé 126 essaims dans l’État de New York : 1,53 kg en moyenne, soit environ 11 800 abeilles. En Louisiane, José Villa (2004) a mesuré 1,42 kg en moyenne, de 0,17 à 4,3 kg.
Le décollage, la grappe et le choix du logis
Avant de partir, les abeilles se gorgent de miel. Seeley et ses collègues (2003), toujours cités par Collison, ont montré qu’au moment de l’envol, toutes ont des muscles de vol à au moins 35 °C. La reine sort en général quand un tiers à la moitié des partantes sont déjà en l’air, d’après les observations rapportées par l’American Bee Journal.
L’essaim se pose d’abord à proximité, souvent sur une branche, et forme une grappe. Environ 5 % de ses abeilles sont des éclaireuses (Beekman et al., 2006) qui partent inspecter les cavités possibles, chacune y passant environ 45 minutes selon l’American Bee Journal. Quand un quorum de 10 à 15 éclaireuses ou plus se retrouve sur le même site, le départ se prépare (Seeley et Visscher, 2003). La grappe quitte alors sa branche en une minute environ et le vol dure de l’ordre d’un quart d’heure.
Villa a déduit des trajets de 200 m à 10 km, 3,36 km en moyenne ; Seeley, Morse et Visscher (1979) ont suivi un même essaim sur deux vols de 350 et 580 m, et un autre sur plus de 2 km. La même étude de Villa montre que les essaims ont occupé des cavités de 31 litres 37 fois, contre 16 fois pour des cavités de 13 litres, ce qui guide la conception des ruchettes-pièges.
L’essaim secondaire
Quand la première reine vierge naît, elle peut tuer ses rivales encore au berceau, ou partir avec une partie des ouvrières restantes : c’est l’essaim secondaire, parfois suivi d’un troisième. L’American Bee Journal précise que ces essaims tardifs sont moins fréquents que l’essaim primaire. Ils peuvent laisser la souche trop faible pour produire, voire orpheline si la dernière reine se perd au vol de fécondation.
Comment prévenir l’essaimage ?
La prévention commence avant les premières cupules. L’Université de Floride conseille de surveiller dès le début du printemps, deux à quatre semaines avant la miellée principale, et de lancer les mesures environ quatre semaines avant celle-ci. Pour situer ces périodes dans l’année, reportez-vous au calendrier apicole.
Les mesures de fond
| Mesure | Principe | Efficacité et limites |
|---|---|---|
| Visites régulières | repérer les cupules garnies à temps | le ministère de l’Agriculture recommande au moins une visite tous les 15 jours en saison ; en pleine période d’essaimage, un rythme de 7 à 9 jours est plus sûr, car une cellule s’opercule en 8 jours |
| Agrandir à temps | hausse posée avant que le corps soit plein, cire à étirer dans le nid | indispensable, mais insuffisant seul quand la fièvre d’essaimage est installée |
| Rajeunir les reines | une jeune reine émet plus de phéromones | le MAPAQ conseille des reines idéalement de moins d’un an ; mesure de fond, à combiner avec les autres |
| Égaliser les colonies | passer des cadres de couvain des fortes aux faibles | soulage les fortes sans créer de colonie ; à réserver aux colonies saines, car on déplace aussi les maladies du couvain |
| Sélectionner | élever à partir des souches peu essaimeuses | effet durable, sur plusieurs années |
| Clipper la reine | couper la moitié d’une aile antérieure | pas une prévention : l’essaim sort, revient faute de reine, puis peut repartir avec une reine vierge, selon le MAPAQ ; l’Université de Floride y voit un simple filet de sécurité |
En ruche Dadant, le corps de 10 cadres se remplit vite au printemps : poser la première hausse dès que 7 à 8 cadres sont couverts d’abeilles et que les cadres de rive se garnissent de nectar est un repère courant. Un ou deux cadres de cire gaufrée en bordure du couvain occupent les jeunes cirières.
Couper les cellules royales : une méthode à ses limites
Détruire les cellules d’essaimage reste la réaction instinctive. Elle a trois défauts :
- Elle ne traite pas la cause. La colonie reste congestionnée et riche en jeunes abeilles, et reconstruit des cellules tant que la congestion dure.
- Elle exige une rigueur totale. Il faut repasser tous les 7 jours selon le MAPAQ, tous les 7 à 9 jours selon l’Université de Floride, et secouer chaque cadre pour voir les cellules cachées dans les creux des rayons. Une seule cellule oubliée suffit.
- Elle peut échouer même bien faite : le MAPAQ, qui ne la cote que « +/- », note que l’essaim part parfois quand même avec la vieille reine. Et tout détruire après le départ de l’essaim rend la souche orpheline sans recours.
Couper les cellules n’a de sens qu’associé à une vraie mesure, Demaree ou division.
La méthode Demaree pas à pas
Publiée par George Demaree dans l’American Bee Journal en 1884, selon l’Eastern Apicultural Society, cette méthode éloigne la reine de son couvain sans diviser la colonie. Le MAPAQ la range parmi les méthodes efficaces (cote « + »), et elle garde toute la population pour la récolte. L’Eastern Apicultural Society précise qu’elle fonctionne au mieux pendant une bonne miellée et qu’elle demande autant de matériel que la ruche en compte déjà.
Matériel
Un second corps de ruche (en Dadant, un deuxième corps : les cadres de corps n’entrent pas dans une hausse), des cadres bâtis ou de cire gaufrée, une grille à reine, une ou plusieurs hausses.
Procédure
- Mettez la reine à l’abri : trouvez-la et posez son cadre dans une ruchette vide, à l’ombre.
- Détruisez toutes les cellules royales de la colonie. Honey Bee Suite insiste : une cellule laissée en place peut éclore et tout compromettre.
- Préparez le corps du bas, sur le plateau d’origine : des cadres bâtis vides, éventuellement de la cire gaufrée, deux cadres de couvain operculé sans couvain ouvert au centre, comme le décrit Honey Bee Suite, et la reine.
- Posez la grille à reine au-dessus de ce corps.
- Ajoutez une ou plusieurs hausses au-dessus de la grille.
- Placez le corps d’origine tout en haut, avec tout le couvain ouvert et operculé resserré au centre et des cadres vides en rive. Couvrez.
- Au bout de 7 jours, ouvrez le corps du haut et détruisez toutes les cellules royales qui s’y sont formées : les nourrices en élèvent sur les jeunes larves, désormais loin de la reine. Passé 7 à 8 jours, précise l’Eastern Apicultural Society, le couvain est trop âgé pour donner de nouvelles cellules royales.
- Ensuite, le corps du haut se vide de couvain en trois semaines, durée de développement de l’ouvrière, et les cellules libérées se remplissent de miel. Si la colonie retrouve l’envie d’essaimer, ce qui arrive souvent selon Honey Bee Suite, on répète l’opération.
Les limites
Elle est lourde, impose de trouver la reine et expose à la blesser. Rusty Burlew (Honey Bee Suite) la juge risquée en cas de forte chute de température : le couvain du haut, séparé du nid par les hausses, peut alors être mal couvert. Sur cellules operculées, préférez la division.
La méthode Taranov : séparer l’essaim avant qu’il parte
Mise au point en 1947 par le Russe G. F. Taranov, elle exploite une observation simple : les abeilles prêtes à essaimer sont surtout de jeunes abeilles qui n’ont pas encore fait leurs vols d’orientation. Secouées devant la ruche, elles remontent à pied au lieu de voler vers l’entrée, alors que les butineuses franchissent l’espace en vol.
Matériel
Une planche inclinée à environ 45°, du sol vers l’entrée de la ruche, qui s’arrête à environ 10 cm de la planche d’envol. Sous son bord supérieur, à 5 à 8 cm, on fixe une bande de tissu, de toile de jute ou de moquette sur laquelle les abeilles pourront s’accrocher. Un drap couvre les deux tiers inférieurs de la planche.
Procédure
- Intervenez quand la colonie est sur le point d’essaimer : cellules en cours d’operculation, reine qui a cessé de pondre. Choisissez le milieu de journée, quand les butineuses sont dehors.
- Placez la planche devant la ruche.
- Secouez chaque cadre sur le drap. Les cadres portant des cellules royales mûres se brossent au lieu d’être secoués.
- Remettez les cadres vides d’abeilles dans la ruche et refermez.
- Attendez une à deux heures. Les butineuses remontent la planche et franchissent l’espace en volant pour rentrer. Les jeunes abeilles et la vieille reine, arrivées au bord, reculent et se regroupent en grappe sous la planche.
- Récoltez cette grappe comme un essaim naturel, logez-la dans une ruche placée assez loin pour qu’elle ne soit pas attirée par la souche, et nourrissez-la.
La souche, avec ses butineuses et son couvain, élève une nouvelle reine. Vous obtenez un essaim « naturel » sans avoir à chercher la reine.
Faire un essaim artificiel : la division de ruche
La division, ou essaim artificiel, transforme l’élan d’essaimage en multiplication du cheptel. Le MAPAQ note que les nucléi ainsi formés ne produisent pas autant de miel qu’une colonie traitée par Demaree, mais la méthode est simple, sûre et reste possible même quand les cellules sont operculées. GDS France, dans sa fiche technique de 2017, demande une colonie mère d’au moins 6 cadres de couvain avant tout prélèvement, entre le milieu du printemps et le milieu de l’été selon les régions.
La division simple en ruchette
- Préparez une ruchette de 5 ou 6 cadres.
- Prélevez dans la colonie forte 2 à 4 cadres de couvain et d’abeilles, la fourchette donnée par l’Université de Floride, dont au moins un portant de beaux œufs ou de jeunes larves, ou une ou deux bonnes cellules royales.
- Ajoutez un cadre de miel et de pollen, puis secouez les abeilles d’un ou deux cadres supplémentaires : les butineuses retourneront à la souche, il faut compenser.
- Vérifiez que la reine est restée dans la souche, ou au contraire emportez-la volontairement dans la ruchette si la souche porte des cellules.
- Fermez, nourrissez au sirop léger et installez la ruchette dans un autre rucher, à plus de 3 km comme le recommande GDS France ; à défaut, réduisez l’entrée.
- Si la ruchette élève sa reine, comptez de 3 à 4 semaines selon GDS France avant la reprise de ponte : 12 à 13 jours environ jusqu’à la naissance (les abeilles partent d’une larve qui a déjà jusqu’à 3 jours), puis la fécondation. La jeune reine sort quelques jours après sa naissance et s’accouple avec une quinzaine de mâles en plusieurs vols, selon l’Université de Floride. Ne visitez pas pendant cette période.
- Profitez de l’arrêt de ponte contre le varroa : GDS France propose un traitement à l’acide oxalique 24 jours après la formation de la division, quand tout le couvain de l’ancienne reine est né et que les varroas sont tous sur les abeilles adultes. Utilisez une spécialité disposant d’une AMM en France, selon sa notice.
L’essaim artificiel par permutation (méthode Pagden)
Attribuée à J. W. Pagden (1870), elle reproduit l’essaimage naturel :
- Déplacez la ruche d’un ou deux mètres sur le côté.
- À sa place, installez une ruche neuve avec des cires gaufrées, la grille à reine et les hausses.
- Placez-y la reine sur son cadre, débarrassé de toute cellule royale. Les butineuses revenant à l’emplacement d’origine la rejoignent : c’est votre « essaim ».
- Dans l’ancienne ruche, gardez deux bonnes cellules royales, ou introduisez une reine fécondée, et détruisez les autres.
- Une semaine plus tard, déplacez l’ancienne ruche de l’autre côté de la nouvelle, sans secousse pour les cellules : ses butineuses de la semaine renforcent à leur tour la nouvelle ruche, et la souche, privée de butineuses, n’a plus les moyens d’essaimer.
Quelle méthode choisir ?
| Situation à la visite | Méthode conseillée | Pourquoi |
|---|---|---|
| colonie à l’étroit, pas de cupule garnie | agrandir, cire à étirer, égaliser | prévention simple |
| œufs ou jeunes larves dans les cupules, miellée à venir | Demaree | garde toute la force pour la récolte |
| cellules operculées | division, Pagden ou Taranov | l’essaim est imminent, il faut séparer la reine |
| reine introuvable, colonie très populeuse | Taranov | pas besoin de trouver la reine |
| volonté d’augmenter le cheptel | division | une colonie de plus, et un arrêt de ponte utile contre le varroa |
Récupérer un essaim en toute sécurité
Le matériel
Une ruchette en carton ou en bois de 5 à 6 cadres, avec cadres bâtis ou cire gaufrée, un drap, une brosse ou une plume, un pulvérisateur d’eau, un sécateur, une échelle stable, votre tenue complète. Un essaim est en général doux, mais une piqûre en haut d’une échelle reste un accident.
La procédure
- Évaluez l’accès : hauteur, ligne électrique, voie publique. Au-delà d’une échelle sûre, renoncez.
- Demandez l’accord du propriétaire du terrain (voir plus bas le droit de suite).
- Placez la ruchette ouverte sous la grappe, ou le drap au sol.
- Faites tomber la grappe d’un coup sec sur la branche, au-dessus de la ruchette. Une branche fine peut être coupée au sécateur et déposée telle quelle.
- Refermez sans écraser, en laissant l’entrée ouverte. Si les abeilles battent le rappel à l’entrée, abdomen relevé et ailes ventilant, la reine est à l’intérieur. Si elles remontent vers la branche, elle est restée dehors : recommencez.
- Attendez le soir, que les dernières abeilles soient entrées, puis fermez et transportez.
- Installez l’essaim dans son emplacement définitif, de préférence à plus de 3 km de son point de départ s’il vient de votre rucher. Le livret du ministère de l’Agriculture qualifie de risquée la récupération d’un essaim d’origine inconnue, surtout nu, et recommande une quarantaine d’un mois ou plus à 3 km de toute colonie.
Les jours qui suivent
- Nourrissez avec un sirop 1:1, comme le conseille le MAPAQ : l’essaim doit bâtir toute sa cire. Ajoutez des cadres quand 6 ou 7 sont bâtis et garnis. Notre page nourrir les abeilles détaille les doses.
- Traitez contre le varroa tôt, pendant la courte période sans couvain operculé. Selon l’étude de Wilde et ses collègues (Journal of Apicultural Research, 2005), citée par GDS France et détaillée par The Apiarist, 25 ± 9 % des varroas quittent la colonie avec un essaim naturel, et 36 ± 11 % avec un essaim obtenu par la méthode Taranov. Fries et ses collègues (Apidologie, 2003) n’ont pas trouvé les essaims significativement moins infestés que leur souche : l’essaim n’arrive donc pas indemne. Utilisez uniquement un médicament bénéficiant d’une autorisation de mise sur le marché en France, selon sa notice : voir notre guide sur le varroa.
- Surveillez la ponte au bout d’une à deux semaines. Un essaim secondaire porte une reine vierge, qui doit encore se faire féconder.
- Évaluez la reine en fin de saison. Si vous voulez hiverner l’essaim, le MAPAQ conseille de changer sa reine au début d’août.
- Déclarez la colonie (voir notre guide sur la déclaration des ruches). La déclaration est obligatoire dès la première colonie ; une colonie acquise entre le 1er janvier et le 31 août se déclare immédiatement, puis de nouveau entre le 1er septembre et le 31 décembre, selon le ministère de l’Agriculture.
À qui appartient un essaim ? Le droit de suite en France
L’article L211-9 du Code rural et de la pêche maritime tient en une phrase : « Le propriétaire d’un essaim a le droit de le réclamer et de s’en ressaisir, tant qu’il n’a pas cessé de le suivre ; autrement l’essaim appartient au propriétaire du terrain sur lequel il s’est fixé. »
Concrètement :
- Vous avez vu partir votre essaim et le suivez : il reste à vous, même posé chez le voisin, mais demandez à entrer.
- Vous découvrez un essaim sans savoir d’où il vient : il appartient au propriétaire du terrain où il s’est fixé. Un apiculteur qui le récupère le fait avec son accord.
- L’essaim s’installe dans une cavité (mur, cheminée, toit) : ce n’est plus un essaim mais une colonie installée. Son retrait demande des travaux, et relève d’un apiculteur expérimenté ou d’un professionnel.
Une fois récupéré, l’essaim devient une colonie comme une autre : déclaration, numéro d’apiculteur sur le rucher, et distances fixées par l’arrêté préfectoral du département où il est installé. Ces distances varient d’un département à l’autre ; à titre d’exemple, l’arrêté des Landes révisé le 14 décembre 2021 impose 25 m des habitations et de la voie publique et 100 m des établissements collectifs, mais ces chiffres ne valent que pour les Landes.
Que faire d’un essaim dans mon jardin ?
Est-ce vraiment un essaim d’abeilles ?
Un essaim d’abeilles est une grappe brune et vivante, à l’air libre, sur une branche, un poteau ou un mur, parfois avec quelques rayons de cire. Un nid de guêpes ou de frelons, lui, est une boule de papier grisâtre ou beige, avec une seule entrée. Si vous voyez une enveloppe de papier, ce ne sont pas des abeilles : la démarche est différente.
Les bons réflexes
- Ne détruisez pas l’essaim, ne l’arrosez pas et ne le pulvérisez pas d’insecticide. L’INRAE, sur sa plateforme Agiir, demande expressément de ne pas faire détruire un essaim d’abeilles domestiques.
- Gardez vos distances, quelques mètres suffisent en général, et éloignez enfants et animaux. Un essaim est peu agressif, mais n’importe quelle abeille pique si on la menace.
- Si quelqu’un est allergique au venin, tenez-le à l’écart et ne prenez aucun risque.
- Prenez une photo et notez la hauteur et l’accès : cela aidera l’apiculteur à savoir s’il peut intervenir.
- Contactez un apiculteur. L’INRAE conseille de joindre le GDSA (groupement de défense sanitaire des abeilles) de votre département ou le syndicat apicole le plus proche, qui viendront le récupérer. Votre mairie connaît souvent des apiculteurs bénévoles.
- N’attendez pas. L’essaim peut partir en quelques heures comme rester plusieurs jours ; plus l’appel est rapide, plus il a de chances d’être récupéré.
Et les pompiers ?
Ils ne sont pas tenus d’intervenir. Dans sa réponse publiée au Journal officiel le 26 août 2014, le ministère de l’Intérieur rappelle que les services d’incendie et de secours ne sont obligés qu’aux interventions qui se rattachent à leurs missions. Les pompiers n’interviennent qu’en cas de carence avérée des filières apicoles et de désinsectisation, organisées pour ces demandes, et peuvent demander une participation financière. Réservez-les à un vrai danger.
L’essaimage au fil des mois
La saison d’essaimage varie avec le climat : elle commence plus tôt dans le Midi et sur le littoral atlantique que dans l’Est ou en montagne. Le pic se situe en France le plus souvent d’avril à juin, avec des essaims plus rares en été. Les études confirment un pic marqué : en Louisiane, Villa a observé 80 % des essaims sur une fenêtre de 70 jours.
| Période | Ce qui se passe | Vos gestes |
|---|---|---|
| fin d’hiver | reprise de la ponte | évaluer la force et les réserves, préparer ruchettes et cadres |
| début du printemps | forte croissance, apparition des mâles | visites de contrôle, cire à étirer, égalisation |
| printemps, avant la miellée | premières cupules garnies | première hausse à temps, visites tous les 7 à 9 jours, Demaree ou divisions |
| pleine saison d’essaimage | départs possibles chaque jour de beau temps | Taranov ou division sur cellules operculées, capture des essaims |
| début d’été | essaims plus rares, secondaires possibles | contrôler la ponte des essaims et des divisions |
| fin d’été | élevage de reines pour l’année suivante | rajeunir les reines, que le MAPAQ conseille de changer en août |
| automne et hiver | pas d’essaimage | réunir les colonies trop faibles, déclarer ses ruches avant le 31 décembre |
Bien conduit, l’essaimage devient l’occasion de renouveler vos reines et de multiplier vos colonies : c’est le point de départ de l’élevage de reines.
Questions fréquentes
Combien de temps un essaim reste-t-il accroché à une branche ?
De quelques heures à quelques jours. La grappe attend que les éclaireuses trouvent et valident une cavité. Selon l'Université de Floride, ce choix prend de quelques minutes à quatre jours, et une étude menée en Louisiane a mesuré en moyenne une vingtaine d'heures de prospection, comptées en heures de jour. Plus l'essaim attend, plus il risque de partir : c'est le premier jour qu'il faut agir.
Un essaim d'abeilles est-il dangereux ?
Un essaim est en général peu défensif : les abeilles n'ont ni couvain ni réserves à protéger et se sont gorgées de miel avant le départ. Il ne faut pas pour autant le secouer, l'arroser ou le pulvériser. Gardez quelques mètres de distance, éloignez enfants et animaux, et soyez très prudent si une personne du foyer est allergique au venin. Contactez un apiculteur ou le GDSA de votre département.
Les pompiers enlèvent-ils les essaims d'abeilles ?
Pas obligatoirement. Dans une réponse publiée au Journal officiel le 26 août 2014, le ministère de l'Intérieur rappelle que les services d'incendie et de secours ne sont tenus qu'aux interventions relevant de leurs missions. Pour un essaim, ils n'interviennent qu'en cas de carence avérée des structures privées ou publiques organisées pour cela, et peuvent demander une participation financière. Le premier réflexe reste un apiculteur ou le GDSA.
À qui appartient un essaim posé dans mon jardin ?
L'article L211-9 du Code rural et de la pêche maritime prévoit que le propriétaire de l'essaim peut le réclamer et le reprendre tant qu'il n'a pas cessé de le suivre. Sinon, l'essaim appartient au propriétaire du terrain sur lequel il s'est fixé. Un apiculteur qui suit son essaim doit donc pouvoir le récupérer ; en pratique, il demande votre accord avant d'entrer chez vous.
Faut-il déclarer un essaim récupéré ?
Oui. En France, la déclaration de ruches est obligatoire dès la première colonie, ruchettes comprises. Selon le ministère de l'Agriculture, une colonie acquise entre le 1er janvier et le 31 août se déclare tout de suite, puis de nouveau pendant la période obligatoire du 1er septembre au 31 décembre. Un essaim capturé et logé dans une ruchette entre dans ce cadre.
Couper les cellules royales suffit-il à empêcher l'essaimage ?
Rarement. Détruire les cellules ne supprime aucune des causes : la congestion et la structure d'âge de la colonie restent les mêmes, et les abeilles reconstruisent des cellules en quelques jours. Il faut repasser tous les 7 à 9 jours, ne rater aucune cellule cachée, et l'essaim peut partir dès qu'une cellule est operculée. C'est un complément à une vraie mesure de prévention, pas une méthode à part entière.
Qu'est-ce qu'un essaim secondaire ?
C'est un essaim qui part après l'essaim primaire, emmené non plus par la vieille reine mais par une jeune reine vierge sortie d'une cellule royale de la souche. Plus petit, il affaiblit encore la colonie d'origine. On peut parfois en observer un troisième. Pour l'éviter, on ne laisse qu'une seule belle cellule royale dans la souche quelques jours après le départ de l'essaim primaire.
Sources
- Code rural et de la pêche maritime, section « Les animaux de rente » (articles L211-1 à L211-10-1), Légifrance
- Mieux savoir : livret destiné à ceux qui acquièrent leur première colonie, Ministère de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire
- Question écrite n° 54335 sur l'intervention des pompiers pour les essaims, et réponse du ministère de l'Intérieur (JO du 26 août 2014), Assemblée nationale
- Agiir : signaler et identifier les abeilles, essaims et nids, INRAE, Ephytia
- Apiculture : déclaration des ruches et distances à respecter, Préfecture des Landes, services de l'État
- Comprendre l'essaimage, Dr Hugo Tremblay, MAPAQ, via Agri-Réseau
- Swarm Control for Managed Beehives (ENY-160, 2019), James D. Ellis, Sara DeBerry et John Crowley, University of Florida IFAS Extension
- Swarms (American Bee Journal, novembre 2015), University of Florida, Honey Bee Research and Extension Laboratory
- Swarming Behavior of Honey Bees (Hymenoptera: Apidae) in Southeastern Louisiana (Annals of the Entomological Society of America, 2004), José D. Villa, USDA-ARS
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