

Reine des abeilles : rôle, naissance, fécondation, ponte, durée de vie et comment la reconnaître
Reine des abeilles : rôle réel, naissance, vol de fécondation, 1 500 à 2 000 œufs par jour, durée de vie, couleur de marquage 2026 et ruche orpheline.
La reine des abeilles est la seule femelle fécondée de la colonie : elle pond tous les œufs de la ruche, jusqu’à 1 500 à 2 000 par jour au printemps, et diffuse des phéromones qui signalent sa présence à des dizaines de milliers d’ouvrières. Elle ne commande rien, mais sans elle la colonie ne peut ni se renouveler ni rester unie. Elle vit en général deux à trois ans et ne s’accouple que pendant quelques jours au début de sa vie, lors de ses vols de fécondation.
Savoir la reconnaître, comprendre comment elle naît, est fécondée et vieillit, c’est savoir lire une colonie : ponte régulière, essaimage en préparation, reine qui faiblit ou ruche orpheline. Pour replacer la reine parmi les ouvrières et les faux-bourdons, voyez notre page pilier sur l’organisation d’une ruche et la répartition des rôles.
Quel est le rôle de la reine des abeilles ?
La reine a deux fonctions, et seulement deux.
- Pondre. Elle est, selon les termes du livret « Mieux savoir » du ministère de l’Agriculture, la « mère de tous les individus du superorganisme ». Toutes les ouvrières, tous les mâles et toutes les futures reines de la colonie sont ses enfants.
- Unifier la colonie. Par les phéromones qu’elle produit et que les ouvrières de sa cour redistribuent dans toute la ruche, elle informe en permanence la colonie qu’elle est présente et fertile. L’Encyclopædia Universalis parle de la phéromone royale comme de ce qui assure « la cohésion de la colonie ».
Elle ne butine pas, ne construit pas, ne soigne pas le couvain, et ne se nourrit même pas seule : les ouvrières lui donnent de la gelée royale, sécrétée par les glandes de la tête des nourrices, comme le rappelle le mémento de la Direction de l’agriculture de Polynésie française.
Le mot « reine » est d’ailleurs trompeur. Ce sont les ouvrières qui décident de l’élever, de la remplacer, de la faire partir avec un essaim, et parfois de la tuer. Son influence passe par la chimie, pas par l’autorité.
À quoi ressemble la reine et comment la reconnaître ?
Les signes physiques
La reine mesure environ 20 mm selon l’Encyclopædia Universalis, nettement plus qu’une ouvrière. Le livret du ministère la décrit comme « plus grosse et beaucoup plus longue que l’ouvrière ».
| Critère | Reine | Ouvrière | Faux-bourdon |
|---|---|---|---|
| Longueur | environ 20 mm | plus courte, svelte | trapu, massif |
| Abdomen | long, effilé, dépasse nettement des ailes | recouvert par les ailes au repos | large, arrondi au bout |
| Yeux | séparés, sur les côtés de la tête | séparés | très grands, jointifs au sommet de la tête |
| Pattes | longues, bien visibles | plus courtes, avec corbeilles à pollen | sans corbeilles |
| Aiguillon | recourbé, à peine barbelé, sert surtout contre les rivales | fortement barbelé, reste planté dans la peau | absent |
| Comportement | lent, entourée d’une cour | affairée | errant, peu actif |
À l’intérieur, l’écart est plus net encore. Jackson, Tarpy et Fahrbach (Journal of Insect Science, 2011) ont compté chez 75 reines les ovarioles, tubes où se forment les œufs : 320 en médiane pour les deux ovaires, contre moins de 10 par ovaire chez une ouvrière. La reine possède aussi une spermathèque, petite poche où elle conserve le sperme des mâles toute sa vie.
Comment trouver la reine pendant une visite
Quelques règles simplifient la recherche :
- Ouvrez calmement, avec peu de fumée. Une colonie enfumée s’agite et la reine se réfugie sur les bords.
- Commencez par les cadres d’œufs, au centre du nid : la reine est presque toujours là où elle a pondu récemment.
- Inspectez aussitôt la face tournée vers vous quand vous sortez un cadre : elle fuit la lumière.
- Cherchez la cour plutôt que la reine : un petit cercle d’ouvrières tournées vers un même point.
- Tenez chaque cadre au-dessus de la ruche, comme le conseille le mémento polynésien : si la reine tombe, elle tombe dans la ruche et non dans l’herbe.
Si vous ne la trouvez pas, ce n’est pas grave : des œufs frais, un par cellule, au fond de l’alvéole, prouvent qu’une reine pondeuse était là il y a moins de trois jours.
Comment naît une reine ?
Le même œuf qu’une ouvrière, une autre alimentation
Une reine naît d’un œuf fécondé, exactement comme une ouvrière. Ce qui fait la différence, c’est la nourriture et le logement : la future reine grandit dans une cellule royale, grande alvéole verticale qui pend sur le rayon, nourrie exclusivement de gelée royale, alors que la future ouvrière reçoit aussi miel et pollen. Le détail de ce mécanisme est expliqué dans notre article sur le cycle de vie de l’abeille et la détermination des castes, et le produit lui-même dans notre page sur la gelée royale.
Calendrier de développement
Le livret du ministère de l’Agriculture donne les durées suivantes pour les trois castes :
| Stade | Reine | Ouvrière | Faux-bourdon |
|---|---|---|---|
| Œuf | 3 jours | 3 jours | 3 jours |
| Larve | 5,5 à 6 jours | 6 jours | 6,5 à 7 jours |
| Nymphe (cellule operculée) | 7 à 7,5 jours | 12 jours | 14 à 14,5 jours |
| Total, de la ponte à la naissance | 16 jours | 21 jours | 24 jours |
La larve royale éclot donc au 4e jour, sa cellule est operculée vers le 8e ou 9e jour, et la reine vierge naît vers le 16e jour. Selon la température du nid, la naissance peut avancer ou reculer d’environ un jour.
Trois raisons d’élever une reine, trois types de cellules
Les ouvrières élèvent des reines dans trois situations, que distingue le consortium MAAREC. Savoir lire ces cellules est un vrai outil de diagnostic, même si les emplacements ci-dessous sont des tendances plutôt que des règles absolues.
| Situation | Pourquoi | Où sont les cellules | Combien |
|---|---|---|---|
| Essaimage | la colonie se reproduit : l’ancienne reine part avec une partie des ouvrières | en bas et sur les bords des cadres | souvent nombreuses |
| Supersédure | la reine vieillit ou faiblit, son signal chimique diminue | sur la face des rayons, souvent en bordure du couvain | peu nombreuses |
| Sauveté (urgence) | la reine a disparu brutalement | sur la face des rayons, à partir de cellules d’ouvrières | plusieurs, dispersées, souvent plus petites |
Pour une cellule de sauveté, MAAREC précise que les ouvrières agrandissent une cellule d’ouvrière et en réorientent l’ouverture vers le bas, en supprimant en général les larves de trois ou quatre cellules voisines, et qu’elles élèvent toujours plusieurs reines à la fois. Selon l’université de Géorgie, elles s’y mettent en quelques heures, sur des larves de moins de quatre jours. Plus la larve est jeune, meilleure sera la reine : l’université de Floride rappelle qu’une larve d’ouvrière trop âgée donne une reine probablement de qualité inférieure. C’est pourquoi les éleveurs greffent des larves d’un jour environ.
Ne confondez pas cellule royale et cupule, ébauche vide en forme de petite coupe, fréquente sur le bas des cadres : selon l’université de Floride, elle ne devient cellule royale qu’une fois un œuf pondu dedans, et une fois les cellules d’essaimage operculées, le départ devient très difficile à empêcher. Sa prévention est traitée dans notre guide de l’essaimage.
Le duel des reines et leur « chant »
Quand plusieurs reines naissent dans la même colonie, une seule reste. La première reine vierge sortie peut détruire les cellules de ses rivales, ou les reines s’affrontent. Bernasconi, Ratnieks et Rand ont filmé 24 combats entre reines sœurs de trois jours (Insectes Sociaux, 2000) : dans 67 % d’entre eux, une reine a projeté du liquide rectal sur son adversaire, ce qui interrompait le combat et lui offrait un répit temporaire.
Les reines communiquent aussi par vibrations. Une équipe de l’université de Nottingham Trent, avec Yves Le Conte de l’INRAE et le CARI belge, a enregistré ces signaux pendant une saison d’essaimage (Scientific Reports, 2020). La reine libre émet un « tûtage » (tooting) qui signale qu’elle est fertile et mobile et qu’il faut la protéger de ses rivales ; les reines encore retenues dans leurs cellules répondent par un « couac » (quacking). Quand les couacs cessent, il ne reste plus de reine vierge et la colonie n’essaimera plus.
Le vol de fécondation : comment la reine est-elle fécondée ?
Quand et comment
La reine vierge commence par quelques vols d’orientation très courts pour repérer sa ruche, puis part pour un ou quelques vols de fécondation. Le mémento polynésien les situe vers le 6e jour après sa naissance. Elle rejoint une zone de rassemblement des mâles, un volume d’air que les faux-bourdons fréquentent d’une année sur l’autre. D’après la revue de Rangel et Fisher (Apidologie, 2019), ces zones mesurent 30 à 200 m de diamètre, se situent entre 10 et 40 m au-dessus du sol et peuvent réunir jusqu’à 11 000 mâles venus de jusqu’à 240 colonies, situées jusqu’à 5 km. Les reines vierges, elles, parcourent souvent plusieurs kilomètres pour trouver des partenaires. C’est le 9-ODA, principal composant de la phéromone royale, qui attire les mâles à longue distance, rappellent Trhlin et Rajchard (Veterinarni Medicina, 2011).
L’accouplement a lieu en vol. Le mâle meurt aussitôt, une partie de son appareil génital restant arrachée dans la reine.
Les chiffres d’une étude de terrain
L’étude de Michael Simone-Finstrom et David Tarpy (USDA, Journal of Insect Behavior, 2018) a suivi 80 reines :
- 2,4 sorties en moyenne par reine, vols d’orientation compris ;
- vols de fécondation de 12 à 47 minutes, 22,8 en moyenne, contre moins de 5 minutes pour un vol d’orientation ;
- 8 à 25 mâles par reine, 13,5 en moyenne (la revue de Rangel et Fisher donne une moyenne de 12 à 14, avec des cas extrêmes à plus de 50) ;
- 65 % des reines ont commencé à pondre après un seul vol de fécondation réussi.
Les auteurs rappellent, d’après les mesures classiques de Jerzy Woyke (1962), qu’une reine bien fécondée stocke de l’ordre de 5 à 7 millions de spermatozoïdes, alors que seule une petite fraction, 5 à 10 % du sperme de chaque mâle, migre réellement vers la spermathèque. Chaque mâle en apporte pourtant plusieurs millions : l’essentiel est expulsé dans les heures qui suivent l’accouplement. Cette multiplication des pères, la polyandrie, donne à la colonie une diversité génétique précieuse.
Une fenêtre courte, et définitive
La reine s’accouple pendant quelques jours au début de sa vie, puis plus jamais. Le mémento polynésien précise que le mauvais temps, pluie ou vent fort, peut compromettre la fécondation, et qu’une reine non fécondée pendant ses 20 premiers jours ne pourra plus l’être. Une telle reine, si elle pond, ne donne que des œufs non fécondés, donc des mâles : c’est une reine bourdonneuse.
Une fois fécondée, la reine commence à pondre deux à trois jours plus tard selon l’association des apiculteurs de l’Ontario, soit une dizaine de jours après sa naissance. Avec les 21 jours de développement de l’ouvrière, comptez environ un mois entre la naissance d’une reine et celle de ses premières filles.
La ponte de la reine : combien d’œufs par jour ?
Un rythme hors norme
Au pic de la saison, une bonne reine pond de l’ordre de 1 500 à 2 000 œufs par jour, selon l’Encyclopædia Universalis. L’association de l’Ontario parle de plus de 1 500 œufs par jour au pic, et le mémento polynésien de jusqu’à 2 000 œufs par jour pendant environ deux ans. Ce rythme ne dure que quelques semaines au printemps et au début de l’été : la ponte ralentit ensuite, devient faible ou nulle en hiver selon le climat, puis reprend en fin d’hiver au centre de la grappe.
À chaque ponte, la reine choisit de libérer ou non des spermatozoïdes : un œuf fécondé donne une femelle, un œuf non fécondé un mâle, pondu dans les cellules plus larges prévues pour eux.
Lire la ponte sur un cadre
La ponte est le meilleur indicateur de la qualité d’une reine. Le mémento polynésien décrit une ponte en spirale régulière à partir du centre de chaque rayon.
| Ce que vous voyez | Ce que cela suggère |
|---|---|
| Couvain compact, plaques continues, tous les stades présents | reine bien fécondée et vigoureuse |
| Un seul œuf par cellule, bien centré au fond | reine pondeuse présente il y a moins de 3 jours |
| Couvain en mosaïque, nombreuses cellules vides | reine vieillissante ou mal fécondée, mais aussi maladie, varroa ou consanguinité |
| Opercules bombés de mâles dispersés dans du couvain d’ouvrières | reine qui s’épuise ou mal fécondée |
| Uniquement du couvain de mâles en cellules d’ouvrières, un œuf par cellule | reine bourdonneuse |
| Plusieurs œufs par cellule, collés sur les parois | ouvrières pondeuses (ou toute jeune reine qui débute) |
| Ni œufs ni jeunes larves en pleine saison | colonie orpheline, ou arrêt de ponte (reine vierge, disette, avant essaimage) |
L’université de Géorgie insiste : un couvain irrégulier n’accuse pas toujours la reine, car loques, varroa, orphelinage ou consanguinité donnent le même aspect. En cas de doute sur une maladie du couvain, demandez l’avis de votre GDSA.
Une reine qui va essaimer pond aussi moins : selon l’université de Floride, les ouvrières réduisent sa ration et elle perd du poids pour pouvoir voler.
La phéromone royale : comment la reine tient la colonie
Un cocktail, pas une molécule
On parle de « la » phéromone royale, mais il s’agit d’un mélange produit par plusieurs glandes. Le composant le plus étudié est la phéromone mandibulaire de la reine, sécrétée par des glandes situées dans sa tête. Selon la synthèse de Bortolotti et Costa (2014), sa base comprend cinq composés : le 9-ODA, identifié le premier en 1960, deux formes du 9-HDA, et deux composés aromatiques appelés HOB et HVA. Keeling et ses collègues ont identifié en 2003 d’autres composés qui renforcent l’attraction des ouvrières. D’autres glandes participent au signal : glandes tergales, glande de Dufour qui agit comme signal de fertilité, glandes des pattes dont les traces sur les rayons freinent la construction de cupules royales.
Ce que fait la phéromone royale
Les revues de Trhlin et Rajchard (2011) et de Bortolotti et Costa (2014) décrivent ces effets :
- Attirer la cour. Les ouvrières lèchent la reine, la touchent de leurs antennes et diffusent la phéromone dans la ruche.
- Freiner l’élevage de reines. Selon Bortolotti et Costa, de la phéromone mandibulaire appliquée dans les 24 heures environ qui suivent la perte de la reine suffit à empêcher la construction de cupules.
- Bloquer les ovaires des ouvrières. La phéromone royale inhibe le développement de leurs ovaires, avec l’aide d’autres signaux, dont la phéromone du couvain.
- Attirer les mâles. Pendant le vol nuptial, le 9-ODA est l’attractif sexuel à longue distance.
- Stabiliser l’essaim. Selon Bortolotti et Costa, la présence de la reine est indispensable pour que la grappe d’un essaim reste groupée.
- Ralentir le passage au butinage. Trhlin et Rajchard notent que la phéromone mandibulaire retarde le moment où les nourrices deviennent butineuses.
Pourquoi le signal s’affaiblit
La force du signal varie avec l’âge et l’état de la reine. D’après Bortolotti et Costa, les études divergent sur le détail, mais les taux de phéromone sont toujours les plus élevés chez les reines mûres, fécondées et pondeuses, bien plus que chez les reines vierges. À l’inverse, la glande de Koschevnikov, qui participe au signal royal, commence à dégénérer quand la reine atteint un an, ce qui contribue à l’affaiblissement du signal chez les vieilles reines.
Le signal se dilue aussi dans une colonie très peuplée, ce qui pousse une colonie à l’étroit à préparer l’essaimage. Selon l’université de Floride, les jeunes reines, plus riches en phéromones, aident à le limiter.
Combien de temps vit une reine et quand la remplacer ?
Durée de vie
Une reine vit bien plus longtemps que ses filles, mais moins longtemps en ruche conduite :
| Source | Durée de vie indiquée |
|---|---|
| Simone-Finstrom et Tarpy (USDA, 2018) | « upwards of 2-3 years », au-delà de deux à trois ans |
| Association des apiculteurs de l’Ontario | jusqu’à 6 ans, plus souvent 2 à 3 ans |
| Mémento de l’apiculteur polynésien | 3 à 5 ans, mais renouvellement conseillé tous les 2 ans |
À comparer avec les 5 à 6 semaines d’une ouvrière d’été et les 6 à 8 mois d’une ouvrière d’hiver, détaillés dans notre article sur le cycle de vie de l’abeille.
Pourquoi la ponte décline
Le mémento polynésien indique qu’à partir de la troisième année, la ponte diminue de moitié. Plusieurs mécanismes s’additionnent : la réserve de spermatozoïdes s’épuise sans jamais être renouvelée, le signal phéromonal faiblit, et la reine se met à pondre une part croissante d’œufs non fécondés, jusqu’à ne plus pondre que des mâles, comme le décrit l’association de l’Ontario.
La qualité de la fécondation joue aussi. Rangel et Fisher rappellent qu’une supersédure peut survenir quand la reine a reçu trop peu de sperme, ou un sperme de mauvaise qualité, et que des mâles élevés dans des colonies traitées au coumaphos, ou dans des cires contaminées par des acaricides, présentent une viabilité du sperme nettement réduite. Jackson et ses coauteurs, enfin, ne trouvent aucune corrélation entre le nombre d’ovarioles et le poids, la taille ou le stock de spermatozoïdes de la reine : on juge une reine à sa ponte, pas à sa silhouette.
Quand remplacer une reine
La colonie s’en charge souvent elle-même par supersédure, parfois si discrètement que l’apiculteur ne s’en aperçoit qu’en découvrant une reine non marquée. Remplacez vous-même la reine dans ces cas :
- reine de plus de deux saisons dont la ponte faiblit ;
- couvain en mosaïque persistant, une fois les maladies écartées ;
- mâles en cellules d’ouvrières (reine bourdonneuse ou épuisée) ;
- colonie très agressive ou sensible aux maladies, comme le suggère l’association de l’Ontario.
L’association de l’Ontario conseille de remplacer les reines plutôt en début de saison, une introduction tardive risquant davantage d’être refusée. Adaptez ce repère à votre région : la saison d’élevage ne tombe pas au même moment en Provence et dans les Vosges.
Couleur de marquage de la reine en 2026 : le code international
Le code des cinq couleurs
Un point de couleur sur le thorax permet de retrouver la reine en quelques secondes et de connaître son âge. Le code international, rappelé par l’association des apiculteurs de l’Ontario, suit le dernier chiffre de l’année de naissance :
| Dernier chiffre de l’année | Couleur | Années à venir |
|---|---|---|
| 1 ou 6 | blanc | 2026, 2031 |
| 2 ou 7 | jaune | 2027, 2032 |
| 3 ou 8 | rouge | 2028, 2033 |
| 4 ou 9 | vert | 2029, 2034 |
| 5 ou 0 | bleu | 2030, 2035 |
En 2026, les reines nées dans l’année se marquent en blanc. Le moyen mnémotechnique anglais « Will You Raise Good Bees ? » (White, Yellow, Red, Green, Blue) donne l’ordre des couleurs.
Comment marquer une reine
- Munissez-vous d’un feutre de marquage spécial reines de la couleur de l’année et, si possible, d’un tube de marquage à piston.
- Saisissez la reine par le thorax ou les ailes, jamais par l’abdomen, ou immobilisez-la doucement contre la grille du tube.
- Déposez un petit point sur le dessus du thorax, sans toucher la tête, les ailes ni l’abdomen.
- Laissez sécher quelques instants avant de la relâcher sur son cadre.
Entraînez-vous d’abord sur des faux-bourdons, qui n’ont pas d’aiguillon. Certains apiculteurs coupent aussi la moitié d’une aile antérieure, d’un seul côté, pour empêcher la reine de partir avec un essaim, technique décrite par l’université de Floride. Elle ne supprime pas l’envie d’essaimer : la colonie peut partir avec une jeune reine dès sa naissance.
Ruche orpheline : reconnaître une colonie sans reine et réagir
Une colonie est dite orpheline lorsqu’elle a perdu sa reine : mort naturelle, reine écrasée lors d’une visite, jeune reine perdue en vol de fécondation.
Les signes d’orphelinage
- Plus d’œufs ni de jeunes larves en pleine saison, alors que la colonie devrait pondre.
- Une colonie agitée et bruyante. L’université de Géorgie décrit des abeilles désorganisées, qui ventilent pour diffuser leur odeur, et une ruche qui « gronde » à l’ouverture.
- Des cellules royales de sauveté sur la face des rayons, petites et dispersées selon l’association de l’Ontario.
- Plus tard, du couvain de mâles désordonné pondu par des ouvrières.
Ce qui se passe ensuite, jour après jour
Si la colonie dispose encore de très jeunes larves, elle élève une reine de sauveté. Le calendrier est long :
| Délai depuis la perte de la reine | Événement |
|---|---|
| quelques heures | mise en route de cellules royales sur de jeunes larves d’ouvrières |
| environ 12 jours | naissance de la reine de sauveté |
| environ 3 semaines | fécondation et début de ponte, si tout se passe bien |
| environ 6 semaines | naissance des premières ouvrières de la nouvelle reine |
Pendant ces six semaines, aucune ouvrière ne naît et la population fond : une colonie orpheline au printemps peut manquer toute la miellée.
Sans larve utilisable, la colonie est, selon l’expression de l’université de Géorgie, « désespérément orpheline ». Après plusieurs semaines sans le signal royal, certaines ouvrières développent leurs ovaires et pondent des œufs non fécondés, qui ne donnent que des mâles. La colonie s’éteint alors sans intervention.
Que faire face à une ruche orpheline
- Confirmez le diagnostic. Une colonie sans œufs n’est pas forcément orpheline : une reine vierge peut être en cours de fécondation, surtout après un essaimage.
- Faites le test du cadre d’œufs. Insérez au centre du nid un cadre portant des œufs et de jeunes larves pris dans une colonie saine. Si les abeilles y construisent des cellules royales dans les jours qui suivent, la colonie est orpheline et élèvera sa reine ; sinon, une reine, souvent vierge, est probablement présente.
- Gagnez du temps en introduisant une reine fécondée en cage d’introduction, ou une cellule royale operculée prise dans une autre colonie. Vous économisez plusieurs semaines.
- Si la colonie est trop faible, réunissez-la à une colonie voisine qui a une reine, par la méthode du papier journal.
- Face à des ouvrières pondeuses, ne comptez pas sur une nouvelle reine : ces colonies l’acceptent rarement, selon l’université de Géorgie. Dans les cas sévères, l’association de l’Ontario conseille de secouer toute la colonie par une journée ensoleillée, loin des ruches qui ont une reine, pour que les ouvrières rejoignent d’autres colonies.
Acheter ou élever une reine en France
Le marché des reines
Selon la fiche génétique abeille 2025 de FranceAgriMer, la France importe environ 150 000 reines par an, principalement de Belgique et de Slovaquie d’après les douanes en 2024. La même fiche donne ces fourchettes de prix :
| Produit | Prix indicatif (FranceAgriMer, 2025) |
|---|---|
| Cellule royale | environ 5 à 10 € |
| Reine vierge | environ 9 à 15 € |
| Reine fécondée de production | environ 25 à 40 €, davantage en fécondation dirigée |
| Reine sélectionnée de reproduction | de 50 € à plusieurs centaines d’euros |
La fiche indique aussi que l’essentiel du cheptel français est hybridé, et que, selon l’association nationale ANERCEA, une soixantaine d’exploitations diffusent des lignées issues de plans de sélection. Le choix d’une lignée, abeille noire locale, Buckfast, carnolienne ou italienne, est traité dans notre page sur les races d’abeilles.
Élever ses propres reines
Le livret « Mieux savoir » du ministère de l’Agriculture recommande de connaître l’âge de ses reines et de privilégier de jeunes reines, issues de colonies populeuses et sélectionnées notamment pour leur comportement hygiénique. Élever vos reines à partir de vos meilleures colonies permet de conserver des abeilles adaptées à votre secteur. Les méthodes, du simple essaim artificiel au greffage de larves d’un jour, sont détaillées dans notre guide de l’élevage de reines.
La fécondation, elle, échappe en grande partie à l’apiculteur : vos jeunes reines s’accoupleront avec les mâles de toutes les colonies à plusieurs kilomètres à la ronde. C’est pourquoi la sélection se fait souvent à l’échelle collective, avec des stations de fécondation ou l’insémination instrumentale.
Pour découvrir les autres habitants de la ruche et la vie collective des abeilles, retrouvez l’ensemble de la rubrique la colonie.
Questions fréquentes
Combien de temps vit une reine des abeilles ?
Une reine vit plusieurs années, le plus souvent deux à trois ans, et les sources citent des reines de cinq ou six ans. Sa ponte baisse pourtant dès la troisième saison, car sa réserve de spermatozoïdes n'est jamais renouvelée et son signal chimique s'affaiblit. C'est pourquoi beaucoup d'apiculteurs la remplacent tous les deux ans, et pourquoi la colonie la remplace parfois d'elle-même par supersédure.
Combien d'œufs une reine pond-elle par jour ?
Au pic du printemps et du début de l'été, une bonne reine pond de l'ordre de 1 500 à 2 000 œufs par jour, un par cellule, en spirale à partir du centre des rayons. Ce rythme n'est atteint que quelques semaines par an. La ponte ralentit en fin d'été, devient faible ou nulle en hiver selon le climat, et reprend en fin d'hiver au cœur de la grappe.
Comment reconnaître la reine dans la ruche ?
La reine mesure environ 20 mm, nettement plus qu'une ouvrière. Son abdomen long et effilé dépasse largement les ailes, ses pattes sont plus longues et sa démarche plus lente. Elle se trouve en général sur les cadres de couvain ouvert, entourée d'une petite cour d'ouvrières tournées vers elle. Un point de couleur sur le thorax rend la recherche beaucoup plus rapide.
Quelle est la couleur de marquage des reines en 2026 ?
En 2026, les reines se marquent en blanc. Le code international associe une couleur au dernier chiffre de l'année de naissance : blanc pour 1 et 6, jaune pour 2 et 7, rouge pour 3 et 8, vert pour 4 et 9, bleu pour 5 et 0. Le cycle se répète tous les cinq ans : une reine née en 2027 sera marquée en jaune, en 2028 en rouge.
La reine des abeilles commande-t-elle la ruche ?
Non. La reine ne donne aucun ordre. Elle pond et émet un mélange de phéromones qui informe en permanence la colonie de sa présence et de sa fertilité. Ce signal freine l'élevage de nouvelles reines et le développement des ovaires des ouvrières. Les décisions collectives, comme l'essaimage ou le choix d'un nouveau logis, sont prises par les ouvrières elles-mêmes.
Comment savoir si une ruche est orpheline ?
Une ruche orpheline ne présente plus d'œufs ni de jeunes larves, alors que la saison devrait en donner. Les abeilles sont souvent agitées et bruyantes à l'ouverture, et des cellules royales de sauveté apparaissent sur la face des rayons. Pour lever le doute, insérez un cadre d'œufs et de jeunes larves pris dans une autre colonie : si les abeilles y élèvent des cellules royales, la ruche est bien orpheline.
Une reine peut-elle être fécondée plusieurs fois dans sa vie ?
Non. La reine s'accouple au cours d'une période courte, au début de sa vie, en un ou quelques vols de fécondation, avec une douzaine de mâles en moyenne. Elle stocke alors 5 à 7 millions de spermatozoïdes dans sa spermathèque et ne s'accouplera plus jamais. Toute sa ponte future dépend de cette réserve, ce qui explique le déclin progressif des vieilles reines.
Sources
- Honey Bee Queens Do Not Count Mates to Assess their Mating Success (Journal of Insect Behavior, 2018), Michael Simone-Finstrom et David R. Tarpy, USDA-ARS
- Factors affecting the reproductive health of honey bee (Apis mellifera) drones: a review (Apidologie, 2019), Juliana Rangel et Adrian Fisher II, Springer
- Histological Estimates of Ovariole Number in Honey Bee Queens, Apis mellifera, Reveal Lack of Correlation with other Queen Quality Measures (Journal of Insect Science, 2011), Joseph T. Jackson, David R. Tarpy et Susan E. Fahrbach, via PubMed Central
- Chemical Communication in the Honey Bee Society (Neurobiology of Chemical Communication, 2014), Laura Bortolotti et Cecilia Costa, CRC Press, via NCBI Bookshelf
- Chemical communication in the honeybee (Apis mellifera L.): a review (Veterinarni Medicina, 2011), M. Trhlin et J. Rajchard, Czech Academy of Agricultural Sciences
- Effect of 'spraying' by fighting honey bee queens (Apis mellifera L.) on the temporal structure of fights (Insectes Sociaux, 2000), G. Bernasconi, F. L. W. Ratnieks et E. Rand, Université de Neuchâtel
- Queen bees 'toot' to instruct colony to keep them safe (2020), Nottingham Trent University
- Queen Replacement (Basic Bee Biology for Beekeepers, MAAREC Publication 1.4, 2004), Mid-Atlantic Apiculture Research and Extension Consortium, Bee Health Extension
- Swarm Control for Managed Beehives (ENY-160, révisé en 2019), Sara DeBerry, John Crowley et James D. Ellis, University of Florida IFAS Extension
- Mieux savoir : livret destiné à ceux qui acquièrent leur première colonie, Ministère de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire
- Honey bee disorders: non-infectious diseases and pests, University of Georgia, Honey Bee Program (CAES)
- Queens (fiche d'information), Ontario Beekeepers' Association
- Mémento de l'apiculteur (édition 2020), Direction de l'agriculture de la Polynésie française
- Fiche génétique abeille 2025, FranceAgriMer
- Abeille, Encyclopædia Universalis




