Abeille domestique en vol, pelotes de pollen aux pattes

Races d'abeilles : abeille noire, Buckfast, carnica, italienne, caucasienne, laquelle choisir ?

Races d'abeilles : lignées génétiques, abeille noire, carnica, italienne, caucasienne et Buckfast comparées, conservatoires et règles d'import en France.

Les races d’abeilles sont les sous-espèces géographiques de l’abeille mellifère, Apis mellifera, qui en compte environ 27 réparties entre l’Afrique, l’Europe et l’Asie occidentale. En France, cinq types dominent les ruchers : l’abeille noire locale (A. m. mellifera), la carnica ou carniolienne, l’italienne (ligustica), la caucasienne et la Buckfast, qui n’est pas une race naturelle mais une lignée hybride sélectionnée. Aucune n’est meilleure dans l’absolu : le bon choix dépend de votre climat, de votre flore, de votre façon de conduire les ruches et des abeilles qui vivent déjà autour de votre rucher.

Ce dernier point est souvent oublié. Une reine se féconde en vol avec une quinzaine de mâles, à plusieurs kilomètres de sa ruche : la race que vous installez se mélange donc, dès la deuxième génération, avec celle de vos voisins. Comprendre les races, c’est aussi comprendre l’hybridation.

Combien y a-t-il de races d’abeilles dans le monde ?

Une espèce, des dizaines de sous-espèces

Le genre Apis compte plusieurs espèces, presque toutes asiatiques : l’abeille asiatique Apis cerana, l’abeille géante Apis dorsata, l’abeille naine Apis florea, entre autres. Une seule est l’abeille des apiculteurs européens : Apis mellifera, l’abeille mellifère occidentale.

Au sein de cette espèce, l’isolement géographique et l’adaptation aux climats ont façonné des populations distinctes. D’après l’équipe d’Amro Zayed à l’université York, dont les travaux ont été publiés dans Science Advances en 2021, cette adaptation locale a produit environ 27 sous-espèces. En apiculture, on les appelle « races ». Toutes restent interfécondes : une reine carnica fécondée par des mâles noirs donne des ouvrières parfaitement viables, ce qui explique à la fois la richesse et la fragilité de ce patrimoine.

Race, souche, lignée : trois mots à ne pas confondre

Terme Ce qu’il désigne Exemple
Race (sous-espèce) population naturelle adaptée à une aire géographique A. m. mellifera, A. m. carnica
Écotype variante locale d’une race, adaptée à un milieu précis abeille noire des Landes, de Bretagne, des Cévennes
Lignée ou souche population sélectionnée par l’homme sur des critères donnés Buckfast, souches carnica d’un sélectionneur
Hybride croisement de races ou de lignées, voulu ou non la majorité des colonies françaises

Selon la fiche génétique 2025 de FranceAgriMer, les races pures présentes en France sont la carniolienne, l’italienne, la noire, la caucasienne et, outre-mer, la malgache (A. m. unicolor), présente à La Réunion et à Mayotte. La Buckfast y est classée à part, comme lignée hybride.

Les lignées évolutives M, C, A et O : ce que dit la génétique

Quatre grandes branches

Les sous-espèces ne sont pas toutes cousines au même degré. Dès les années 1980, l’entomologiste allemand Friedrich Ruttner les a regroupées en grandes lignées à partir de mesures morphologiques (longueur des ailes, nervation, couleur, pilosité). La génétique a confirmé l’essentiel de ce découpage.

Les premières confirmations sont venues de l’ADN mitochondrial, transmis uniquement par la mère. En coupant une région de cet ADN, la région intergénique COI-COII, avec l’enzyme DraI, les chercheurs obtiennent des profils qui signent la lignée maternelle d’une colonie. L’étude de Colletta, Arias et Del Lama publiée dans Apidologie en 2007 a montré qu’un second marqueur, le gène 16S, donne trois profils parfaitement liés aux trois profils déjà connus, A, M et C.

En 2014, Andreas Wallberg et ses collègues ont séquencé dans Nature Genetics 140 génomes complets d’abeilles issues de 14 populations du monde entier. Ils retrouvent quatre groupes (la caucasienne, que l’étude n’a pas échantillonnée, est rattachée à la lignée O depuis les travaux de Ruttner) :

Lignée Aire d’origine Sous-espèces représentatives Présence en France
M Europe de l’Ouest et du Nord A. m. mellifera (abeille noire), A. m. iberiensis (abeille ibérique) race autochtone de la métropole
C Europe du Sud et de l’Est A. m. carnica (carniolienne), A. m. ligustica (italienne) importée, très répandue
O Proche-Orient, Asie occidentale A. m. anatoliaca, A. m. syriaca, et la caucasienne A. m. caucasica importée, plus rare
A Afrique A. m. scutellata, A. m. capensis, A. m. adansonii absente en métropole

Les auteurs notent l’influence dominante de l’abeille italienne dans l’apiculture mondiale, ce qui explique que les abeilles domestiques d’Europe et d’Amérique du Nord se rangent pour la plupart dans le groupe C. Des travaux ultérieurs à ceux de Ruttner ont aussi proposé une lignée distincte, appelée Y, pour les abeilles d’Éthiopie et du Yémen, et la génétique continue d’affiner ce découpage. Pour le détail des mécanismes d’hérédité propres à l’abeille, voyez notre page sur la génétique de l’abeille.

Mitochondries et noyau ne racontent pas toujours la même histoire

L’ADN mitochondrial ne dit que l’origine maternelle. Il peut contredire l’ADN du noyau, qui reflète l’ensemble des ancêtres. L’exemple turc est parlant : Wallberg et ses collègues classent l’abeille anatolienne dans la lignée O sur la base du génome nucléaire, alors qu’Özdil, Yildiz et Hall, dans Apidologie en 2009, ont trouvé un ADN mitochondrial de lignée C dans les 244 colonies analysées, prélevées dans 20 localités de Turquie. Pour un apiculteur, la leçon est simple : un test mitochondrial qui conclut « lignée M » prouve que la lignée maternelle est noire, pas que la colonie est pure.

D’où vient l’abeille mellifère ?

Longtemps, on a pensé que l’espèce était née en Afrique. Wallberg et ses collègues ont écrit en 2014 que leurs données ne soutiennent pas une origine africaine et penchent vers une origine asiatique, puisque toutes les autres espèces d’Apis vivent en Asie. En 2021, l’étude dirigée par Kathleen Dogantzis et Amro Zayed, fondée sur 251 génomes de 18 sous-espèces, a situé le berceau de l’espèce en Asie, probablement en Asie occidentale, d’où elle s’est étendue de façon indépendante vers l’Afrique et vers l’Europe. Le titre de l’article, « Thrice out of Asia », évoque ces sorties successives hors d’Asie. Selon l’université York, les auteurs distinguent sept lignées évolutives séparées géographiquement et génétiquement, et seuls 145 gènes portent des signatures répétées d’adaptation.

Ce que cela signifie au rucher : chaque race porte des adaptations à un climat et à une flore. Déplacer une race loin de son aire, c’est lui demander de vivre avec un calendrier de floraisons et d’hivers pour lequel elle n’a pas été façonnée. Pour replacer ces migrations dans le temps long des relations entre l’homme et l’abeille, voyez notre histoire de l’apiculture, de la préhistoire à la ruche moderne.

L’abeille noire, Apis mellifera mellifera : l’abeille locale de France

Une abeille façonnée par les glaciations

L’abeille noire est la race autochtone de l’Europe de l’Ouest et du Nord, de la péninsule ibérique, où vit sa proche cousine iberiensis, jusqu’à la Scandinavie. Comme le rappelle le journal Le Monde dans sa série « Des abeilles et des hommes » (2021), elle a traversé deux glaciations. Elle existe sous plusieurs variantes régionales, que les apiculteurs appellent écotypes : abeille noire des Landes, de Bretagne, des Cévennes, de Savoie. L’ITSAP souligne l’intérêt de maintenir cette « adaptation particulière à différents habitats ».

Physiquement, c’est une abeille sombre, brun-noir, assez grande, à la pilosité abondante et aux bandes abdominales peu marquées.

Ses qualités et ses défauts au rucher

Les qualités que lui reconnaissent ses défenseurs sont surtout liées à la rusticité. L’institut de recherche suisse FiBL, qui a suivi 78 colonies d’abeilles noires à 400 et 1 500 mètres d’altitude, la décrit ainsi :

  • hivernage possible sous climat rude ;
  • ponte réglée sur les ressources : elle arrête de pondre quand la nourriture manque, ce qui freine aussi le développement du varroa ;
  • rendement en miel équilibré, plutôt que très élevé.

Ses détracteurs lui reprochent un tempérament parfois défensif et une productivité inférieure aux lignées sélectionnées. Le Monde résume cette réputation : une abeille « un rien caractérielle et pas toujours très productive », ce que ses défenseurs contestent. Deux nuances s’imposent. D’abord, l’abeille noire a été beaucoup moins sélectionnée que la carnica ou la Buckfast. Ensuite, l’ITSAP pointe un « manque de connaissances sur les caractéristiques de ces populations en termes de rusticité et de production ». Ses qualités comme ses défauts reposent donc encore largement sur l’expérience des apiculteurs plus que sur des mesures.

Une abeille menacée par l’hybridation

Le Monde rappelle que les importations de races étrangères ont augmenté après les fortes mortalités des années 1990, en partie liées aux pesticides, ce qui dilue la race locale. Selon FranceAgriMer, les importations et la fécondation naturelle ont conduit à l’hybridation de l’essentiel du cheptel français. En Corse, en revanche, FranceAgriMer rappelle que l’appellation d’origine miel de Corse comporte l’obligation de produire en abeille noire locale.

Carnica, italienne, caucasienne : les races importées en France

L’abeille carnica, ou carniolienne : la douceur sélectionnée

A. m. carnica vient de Carniole, dans l’actuelle Slovénie, et plus largement des Alpes orientales et des Balkans. Ses ouvrières sont brun à gris-noir, à l’abdomen foncé, et elle appartient à la lignée C. C’est l’une des races les plus sélectionnées d’Europe, notamment en Allemagne et en Autriche. La fiche que lui consacre le CARI, centre apicole de recherche belge, lui attribue :

  • une douceur remarquable : elle est « extrêmement docile et ne pique que très rarement » ;
  • une exceptionnelle capacité de croissance au printemps, qui permet d’exploiter les premières miellées ;
  • une excellente capacité d’hivernage, y compris sous des hivers très froids, avec une consommation moyenne ;
  • une forte production de miel et une faible production de propolis ;
  • une faible tendance à la dérive et au pillage, et une langue longue, de 6,4 à 6,8 mm.

Son point faible connu est une tendance excessive à l’essaimage, supérieure à celle de l’italienne selon le CARI, liée à ce démarrage rapide. Elle demande des visites régulières et un agrandissement à temps : les techniques pour l’anticiper sont détaillées dans notre page sur l’essaimage.

L’abeille italienne, Apis mellifera ligustica : la reine de la production

Originaire de la péninsule italienne, au climat doux, l’italienne se reconnaît à ses anneaux abdominaux jaune orangé. C’est historiquement la race la plus diffusée dans le monde, ce que reflète la génétique, comme on l’a vu avec l’étude de Wallberg. La fiche du CARI la note très douce, peu encline à l’essaimage, faible productrice de propolis et très bonne productrice de miel. Le Monde la dit « très efficace sur le colza ».

Ses défauts découlent de ses qualités. Parce qu’elle élève beaucoup de couvain longtemps, elle consomme beaucoup en hiver : le CARI classe sa consommation hivernale comme forte et rappelle qu’originaire de la zone méditerranéenne, elle se développe mieux sous des climats similaires. Elle a aussi une forte tendance au pillage et à la dérive entre ruches. Elle convient mieux aux régions douces et aux apiculteurs qui surveillent de près leurs réserves.

L’abeille caucasienne, Apis mellifera caucasica : la langue longue

Venue des vallées du Caucase, entre mer Noire et mer Caspienne, la caucasienne, parfois appelée abeille grise, est brun-noir avec des bandes grises. Elle se rattache à la lignée O et reste peu répandue en France. Sa réputation tient à sa langue particulièrement longue, de 7 à 7,3 mm selon le CARI, qui atteint le nectar des fleurs profondes : Le Monde rappelle que cette langue lui permet de butiner le trèfle. Le CARI la décrit comme très douce, peu consommatrice en hiver et très résistante au froid, peu portée au pillage et à la dérive, mais avec une forte tendance à l’essaimage. Son développement printanier est réel, mais sa pleine puissance arrive plus tard, au cœur de l’été.

Son trait le plus marqué est sa très forte production de propolis, avec laquelle elle colle cadres et couvre-cadres. C’est une gêne pour la manipulation, mais un atout si vous récoltez la propolis.

La Buckfast : une lignée hybride créée par frère Adam

Une abeille née d’une épidémie

La Buckfast porte le nom de l’abbaye bénédictine de Buckfast, dans le Devon, en Angleterre. Elle a été créée par Karl Kehrle, dit frère Adam (1898-1996), né en Allemagne et entré à l’abbaye en 1910. Selon Le Monde, entre 1905 et 1919, une épidémie attribuée à l’acarien des trachées, Acarapis woodi, a ravagé les colonies anglaises. La biographie de frère Adam publiée par Jean-Marie Van Dyck indique qu’en 1916, seules 16 des 46 colonies de l’abbaye avaient survécu (l’abbaye donne de son côté 29 colonies perdues sur 45), et qu’il s’agissait de colonies d’origine étrangère, notamment italienne. Frère Adam est parti de ces survivantes, puis a croisé pendant des décennies des races venues de toute l’Europe et du pourtour méditerranéen. Dès 1925, il disposait d’une station de fécondation isolée sur le plateau du Dartmoor pour maîtriser ces croisements.

Ce qu’est vraiment une Buckfast

Ce n’est pas une race, mais une lignée synthétique entretenue par la sélection et la fécondation contrôlée (stations isolées ou insémination artificielle). Elle se reconnaît souvent à une teinte grisâtre avec deux ou trois bandes jaunes sur l’abdomen, d’après Le Monde, qui note qu’à Paris comme ailleurs, la plupart des ruches hébergent des colonies de souche Buckfast.

Les objectifs de sélection de frère Adam portaient sur la douceur, le faible essaimage, la résistance aux maladies et l’économie des colonies : sa biographie mentionne par exemple un croisement de 1959 « nettement moins agressif » et moins essaimeur que la souche de base. Ces qualités ne sont garanties que tant que la lignée est entretenue par des éleveurs. Des colonies populeuses demandent, comme toujours, des réserves d’hiver suffisantes.

La limite : la deuxième génération

Une reine Buckfast achetée produit des ouvrières Buckfast. Mais ses filles, élevées dans votre rucher, se féconderont avec les mâles locaux, et les caractères se dispersent. Pour garder une Buckfast, il faut racheter régulièrement des reines issues de fécondation contrôlée. C’est un choix cohérent pour un apiculteur qui renouvelle ses reines tous les deux ans, beaucoup moins pour celui qui laisse ses colonies se renouveler seules. Le Monde rapporte aussi la critique de Lionel Garnery, chercheur au CNRS, pour qui la Buckfast est « si douce qu’elle se défend très mal contre les prédateurs ».

Tableau comparatif des races d’abeilles

Le tableau suivant rassemble ce que disent les sources citées dans cette page. Pour la carnica, l’italienne et la caucasienne, il reprend les fiches descriptives du CARI ; pour l’abeille noire, les observations du FiBL, de l’ITSAP et de Le Monde ; pour la Buckfast, les objectifs de sélection de frère Adam. Quand aucune source fiable ne documente un critère, la case l’indique plutôt que de reprendre une réputation.

Prenez-le comme une boussole, pas comme une vérité. L’expérience européenne GEI, présentée plus bas, a mesuré l’essaimage, la défensivité et le comportement hygiénique de colonies de 16 origines : ses auteurs, Aleksandar Uzunov et ses collègues, relèvent des différences nettes entre sous-espèces, mais aussi une grande variabilité au sein d’une même sous-espèce. Une carnica non sélectionnée peut être plus nerveuse qu’une noire issue d’un bon conservatoire.

Critère Noire (mellifera) Carnica Italienne (ligustica) Caucasienne Buckfast
Lignée M C C O hybride
Couleur brun-noir brun à gris-noir, abdomen foncé claire, anneaux jaunes brun-noir à bandes grises grisâtre, 2 ou 3 bandes jaunes
Douceur réputée parfois défensive, peu sélectionnée extrêmement docile très forte très forte objectif central de sélection
Essaimage peu documenté tendance excessive faible forte objectif de faible essaimage
Hivernage supporte les climats rudes, ponte réglée sur les ressources excellent, consommation moyenne consommation forte peu consommatrice, très résistante au froid colonies dites économes ; réserves à surveiller
Développement au printemps peu documenté exceptionnel bon pleine puissance plus tardive, en été peu documenté
Production de miel équilibrée, plutôt que très élevée forte très bonne bonne dépend de la souche
Propolis peu documentée faible faible très forte peu documentée
Pillage, dérive peu documentés faibles forts faibles peu documentés
Climat de prédilection race locale de l’ouest et du nord de l’Europe s’adapte à des climats et reliefs variés climats méditerranéens climats froids lignée entretenue par fécondation contrôlée

Une ligne manque volontairement : la résistance au varroa. Aucune race européenne ne permet aujourd’hui de se passer de la lutte contre le varroa, dont les méthodes sont détaillées dans notre page sur le varroa. FranceAgriMer indique que la résistance au varroa est un objectif de sélection émergent, porté notamment par la fondation ARISTA sur le caractère VSH (détection et nettoyage du couvain infesté), et par des projets de recherche comme BeeStrong ou OptiVar, mais que les méthodes d’évaluation peinent encore à passer à grande échelle.

Quelle abeille choisir pour votre rucher ?

L’argument scientifique en faveur de l’abeille locale

L’expérience européenne la plus solide sur la question est l’expérience GEI (interactions génotype-environnement) coordonnée par le réseau COLOSS entre 2009 et 2012. Selon COLOSS, 621 colonies de 16 origines génétiques, appartenant à 5 sous-espèces (carnica, ligustica, macedonica, mellifera, siciliana), ont été installées dans 21 ruchers de 11 pays européens, sans aucun traitement contre le varroa. Chaque souche locale était comparée à au moins deux origines étrangères dans le même rucher.

Le résultat, résumé par la chercheuse grecque Fani Hatjina, qui a participé au programme : les colonies locales ont survécu en moyenne 553 jours, contre 470 jours pour les colonies étrangères, soit 83 jours de plus. Dans le rucher grec, d’après le tableau qu’elle publie, la souche macedonica locale de Chalcidique a aussi produit le plus de miel, 29 kg en moyenne, contre 27 kg pour la souche italienne et 15 kg pour la souche carnica venue d’Allemagne. L’étude d’Uzunov et de ses collègues sur la même expérience ajoute que la défensivité était plus faible chez les colonies d’origine locale. COLOSS en conclut qu’il est utile de poursuivre la conservation des populations localement adaptées.

Une grille de décision selon votre situation

Votre situation Choix cohérent Pourquoi
Vous débutez, rucher de loisir souche locale douce d’un éleveur de votre région adaptée au climat, se maintient en fécondation libre
Vous êtes dans ou près d’un conservatoire abeille noire toute autre race nuit au travail de conservation ; c’est une obligation là où un arrêté local l’impose
Rucher en ville, voisinage proche souche sélectionnée pour la douceur (carnica, Buckfast, noire sélectionnée) priorité à la sécurité des riverains
Production intensive, transhumance Buckfast ou carnica de fécondation contrôlée, renouvelées productivité et faible essaimage
Montagne, hivers longs noire locale ou carnica bonne tenue au froid
Région douce, grandes miellées précoces italienne ou carnica fortes populations au printemps
Production de propolis caucasienne très forte propolisation
Peu de temps pour les visites souche à faible essaimage, sélectionnée moins d’essaims perdus

Regardez d’abord ce qui vole autour de vous

Votre choix ne vit pas en vase clos. FranceAgriMer rappelle que la fécondation des reines est naturelle et multiple, dans un rayon de plusieurs kilomètres, et que la plupart des reines ont donc un père d’origine inconnue. Si tous les ruchers voisins sont en Buckfast, vos reines noires élevées sur place auront des filles hybrides, et inversement. Renseignez-vous auprès du rucher-école, du GDSA ou des apiculteurs de votre commune avant d’acheter.

Combien coûte une reine ou un essaim ?

Selon FranceAgriMer, les prix indicatifs relevés en 2025 en France sont les suivants :

Produit Prix indicatif (2025)
Cellule royale 5 à 10 €
Reine vierge 9 à 15 €
Reine fécondée 25 à 40 €, davantage en fécondation dirigée
Reine souche (reproductrice) de 50 € à plusieurs centaines d’euros
Essaim à partir d’environ 120 €

Changer de race ne demande pas de changer de colonie : il suffit de remplacer la reine. En six à huit semaines, les ouvrières de l’ancienne reine sont remplacées par celles de la nouvelle. Pour comprendre ce que la reine transmet à sa colonie et comment la reconnaître, lisez notre page sur la reine des abeilles. Pour produire vous-même vos reines à partir de vos meilleures colonies, voyez le guide de l’élevage de reines.

Hybridation : pourquoi les croisements de races posent problème

Le mécanisme

Une reine s’accouple avec de nombreux mâles : Le Monde cite environ quinze faux-bourdons, rencontrés dans des zones de rassemblement parfois éloignées de plusieurs kilomètres. Les mâles, eux, sont issus d’œufs non fécondés et ne portent que les gènes de leur mère. Ce système génétique particulier, décrit dans notre page sur l’organisation d’une ruche, fait qu’une colonie est une mosaïque de sœurs et de demi-sœurs aux pères différents.

Première génération et générations suivantes

Le croisement de deux races donne souvent, en première génération, des colonies vigoureuses : c’est l’effet d’hétérosis, bien connu en élevage. Le problème vient ensuite. Quand ces hybrides se reproduisent librement, les combinaisons de caractères deviennent imprévisibles. Fani Hatjina relève ainsi que les reines étrangères importées sont souvent associées, dans les ruchers, à de l’agressivité et à une tendance excessive à l’essaimage. C’est la raison pour laquelle les sélectionneurs qui utilisent des hybrides renouvellent leurs reines à partir de lignées pures ou contrôlées.

Un enjeu de patrimoine

L’hybridation non maîtrisée a un coût moins visible : elle dilue des adaptations locales accumulées pendant des milliers d’années. Une fois l’écotype local disparu, il ne peut pas être recréé. C’est tout l’enjeu des conservatoires.

Les conservatoires de l’abeille noire en France

Combien et où ?

Il n’existe pas de liste officielle et à jour publiée par l’État. Les sources disponibles citent une dizaine de conservatoires, associatifs pour la plupart :

  • FranceAgriMer (2025) cite notamment Porquerolles, Ouessant, la Corse, l’Auvergne, la Bretagne, la Normandie et les Landes ;
  • Le Monde (2021) évoque une dizaine de conservatoires, dont Groix, Ouessant, Belle-Île, les Cévennes, l’Île-de-France, l’Orne et l’Auvergne.

Ils sont fédérés au niveau européen par la Fédération européenne des conservatoires de l’abeille noire (Fedcan), présidée au moment de l’article de Le Monde par Lionel Garnery.

Comment fonctionne un conservatoire

Selon Le Monde, chaque conservatoire vise une réserve génétique d’environ 150 ruches dans une zone d’au moins 3 km de rayon où seules des abeilles noires sont tolérées. Les îles sont des sites idéaux, car la mer isole les zones de fécondation. FranceAgriMer précise que leur objectif principal est de conserver une population relativement pure, et que certains disposent de stations d’élevage qui fournissent des reines aux apiculteurs.

Concrètement, si votre rucher se trouve près d’un conservatoire, vous pouvez contribuer en installant uniquement de l’abeille noire, idéalement avec des reines achetées au conservatoire lui-même.

Quelle protection juridique ?

Elle reste faible et locale. Une question écrite déposée à l’Assemblée nationale le 30 janvier 2024 par la députée du Finistère Mélanie Thomin au ministre de la Transition écologique indique qu’un arrêté municipal d’Ouessant interdit d’introduire des abeilles venues du continent, mais que sa portée est limitée. Elle demandait un arrêté de niveau supérieur pour Ouessant et Groix, à la demande de l’Association conservatoire de l’abeille noire bretonne (ACANB). La question a été retirée le 11 juin 2024, à la fin de la législature, sans réponse du gouvernement.

Au niveau national, le Plan en faveur des insectes pollinisateurs 2021-2026 prévoit, dans son action 2.1.3 citée par le ministère de l’Agriculture en 2022, de « mettre en place un protocole organisationnel concerté pour la conservation de l’abeille noire dans certains territoires », avec les conservatoires régionaux et le Conservatoire du littoral. Ne généralisez pas l’exemple d’Ouessant : ailleurs, aucune règle ne vous interdit a priori d’installer une autre race. Renseignez-vous auprès de votre mairie et du conservatoire le plus proche.

Importer des reines : ce que dit la réglementation

Un marché largement dépendant de l’étranger

Selon le ministère de l’Agriculture, qui répondait en septembre 2022 à une question écrite du député Raphaël Schellenberger, la France importe environ 150 000 reines par an, un chiffre que reprend FranceAgriMer en 2025. Le ministère les disait importées principalement d’Europe du Sud et d’Amérique du Sud, pour des raisons de coût et de disponibilité, et y voyait « un risque sanitaire réel avec l’introduction de nouvelles pathologies ». Pour l’ensemble des importations d’abeilles en 2024, FranceAgriMer indique que la majorité venait de Belgique et de Slovaquie, puis, en plus petites quantités, d’Espagne, d’Italie, de Malte, de Slovénie et d’Argentine. Le même ministère faisait état de plus de 1,7 million de colonies déclarées en 2020.

Les règles sanitaires

Selon la fiche du ministère de l’Agriculture sur le petit coléoptère des ruches (juillet 2022) :

  1. Tout envoi d’abeilles ou de bourdons entrant en France, quelle que soit son origine, doit être accompagné d’un certificat sanitaire officiel.
  2. Les reines importées font l’objet de contrôles systématiques obligatoires réalisés par des laboratoires agréés, et de procédures avant leur introduction dans les ruches.
  3. L’introduction d’abeilles, de bourdons, de sous-produits apicoles non transformés, de matériel apicole et de miel en rayons en provenance des zones infestées par Aethina tumida est interdite.

Pour les pays hors Union européenne, le ministère rappelait en 2022 que l’importation de reines est strictement encadrée par la réglementation européenne et que seul un nombre limité de pays tiers est autorisé. Un retour d’expérience présenté au CNOPSAV apicole en octobre 2018 montre que ces contrôles ne sont pas théoriques : au printemps 2018, deux lots de reines importées d’Argentine, arrivés par les aéroports de Marseille-Provence et de Toulouse-Blagnac, ont déclenché des suspicions de petit coléoptère. Dans l’un des cas, l’importateur n’avait pas soumis toutes ses reines aux contrôles obligatoires. Les services de l’État ont imposé des restrictions de mouvement et visité tous les ruchers destinataires, soit 1 392 colonies dans 14 départements, avant de lever les mesures : aucune infestation n’a été confirmée.

Pourquoi c’est sérieux

Selon la même fiche ministérielle, le petit coléoptère des ruches est présent en Calabre, dans le sud de l’Italie, depuis 2014, et un foyer a été confirmé à La Réunion en juillet 2022. Tout l’enjeu est d’empêcher son arrivée dans les zones encore indemnes. Une seule cagette de reines infestée peut l’introduire. Avant toute commande à l’étranger, en particulier sur internet, vérifiez que le vendeur fournit le certificat sanitaire, et renseignez-vous auprès de la direction départementale chargée de la protection des populations (DDPP ou DDETSPP) sur les conditions en vigueur, qui relèvent du droit européen et peuvent évoluer.

Le choix d’une race n’est jamais seulement une affaire de rendement. C’est aussi un choix sanitaire et, dans certains territoires, un choix de patrimoine. Une abeille adaptée à votre région, issue d’un éleveur proche et sélectionnée pour la douceur, reste dans la grande majorité des cas le point de départ le plus solide.

Questions fréquentes

Combien existe-t-il de races d'abeilles ?

L'abeille mellifère occidentale, Apis mellifera, compte environ 27 sous-espèces, que les apiculteurs appellent races. Elles sont réparties entre l'Afrique, l'Europe et l'Asie occidentale et regroupées en grandes lignées évolutives. À ces races géographiques s'ajoutent des lignées sélectionnées par l'homme, comme la Buckfast, qui sont des hybrides et non des sous-espèces naturelles.

Quelle est la race d'abeille la plus douce ?

L'italienne, la carnica, la caucasienne et la Buckfast ont toutes une réputation de douceur, mais la douceur dépend d'abord de la souche et du travail de sélection, pas seulement de la race. Une colonie issue d'une reine sélectionnée sera plus calme qu'une colonie de même race fécondée au hasard. Les croisements non maîtrisés entre races différentes donnent souvent des colonies plus défensives.

Quelle abeille choisir quand on débute ?

Le plus sûr est de démarrer avec des abeilles adaptées à votre région, issues d'un éleveur proche qui sélectionne pour la douceur et le faible essaimage. Le type d'abeille déjà présent autour de votre rucher compte aussi, car vos reines se féconderont avec les mâles locaux. Une reine fécondée coûtait en général 25 à 40 euros en 2025 selon FranceAgriMer.

L'abeille noire est-elle une espèce protégée ?

Non. L'abeille noire, Apis mellifera mellifera, n'est pas une espèce protégée au sens du droit de l'environnement : c'est une sous-espèce d'un animal domestique. Sa préservation repose sur des conservatoires associatifs et, ponctuellement, sur des arrêtés locaux, comme celui de la commune d'Ouessant qui interdit d'introduire des abeilles venues du continent. Le plan national pollinisateurs 2021-2026 prévoit un protocole de conservation concerté.

La Buckfast est-elle une race d'abeille ?

Pas au sens biologique. La Buckfast est une lignée hybride créée au XXe siècle par Karl Kehrle, dit frère Adam, moine de l'abbaye de Buckfast en Angleterre, à partir de croisements entre plusieurs races. Elle est entretenue par la sélection et la fécondation contrôlée. Laissée en fécondation libre au fil des générations, elle perd rapidement ses caractères.

Existe-t-il une race d'abeille résistante au varroa ?

Non, aucune race européenne n'est résistante au varroa au point de se passer de suivi. Des programmes de sélection travaillent sur des caractères de tolérance, comme le comportement VSH qui consiste à détecter et nettoyer les cellules de couvain infestées. Selon FranceAgriMer, cette sélection progresse, mais les méthodes d'évaluation disponibles peinent encore à être mises en œuvre à grande échelle.

Peut-on acheter des reines à l'étranger ?

Oui, mais sous conditions. Selon le ministère de l'Agriculture, tout envoi d'abeilles entrant en France doit être accompagné d'un certificat sanitaire officiel. Depuis les pays hors Union européenne, seul un nombre limité de pays est autorisé et les reines font l'objet de contrôles systématiques en laboratoire agréé. L'introduction depuis une zone infestée par le petit coléoptère des ruches est interdite.

Sources

  1. Fiche génétique abeille 2025, FranceAgriMer
  2. A worldwide survey of genome sequence variation provides insight into the evolutionary history of the honeybee Apis mellifera (Nature Genetics, 2014), Wallberg et al., dépôt de l'Université de Pretoria
  3. Where did western honey bees come from? New research finds the sweet spot (Dogantzis et al., Science Advances, 2021), York University
  4. 16S mtDNA variation in Apis mellifera detected by PCR-RFLP (Apidologie, 2007), Colleta, Arias et Del Lama, Apidologie
  5. Molecular characterization of Turkish honey bee populations (Apis mellifera) inferred from mitochondrial DNA RFLP and sequence results (Apidologie, 2009), Özdil, Yildiz et Hall, Apidologie
  6. GEI Experiment : Pan-European Genotype-Environment Interactions, COLOSS
  7. Importance of Adaptation of Bee Populations on Their Local Environment, Fani Hatjina, Hellenic Agricultural Organization DEMETER, via Eva Crane Trust
  8. Question écrite n° 30 sur l'importation de reines et le développement des élevages, réponse du ministère de l'Agriculture (JO du 20 septembre 2022), Assemblée nationale
  9. Question écrite n° 14568 sur la protection de l'abeille noire à Ouessant et Groix (JO du 30 janvier 2024), Assemblée nationale
  10. Aethina tumida, le petit coléoptère des ruches : fiche d'information (juillet 2022), Ministère de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire, DGAL
  11. Retour d'expérience sur les suspicions d'Aethina tumida sur reines importées d'Argentine (CNOPSAV apicole, octobre 2018), Ministère de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire
  12. Des abeilles et des hommes : Apis, abeille noire, Buckfast et conservatoires (Le Monde, 2021), Jean-Michel Normand, Le Monde, archivé par l'Université de Tours
  13. L'abeille carniolienne (Apis mellifera carnica), fiche biologie (2024), Orianne Rollin, CARI (Centre apicole de recherche et d'information)
  14. L'abeille italienne (Apis mellifera ligustica), fiche biologie (2024), Orianne Rollin, CARI (Centre apicole de recherche et d'information)
  15. L'abeille caucasienne (Apis mellifera caucasica), fiche biologie (2024), Orianne Rollin, CARI (Centre apicole de recherche et d'information)
  16. Swarming, defensive and hygienic behaviour in honey bee colonies of different genetic origin in a pan-European experiment (Uzunov et al., Journal of Apicultural Research, 2014), Notice bibliographique, Institut Ruđer Bošković (CROSBI)
  17. Les abeilles plus agressives sont les plus résistantes : projet de sélection de l'abeille noire (communiqué, 5 avril 2022), FiBL, Institut de recherche de l'agriculture biologique (Suisse)
  18. Abeille noire : derrière le mythe (2023, mis à jour en 2024), ITSAP-Institut de l'abeille, Réussir Apiculture
  19. Brother Adam : biographie chronologique, Jean-Marie Van Dyck, Université de Namur (site personnel)