

Élevage de reines : greffage, calendrier de J0 à la ponte, fécondation et sélection
Élevage de reines pas à pas : âge des larves, starter et finisseur, calendrier jour par jour, ruchettes de fécondation, insémination et test hygiénique.
L’élevage de reines consiste à faire produire par une colonie éleveuse des dizaines de cellules royales à partir de très jeunes larves d’une colonie que vous avez choisie, puis à faire féconder les reines obtenues en ruchettes. Trois chiffres le résument : une larve de moins de 24 à 36 heures, une naissance 16 jours après la ponte de l’œuf, soit 11 à 12 jours après le greffage, une ponte qui démarre dix jours à trois semaines plus tard. Starter, finisseur, faux-bourdons et sélection servent à réussir ces étapes et à choisir les bonnes mères.
C’est aussi reprendre la main sur la génétique de son rucher. La France importe environ 150 000 reines par an, surtout d’Europe du Sud et d’Amérique du Sud, selon la réponse du ministère de l’Agriculture à une question écrite de 2022, avec une dépendance commerciale et un risque sanitaire à la clé.
Pourquoi élever ses reines plutôt que laisser faire la colonie ?
Une colonie remplace très bien sa reine seule, par l’essaimage, par la supersédure ou par des cellules de sauveté après une perte. Mais elle choisit elle-même les larves, souvent trop âgées en sauveté, et ne trie rien : les qualités de la mère, bonnes ou mauvaises, se transmettent au hasard.
L’élevage dirigé apporte quatre choses :
- le choix de la mère : vous greffez dans la colonie la plus douce, la plus productive, la moins essaimeuse et la plus saine ;
- la maîtrise de l’âge des larves, donc de la qualité des reines ;
- la production en série : 20 à 60 cellules par série ;
- le calendrier : vous savez au jour près quand les reines naissent et pondent.
La fiche du CARI sur les indicateurs de qualité des reines (2024) le résume : une reine de qualité vient de la plus jeune larve viable, d’une colonie populeuse et de ressources abondantes. Pour la biologie de la reine, sa spermathèque, ses phéromones et sa longévité, voyez notre page sur la reine des abeilles.
Quel matériel pour l’élevage de reines ?
| Matériel | Usage | Indispensable ? |
|---|---|---|
| Cadre porte-barrettes | 2 ou 3 barrettes de 15 à 20 cupules | oui |
| Cupules (plastique ou cire) | cellules royales artificielles d’environ 9 mm de diamètre | oui |
| Picking (outil de greffage) | prélever la larve et la déposer au fond de la cupule | oui |
| Loupe frontale et lampe froide | voir des larves d’un à deux millimètres | fortement conseillé |
| Caisse starter | accueillir les greffes 24 à 48 h | selon la méthode |
| Grille à reine | isoler la reine dans le finisseur | oui |
| Couveuse et cagettes de naissance | faire naître les reines hors des ruches | utile au-delà de quelques dizaines de reines |
| Ruchettes de fécondation | une par reine | oui |
| Cadre Jenter ou boîtier équivalent | méthode sans greffage | optionnel |
Maurice Vuillaume, de la station de recherches apicoles de Bures-sur-Yvette, notait en 1958 dans les Annales de l’Abeille que les abeilles « familiarisent » les cupules avant de les accepter, et que cette imprégnation disparaît en une quinzaine de jours. Faites donc polir les cupules dans le finisseur 8 à 24 heures avant le greffage, comme le recommande aussi le National Bee Unit britannique.
Quel âge de larve pour le greffage ?
C’est la règle qui commande tout : greffez des larves de moins de 24 heures, 36 heures au maximum. Une larve d’un jour est à peine plus longue qu’un œuf, posée en virgule au fond de la cellule dans une goutte de bouillie blanche.
- Le National Bee Unit, dans le protocole publié par David Wilkinson et Mike Brown en 2002, greffe des larves de 12 à 18 heures après l’éclosion.
- La fiche du CARI de 2024 rappelle, d’après Hatjina et ses collègues (2014), que les larves de plus de 48 heures ont commencé à se différencier en ouvrière et donnent des reines à la spermathèque plus petite et aux ovarioles moins nombreux.
- La même fiche cite Akyol et ses collègues (2009) et Hatjina et ses collègues (2014) : les reines plus lourdes ont davantage d’ovarioles, une spermathèque plus grande et un meilleur taux d’acceptation. D’après Skowronek et ses collègues (2004), dans une même série, les reines qui naissent les premières sont plus légères.
Greffer à sec ou sur gelée royale ?
Delaplane et Harbo ont comparé en 1988, dans l’American Bee Journal, des cupules amorcées de gelée royale diluée et des cupules sèches : poids des reines identique (environ 267 et 268 mg au stade nymphe), mais acceptation passée de 77 % à 92 % avec l’amorçage. Vuillaume utilisait environ 1 g de gelée pour 30 cupules, diluée jusqu’à deux volumes d’eau.
Le double greffage, qui remplace au bout de 24 heures la larve acceptée par une larve fraîche, n’a donné aucun gain de poids dans la même étude de Delaplane et Harbo. Mieux vaut investir ce temps dans le choix de larves plus jeunes.
Réussir le geste
- Prenez dans la colonie mère un cadre de couvain ouvert de cire foncée, aux fonds de cellules plus fermes.
- Travaillez à l’abri du soleil et du vent, idéalement dans une pièce à 20 à 25 °C, un linge humide sur le cadre.
- Glissez le picking sous la larve par son côté convexe, sans la retourner, et soulevez-la avec sa bouillie.
- Déposez-la au centre du fond de la cupule et retirez l’outil vers l’arrière.
- Remettez les greffes en starter au plus vite. Un greffeur entraîné atteint une soixantaine de larves par heure, selon Vuillaume.
Comment préparer un starter et un finisseur ?
Le starter déclenche l’acceptation des larves, le finisseur les nourrit jusqu’à l’operculation. On peut séparer ces fonctions ou les réunir dans une même colonie.
Le starter orphelin
Le principe est de réunir une forte densité de jeunes nourrices sans reine ni couvain ouvert :
- Le matin du greffage, secouez dans une caisse ventilée 1,5 à 2 kg de jeunes abeilles prises sur des cadres de couvain ouvert, sans la reine.
- Ajoutez un cadre de pollen et un cadre de miel ou du sirop, et laissez la caisse 2 à 4 heures à l’ombre.
- Introduisez le cadre de greffes entre pollen et miel.
- Après 24 heures, transférez les cellules acceptées dans le finisseur.
Vuillaume décrivait déjà ce dispositif en 1958 : un paquet d’environ 1,1 kg d’abeilles orphelines, en ruchette, qui reçoit les cellules pendant 24 heures. Il en concluait que le rôle principal du starter est de familiariser les cupules et d’y déposer de la gelée.
Le finisseur, ou éleveur avec reine
Le finisseur est une colonie très forte, avec reine, dont un compartiment sans reine est isolé au-dessus d’une grille. Le protocole du National Bee Unit (Wilkinson et Brown, 2002) donne des repères pour un éleveur avec reine qui sert à la fois de starter et de finisseur :
- au moins 20 cadres de corps couverts d’abeilles, 8 à 12 cadres de couvain et 2 à 3 cadres de pollen ;
- la reine sous la grille, la majorité du couvain operculé au-dessus ;
- un cadre de pollen et un cadre de jeunes larves de part et d’autre des greffes, pour attirer les nourrices ;
- 1 à 2 litres de sirop à 60 % par semaine sans miellée ;
- au 6e ou 7e jour, destruction de toute cellule de sauveté sur les cadres de couvain ;
- rotation hebdomadaire : le couvain fraîchement operculé monte, le couvain né redescend.
Sur 152 séries et 6 666 greffes, l’acceptation moyenne atteignait 81 %, pour une ou deux séries de 24 cellules par semaine et par éleveur. Le poids des nymphes de reines élevées avec reine (0,254 g) ne différait pas significativement de celui obtenu en colonie orpheline (0,249 g). Retenez surtout qu’il faut des nourrices en excès et un apport continu de pollen et de sucre : mieux vaut 20 belles cellules que 60 cellules maigres.
Calendrier d’élevage de reines : de J0 à J16, puis jusqu’à la ponte
La reine se développe en 16 jours : 3 jours d’œuf, environ 5,5 jours de larve et 7,5 jours de nymphe, la cellule étant operculée vers le 8e jour, d’après le document pédagogique du programme SARE de l’USDA. Ces stades sont détaillés sur notre page consacrée au cycle de vie de l’abeille.
Le calendrier prend pour J0 le jour de la ponte de l’œuf, logique de la méthode Jenter. Si vous greffez, le greffage (G0) tombe à J4, avec une larve de moins de 24 heures.
| Jour depuis la ponte | Jour depuis le greffage | Étape | Ce que vous faites |
|---|---|---|---|
| J-50 environ | mâles | cadre à mâles dans les colonies pères | |
| J-1 | préparation | cupules polies dans le finisseur | |
| J0 | ponte | reine encagée sur cadre Jenter, ou repérage d’une ponte du jour | |
| J3 | éclosion | la larve sort de l’œuf | |
| J4 | G0 | greffage ou transfert Jenter | larves de moins de 24 h en starter |
| J5 | G1 | acceptation | les larves acceptées flottent sur la gelée ; passage en finisseur |
| J8 | G4 à G5 | operculation | les cellules se ferment |
| J9 à J13 | G5 à G9 | nymphose | ne pas manipuler, fragilité maximale |
| J14 | G10 | cellules mûres | transfert en ruchettes de fécondation ou en couveuse |
| J15 à J16 | G11 à G12 | naissance | sortie des reines vierges |
| J21 à J30 | G17 à G26 | vols de fécondation | ne pas ouvrir les ruchettes par temps de vol |
| J26 à J35 | G22 à G31 | début de ponte | contrôle de ponte, marquage |
| J45 à J60 | couvain operculé | évaluation, vente ou introduction |
Les protocoles publiés concordent. Le National Bee Unit retire les cellules au 11e jour après le greffage, environ un jour avant la naissance. Le guide Raising Queens de l’université du Massachusetts (Whitehead et ses collègues, 2021, programme SARE de l’USDA) place l’operculation 5 jours après le greffage, le transfert des cellules en ruchettes 10 jours après le greffage, la naissance 12 jours après, les premiers vols de fécondation vers le 17e jour et le contrôle de ponte vers le 23e jour. Transférez donc au 10e jour, et au plus tard au 11e, pour garder une marge : la première reine née détruit les cellules voisines. Par forte chaleur dans l’éleveur, ou avec des larves greffées un peu âgées, une naissance au 11e jour est possible.
Entre l’operculation et le 10e jour, un choc, un retournement ou un refroidissement peuvent déformer ou tuer la nymphe. Déplacez les cellules avant l’operculation ou après le 10e jour, au chaud et pointe vers le bas.
Couveuse et banque de reines
Une couveuse fait naître les reines en cagettes individuelles et permet de les trier. Réglez-la près de la température du nid à couvain, 34 à 35 °C, avec 50 à 70 % d’humidité, et n’y placez que des cellules operculées. Pour comparer des séries au poids, pesez au même âge : selon la fiche du CARI, qui cite Skowronek et ses collègues (plus de 1 100 reines), une reine perd environ 1 mg par heure pendant ses 36 premières heures, puis 1 à 2 mg par jour jusqu’à la fécondation.
Une banque de reines, colonie orpheline nourrie qui héberge des reines en cagettes, dépanne quelques jours. Réduisez toutefois au minimum la durée d’encagement.
Greffage, méthode Jenter ou élevage sans greffage : quelle méthode choisir ?
| Méthode | Principe | Atouts | Limites |
|---|---|---|---|
| Greffage (picking) | transfert manuel de larves en cupules | peu coûteux, grandes séries, choix fin des larves | coup de main et bonne vue, risque de dessèchement |
| Méthode Jenter et boîtiers dérivés | la reine pond dans des fonds de cellules amovibles | âge des larves connu, aucun contact avec la larve | matériel plus cher, reine à encager 1 à 2 jours |
| Méthode Miller ou découpe de rayon | bande de jeune couvain découpée | aucun outil spécifique | peu de cellules, âge approximatif, rayon détruit |
| Orphelinage ou division | la colonie élève ses propres cellules de sauveté | aucun matériel | larves choisies par les abeilles, parfois trop âgées |
Vuillaume comparait déjà en 1958 greffage et découpe : la découpe détruit plusieurs larves par cellule utilisable et abîme le rayon, alors que le greffage préserve les cadres et regroupe les naissances sur une journée. C’est cette synchronisation qui rend le calendrier fiable.
La méthode Jenter en pratique
- Faites nettoyer le cadre Jenter par la colonie mère pendant plusieurs jours.
- Encagez la reine sur le boîtier 24 à 48 heures (J0) et vérifiez la ponte : un œuf par cellule.
- Libérez la reine et laissez le cadre en place.
- À J4, retirez les fonds de cellules contenant de jeunes larves et fixez-les sur les porte-cupules.
- Placez-les en starter et suivez le même calendrier qu’avec le greffage.
Ruchettes de fécondation et faux-bourdons : réussir l’accouplement
Les ruchettes de fécondation
| Type | Atouts | Limites |
|---|---|---|
| Mini-ruchette (type Kieler ou Apidea) | économe en abeilles, adaptée aux stations | sensible au pillage, à la chaleur et à la désertion |
| Mini Plus, demi-cadres | évolutive, hivernable | matériel spécifique |
| Ruchette de 3 à 5 cadres | robuste, la reine peut y pondre longtemps | consomme beaucoup d’abeilles |
| Ruche à compartiments | économise caisses et chaleur | entrées à bien séparer |
Pour l’insémination, la fiche du CARI de 2024 conseille des nucléis d’au moins deux cadres de couvain et un cadre de nourriture, pleins de jeunes abeilles. Le principe vaut aussi en fécondation naturelle : une ruchette trop faible élève et protège mal sa reine. Peuplez-la quelques heures avant d’y placer la cellule mûre, au 10e jour, pointe vers le bas, puis n’y touchez plus que pour vérifier la naissance et nourrir.
Combien de vols, combien de mâles ?
Simone-Finstrom et Tarpy ont suivi 80 reines en 2018 : 2,4 vols en moyenne, orientation comprise, des vols de fécondation de 12 à 47 minutes et 13,5 mâles en moyenne, de 8 à 25. Une reine bien fécondée stocke 5 à 7 millions de spermatozoïdes, alors que 5 à 10 % seulement du sperme reçu de chaque mâle migre jusqu’à la spermathèque.
Préparer les faux-bourdons
D’après la revue de Rangel et Fisher (Apidologie, 2019), les estimations de l’âge de maturité sexuelle d’un faux-bourdon vont de 6 à 8 jours jusqu’à 16 jours après sa naissance, et sa production de spermatozoïdes culmine vers 20 jours. Avec 24 jours de développement, la ponte des mâles doit précéder d’environ 40 jours le pic de fécondation. Fisher et Rangel ont eux-mêmes mesuré une maturité à 16 à 18 jours en 2018.
La fiche du CARI sur l’élevage de faux-bourdons de qualité (Julien Duwez, 2024) propose un rétroplanning, J0 étant le jour où les mâles sont mûrs : stimulation des colonies pères à J-71, pose du cadre à mâles à J-50, isolement du cadre operculé au-dessus d’une grille entre J-33 et J-28 pour l’insémination, utilisation possible jusqu’à J+10.
Varroa et acaricides dégradent les mâles : d’après Burley et ses collègues (2007), cités par la même fiche, un mâle parasité par deux fondatrices produit 45 % de spermatozoïdes en moins, et Rangel et Fisher rapportent des effets du coumaphos, du fluvalinate et de l’amitraze sur la viabilité ou la quantité de sperme. La maîtrise du varroa dans les colonies pères fait donc partie de l’élevage.
Saturer la zone en mâles ou isoler la fécondation
Les faux-bourdons se regroupent dans des zones de rassemblement de 30 à 200 m de diamètre, entre 10 et 40 m de hauteur, qui peuvent attirer les mâles de 240 colonies dans un rayon de 5 km, selon Rangel et Fisher. L’étude génétique de Jensen et ses collègues (2005) dans des vallées anglaises a montré que 50 % des accouplements ont lieu à moins de 2,5 km et 90 % à moins de 7,5 km, avec un maximum d’environ 15 km. La crête de Lose Hill, qui domine les vallées d’environ 300 m dans le Peak District, n’a pas suffi à les isoler.
Trois stratégies en découlent :
- La saturation en mâles : placer près du rucher de fécondation plusieurs colonies pères sélectionnées, riches en mâles. Elle augmente les chances sans garantir l’origine.
- La station de fécondation : un site isolé (île, haute vallée, massif forestier) où l’on n’apporte que des colonies pères choisies, comme le font les conservatoires insulaires d’abeille noire.
- L’insémination artificielle, seule certitude complète sur le père.
Insémination artificielle des reines : principe et limites
L’insémination instrumentale consiste à prélever le sperme de mâles choisis et à l’injecter dans l’oviducte d’une reine vierge anesthésiée au dioxyde de carbone, à l’aide d’un appareil à crochets et d’une seringue sous loupe binoculaire. FranceAgriMer la décrit comme la méthode qui contrôle le plus strictement l’accouplement ; le sperme s’utilise frais ou conservé plusieurs semaines, la congélation préservant un patrimoine génétique au prix d’une qualité de reine réduite.
| Paramètre | Repère (CARI, 2024) |
|---|---|
| Âge de la reine | 5 à 12 jours, idéalement 6 à 7 jours |
| Dose de sperme | 8 à 12 µl historiquement ; 3 à 6 µl remplissent aussi bien la spermathèque |
| Production d’un mâle | environ 1 µl |
| Narcose au CO2 | une première de 48 h à quelques heures avant, une seconde pendant l’insémination |
| Migration du sperme | environ 40 heures |
À 5 jours, un quart des reines n’a pas encore nettoyé ses oviductes et risque de mourir. Une reine infectée meurt 4 à 5 jours après l’insémination, l’abdomen gonflé ; une reine blessée en 1 à 2 jours. Hygiène, choix des mâles (ceux qui volent ou se tiennent sur les parois, pas ceux qui rampent au fond) et vol préalable en cage améliorent la réussite. Le protocole complet est détaillé dans notre guide de l’insémination artificielle des reines. Retenez qu’inséminer avec des mâles non évalués n’apporte rien de plus qu’une bonne fécondation libre.
Sélection des reines : quels critères et quels tests ?
Selon FranceAgriMer, l’objectif des programmes français porte surtout sur la productivité, avec le rendement en miel, la douceur et la tendance à l’essaimage. Les autres critères cités sont la tenue au cadre, le dynamisme des abeilles au printemps, la rusticité (autonomie alimentaire, hivernage, résistance aux bio-agresseurs) et, de plus en plus, la résistance au varroa. Les analyses génétiques servent aussi à estimer la proportion de chaque race et le niveau de consanguinité.
La grille d’évaluation au rucher
| Critère | Comment l’observer | Exemple de notation |
|---|---|---|
| Douceur | piqûres, abeilles qui suivent, besoin de fumée | 4 : travail sans voile possible ; 1 : agressive |
| Tenue au cadre | calme des abeilles sur le cadre sorti | 4 : immobiles ; 1 : coulent et tombent |
| Essaimage | cellules d’essaimage au printemps | 4 : aucune ; 1 : essaimage malgré la place |
| Production | kg de miel, comparé à la moyenne du rucher | relatif |
| Développement et hivernage | cadres de couvain à date fixe, force en sortie d’hiver | relatif |
| Hygiène | test au couvain tué | % nettoyé en 24 h |
| Pression varroa | chutes naturelles ou lavage à date fixe | relatif |
Notez chaque colonie sur au moins une saison complète et comparez-les entre elles, dans un même rucher, la même année, avec des reines du même âge.
Le test hygiénique à l’azote liquide
Le comportement hygiénique est la capacité des ouvrières à détecter, désoperculer et retirer le couvain mort ou malade. Il est associé à une meilleure résistance au couvain plâtré, à la loque américaine et, dans une certaine mesure, au varroa, et se transmet par la sélection. Le protocole de Penn State Extension :
- Testez une colonie populeuse dont les ouvrières sont toutes filles de la reine évaluée, donc sans apport récent d’abeilles ou de cadres étrangers.
- Choisissez un couvain operculé aux nymphes à yeux roses ou violet clair.
- Enfoncez jusqu’au fond des cellules deux anneaux de 5 cm de diamètre (environ 100 cellules chacun), bords trempés dans du miel.
- Versez environ 35 ml d’azote liquide par anneau, laissez évaporer, puis ajoutez 40 ml.
- Laissez dégeler, retirez les anneaux, remettez le cadre au nid à couvain.
- 24 heures plus tard exactement, comptez les cellules encore occupées.
- La colonie est hygiénique si elle retire au moins 95 % du couvain tué en 24 heures lors de deux tests, soit 10 cellules restantes au plus sur 200.
Portez gants cryogéniques et lunettes : l’azote liquide brûle la peau.
Les variantes sans azote
- Couvain congelé : le National Bee Unit découpe une section de couvain operculé, la congèle 24 heures au congélateur, la réinsère et compte les cellules nettoyées après 48 heures. Le seuil reste de 95 %. Sur les tests de 2000 et 2001 en Angleterre et au pays de Galles, environ 10,5 % des colonies se sont révélées hygiéniques en moyenne.
- Couvain tué à l’aiguille : on perce les opercules d’une centaine de nymphes avec une épingle fine et l’on compte les cellules nettoyées 24 heures plus tard. Le National Bee Unit en signale les biais : larve qui survit, hémolymphe qui s’écoule, opercule abîmé qui pousse au nettoyage. Ne comparez que des colonies testées de la même façon.
La VSH
La VSH (Varroa Sensitive Hygiene) est une forme spécialisée d’hygiène : les ouvrières désoperculent les cellules où un varroa se reproduit, ce qui interrompt sa reproduction. Sa mesure exige d’examiner des centaines de cellules, ce qui la réserve aux programmes structurés. FranceAgriMer cite la fondation ARISTA, qui travaille sur ce caractère avec des éleveurs, et reconnaît que les tests de résistance au varroa restent difficiles à généraliser.
Marquage, contrôle et introduction des reines
Marquez la reine sur le thorax, une fois en ponte, au feutre spécial ou avec une pastille numérotée. Le code international dépend du dernier chiffre de l’année de naissance :
| Dernier chiffre | Couleur | Années |
|---|---|---|
| 1 ou 6 | blanc | 2026, 2031 |
| 2 ou 7 | jaune | 2027, 2032 |
| 3 ou 8 | rouge | 2028, 2033 |
| 4 ou 9 | vert | 2029, 2034 |
| 5 ou 0 | bleu | 2030, 2035 |
Pour juger une reine fécondée, la fiche du CARI fait du poids l’indicateur le plus accessible : les reines lourdes ont plus d’ovarioles, une spermathèque plus grande, une ponte plus intense et un meilleur taux d’acceptation. Un thorax et des tibias larges vont dans le même sens. Au rucher, attendez 6 à 8 semaines de ponte pour juger un couvain compact, sans trous, sur plusieurs cadres. Si beaucoup de reines d’une série pondent mal, cherchez du côté des mâles ou de la météo pendant les vols.
Une reine pondeuse s’introduit en cage à candi dans une colonie orpheline depuis environ 24 heures, après destruction de toutes les cellules royales ; vérifiez la reprise de ponte une semaine plus tard. Une reine vierge s’introduit plus difficilement : préférez la cellule mûre ou la reine fécondée.
Programmes de sélection et prix des reines en France
D’après la fiche génétique abeille de FranceAgriMer (2025) :
- au moins 30 groupes de sélection collective conduisent des programmes, souvent adaptés à leur territoire ;
- l’ANERCEA (Association nationale des éleveurs de reines et centres d’élevage apicole), fondée en 1979, comptait 890 adhérents en 2022, dont une soixantaine d’éleveurs ou multiplicateurs ;
- l’ITSAP-Institut de l’abeille, créé en 2010, et l’unité mixte technologique PrADE associent ADA régionales, INRAE, CNRS et ANSES, avec des projets de recherche génétique comme BeeStrong, OptiVar ou SeqApiPop ;
- des conservatoires d’abeille noire existent à Porquerolles, à Ouessant, en Corse, en Auvergne, en Bretagne, en Normandie et dans les Landes, certains avec une station d’élevage qui fournit des reines ;
- des zones de fécondation dirigée limitent en partie la population de mâles.
La sélection se fait en masse, sur le cheptel ou par lignée, ou sur pedigree ; ces deux dernières exigent une fécondation contrôlée, le plus souvent l’insémination. Le ministère de l’Agriculture a inscrit dans le plan national en faveur des insectes pollinisateurs 2021-2026 une action « Développer les élevages en sélection apicole » : reconnaissance des programmes des conservatoires et des ADA, coordination de la recherche par l’ITSAP, soutien à l’investissement en matériel d’élevage via le programme sectoriel apicole de FranceAgriMer. Pour les races utilisées (noire, carnica, ligustica, caucasienne, hybride Buckfast), voyez notre page sur les races d’abeilles.
| Produit | Prix indicatif (FranceAgriMer, 2025) |
|---|---|
| Cellule royale | 5 à 10 € |
| Reine vierge | 9 à 15 € |
| Reine de production fécondée | 25 à 40 €, davantage en fécondation contrôlée |
| Reine de sélection (souche) | 50 € à plusieurs centaines d’euros |
Pour l’amateur, une stratégie raisonnable consiste à acheter une ou deux reines de sélection d’un éleveur reconnu, à les évaluer une saison, puis à greffer sur la meilleure. Les bases de cette démarche, héritabilité, consanguinité, programmes menés à l’étranger, sont développées dans notre page sur la génétique de l’abeille et la sélection. Et pour caler vos séries sur la saison, du premier greffage de printemps aux dernières reines de l’été, consultez notre calendrier apicole.
Questions fréquentes
Quel âge doit avoir la larve pour le greffage ?
Greffez la larve la plus jeune que vous arrivez à prélever, idéalement âgée de moins de 24 heures depuis l'éclosion, 36 heures au plus. Le National Bee Unit britannique greffe des larves de 12 à 18 heures. Au-delà de 48 heures, la larve a commencé à se différencier en ouvrière : la reine obtenue aura une spermathèque plus petite et moins d'ovarioles, d'après une synthèse du CARI publiée en 2024.
Combien de jours entre le greffage et la naissance de la reine ?
Une reine naît 16 jours après la ponte de l'œuf. Une larve greffée à moins d'un jour d'âge est sortie de l'œuf au 3e jour : le greffage tombe donc vers le 4e jour, et la reine sort de sa cellule 11 à 12 jours après le greffage. Les cellules royales se transfèrent en ruchettes de fécondation au 10e jour après le greffage, au plus tard la veille de la naissance, pour éviter qu'une première reine ne détruise ses sœurs.
Quand une reine d'élevage commence-t-elle à pondre ?
Après sa naissance, la reine vierge mûrit quelques jours, puis effectue en général d'un à cinq vols de fécondation, le plus souvent dans sa première ou deuxième semaine de vie. La ponte démarre quelques jours après le dernier accouplement. Comptez en pratique dix jours à trois semaines entre la naissance et les premiers œufs, davantage par temps froid ou venté, ce qui place le contrôle de ponte entre le 22e et le 30e jour après le greffage.
Qu'est-ce qu'un starter en élevage de reines ?
Le starter est une colonie, ou une caisse d'abeilles, très peuplée en jeunes nourrices et privée de reine, qui reçoit les larves greffées pendant les premières 24 à 48 heures. Son état d'orphelinage pousse les abeilles à accepter les cupules et à les remplir de gelée royale. Les cellules passent ensuite dans un finisseur, souvent une colonie avec reine isolée sous une grille, qui les nourrit jusqu'à l'operculation.
Comment fonctionne la méthode Jenter ?
La méthode Jenter évite le greffage. La reine est enfermée sur un cadre de cellules en plastique dont le fond amovible forme une cupule. Elle y pond pendant un à deux jours. Au quatrième jour, les larves écloses sont transférées dans le starter en déplaçant simplement les fonds de cellules, sans toucher la larve. On connaît ainsi précisément l'âge des larves, au prix d'un matériel plus coûteux.
Combien coûte une reine sélectionnée en France ?
D'après la fiche génétique abeille de FranceAgriMer publiée en 2025, une cellule royale se vend de 5 à 10 euros, une reine vierge de 9 à 15 euros, une reine de production fécondée de 25 à 40 euros, davantage si la fécondation est contrôlée. Une reine souche ou reine de sélection coûte de 50 euros à plusieurs centaines d'euros selon la lignée et les performances mesurées.
Quelle couleur pour marquer une reine née en 2026 ?
Le code international associe une couleur au dernier chiffre de l'année de naissance : blanc pour 1 et 6, jaune pour 2 et 7, rouge pour 3 et 8, vert pour 4 et 9, bleu pour 5 et 0. Une reine née en 2026 se marque donc en blanc, une reine de 2027 en jaune. Marquez-la une fois qu'elle pond, avec un feutre ou une pastille sur le thorax, jamais sur l'abdomen.
Sources
- Fiche génétique abeille 2025, FranceAgriMer
- Question écrite n° 30 sur l'élevage de reines et d'essaims en France, réponse du ministère de l'Agriculture (20 septembre 2022), Assemblée nationale
- Indicateurs de qualité des reines (fiche technique 2024), Julien Duwez, CARI (Centre apicole de recherche et d'information)
- Facteurs affectant la qualité d'une reine inséminée (fiche technique 2024, n° 21), Julien Duwez, CARI (Centre apicole de recherche et d'information)
- L'élevage de faux-bourdons de qualité, partie 2 (fiche technique 2024), Julien Duwez, CARI (Centre apicole de recherche et d'information)
- Raising Queens: A How-To Guide to Sustainable Queen Rearing (2021), Hannah Whitehead et al., University of Massachusetts Amherst, programme SARE (USDA)
- Techniques d'élevage des reines. I. Le premier stade : élevage des cellules royales (Annales de l'Abeille, 1958), Maurice Vuillaume, Station de recherches apicoles de Bures-sur-Yvette, Apidologie
- Rearing queen honeybees (American Bee Journal, avril 2002), David Wilkinson et Mike A. Brown, National Bee Unit, Central Science Laboratory
- A re-examination of double grafting (American Bee Journal, 1988), Keith S. Delaplane et John R. Harbo, University of Georgia Honey Bee Program
- Factors affecting the reproductive health of honey bee drones: a review (Apidologie, 2019), Juliana Rangel et Adrian Fisher II, Springer
- Honey bee queens do not count mates to assess their mating success (Journal of Insect Behavior, 2018), Michael Simone-Finstrom et David R. Tarpy, USDA-ARS
- Quantifying honey bee mating range and isolation in semi-isolated valleys by DNA microsatellite paternity analysis (Conservation Genetics, 2005), A. B. Jensen et al., Royal Holloway, University of London
- Honey bee breeding program design: testing for hygienic behavior, Penn State Extension
- The life cycle of honey bees, SARE, USDA
- Hygienic behaviour (Bee Craft, avril 2002), National Bee Unit




