Cadre de couvain couvert d'abeilles sorti de la ruche

Maladies des abeilles : reconnaître les symptômes, poser un diagnostic et déclarer les maladies réglementées

Maladies des abeilles : tableau de diagnostic (loques, nosémose, couvain plâtré, virus), test de l'allumette, maladies à déclarer à la DDPP et rôle du GDS.

Les maladies des abeilles se répartissent en trois familles : les maladies du couvain (loque américaine, loque européenne, couvain plâtré, couvain sacciforme), les maladies de l’abeille adulte (nosémose, paralysie chronique, virus des ailes déformées) et les parasites ou ravageurs (varroa, Aethina tumida, Tropilaelaps). En France, la loque américaine, Aethina tumida et Tropilaelaps sont des maladies réglementées : toute suspicion doit être déclarée à la DDPP (la DAAF outre-mer). Les autres relèvent de la bonne conduite du rucher, avec l’appui du GDS ou de l’OSAD départemental.

Le premier ennemi de la colonie reste le varroa, qui transmet la plupart des virus graves : il a sa page dédiée, le varroa et son traitement.

Comment reconnaître une maladie des abeilles lors d’une visite ?

Une maladie se repère d’abord sur le couvain. Un cadre sain est compact : opercules bombés et de couleur uniforme, larves d’un blanc nacré enroulées en C au fond de la cellule. Méfiez-vous d’un couvain en mosaïque (cellules vides et stades mélangés, signe non spécifique qu’une reine vieillissante peut aussi donner), d’opercules affaissés, sombres ou percés, de larves jaunies, brunes, fondues ou momifiées, et d’une odeur inhabituelle. Devant la ruche, les alertes sont les abeilles tremblantes ou rampantes, noires et dépilées, aux ailes froissées, les traces de diarrhée, les tas de mortes et les momies sur le lange. Pour la référence d’un couvain normal, voyez le cycle de vie de l’abeille et l’organisation d’une ruche.

Le tableau de diagnostic

Ce tableau oriente ; le diagnostic de certitude se fait au laboratoire.

Maladie Agent Signes au rucher Test de terrain Période Statut et conduite
Loque américaine Bactérie sporulante Paenibacillus larvae Couvain en mosaïque, opercules affaissés et percés, larve morte brune puis noire, filante, écaille noire collée Allumette : filament de 2,5 cm ou plus Toute la saison de couvain Réglementée. Déclaration à la DDPP, prélèvement, mesures officielles
Loque européenne Bactérie Melissococcus plutonius, avec des germes secondaires (Paenibacillus alvei) Larves jeunes mortes avant operculation, jaunies, tordues, fondues, odeur aigre, écaille facile à retirer Allumette : pas de filament ou moins de 1,5 cm Surtout printemps et début d’été Non réglementée. GDS ou vétérinaire, analyse, renforcement de la colonie
Couvain plâtré Champignon Ascosphaera apis Momies dures blanches, grises ou noires, dans les cellules ou sur le plancher Momie dure, non filante Printemps frais et humide Non réglementée. Ruche saine et sèche, colonie forte, reine à renouveler
Couvain sacciforme Virus du couvain sacciforme (SBV) Larve morte en sac rempli de liquide, tête redressée et sombre Larve qui sort entière en sac Printemps Non réglementée. Souvent transitoire
Nosémose Microsporidies Nosema apis et Nosema ceranae Type A : diarrhée, abeilles traînantes. Type C : affaiblissement lent sans signe net Aucun test fiable au rucher, comptage de spores au laboratoire Pic de fin d’hiver et de printemps N. apis sur la liste nationale provisoire. Renouvellement des cadres, analyse
Paralysie chronique Virus CBPV Abeilles tremblantes, noires, luisantes, dépilées, tas de mortes devant la ruche Aucun, analyse RT-qPCR Surtout début d’été Non réglementée. Réduire le confinement, assurer le pollen
Ailes déformées Virus DWV transmis par varroa Abeilles naissantes aux ailes froissées, abdomen court Comptage de varroas Fin d’été et automne Non réglementé en soi. Traiter le varroa
Varroose Acarien Varroa destructor Acariens sur abeilles et dans le couvain, abeilles déformées Lange graissé, sucre glace, lavage Toute l’année, pic en fin d’été Catégorie européenne C, D et E. Traitement avec un médicament autorisé
Petit coléoptère des ruches Coléoptère Aethina tumida Adultes bruns-noirs fuyant la lumière, larves dans les rayons, miel fermenté qui coule Observation des adultes et larves Saison chaude Réglementée. Déclaration immédiate à la DDPP
Tropilaelaps Acariens Tropilaelaps spp. Petits acariens rapides, couvain irrégulier, abeilles déformées Observation, analyse au laboratoire Saison de couvain Réglementée, absente de l’Union. Déclaration immédiate

Loque américaine : symptômes, test de l’allumette et que faire ?

La loque américaine est la plus grave des maladies du couvain et la plus contagieuse. Elle est due à Paenibacillus larvae, une bactérie qui forme des spores. Selon l’Office fédéral suisse de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV), seules les larves âgées d’un à deux jours peuvent s’infecter, par la nourriture contenant des spores. Les adultes ne sont pas malades, mais ils transportent les spores.

Ce que vous voyez

La larve meurt après l’operculation, au stade de larve allongée ou de nymphe. Elle se transforme en une masse jaune-brun qui fonce avec le temps et prend une consistance caoutchouteuse et très filante, décrit l’OSAV. Les opercules des cellules atteintes s’affaissent et se percent. Le contenu sèche enfin en une écaille noire, plate et dure, que le gouvernement de l’Ontario compare à du charbon de bois, et qui adhère si fortement au fond de la cellule qu’on ne peut l’ôter sans abîmer le rayon.

Le test de l’allumette pas à pas

  1. Choisissez une cellule operculée suspecte : opercule affaissé, sombre ou percé.
  2. Ouvrez l’opercule et enfoncez une allumette, une brindille ou un cure-dent jusqu’au fond de la cellule.
  3. Remuez doucement le contenu.
  4. Retirez l’allumette lentement en observant ce qui vient avec elle.
  5. Si une matière brune s’étire en filament de 2,5 cm ou plus avant de se rompre, la loque américaine est fortement suspectée, selon le gouvernement de l’Ontario.
  6. Jetez l’allumette dans un sac fermé et lavez gants et lève-cadre avant d’ouvrir une autre colonie.

Le test n’a de valeur que s’il est positif. La même source précise que le caractère filant n’apparaît qu’à un certain stade de l’infection : une larve morte depuis peu ou une écaille déjà sèche ne filent pas, même dans une colonie atteinte.

Pourquoi elle se propage si facilement

Le gouvernement de l’Ontario indique qu’une cellule operculée atteinte peut contenir jusqu’à 2,5 millions de spores, et que ces spores restent viables jusqu’à 70 ans sur du vieux matériel. L’OSAV parle de spores infectieuses pendant des décennies, résistantes à la sécheresse, à l’humidité, à la chaleur et au froid. Elles passent d’une colonie à l’autre par le pillage, dans un rayon d’environ 8 km selon l’Ontario, par le miel donné en nourrissement, par l’échange de cadres et de cire, par l’achat de colonies et par les outils de l’apiculteur.

Que faire en cas de suspicion

  1. Refermez la ruche, réduisez l’entrée pour limiter le pillage et ne déplacez rien : ni colonie, ni cadre, ni hausse.
  2. Déclarez la suspicion à la DDPP de votre département (DDETSPP selon l’organisation locale, DAAF outre-mer). La préfecture de l’Yonne précise qu’un agent sanitaire apicole est alors envoyé pour visiter le rucher et, si besoin, faire des prélèvements.
  3. Attendez le résultat de l’analyse. Le laboratoire national de référence de l’ANSES, à Sophia-Antipolis, recherche les deux loques par examen bactérioscopique et par PCR en temps réel. Sa fiche de prélèvement demande un morceau de rayon de plus de 10 x 10 cm contenant au moins 10 larves ou nymphes atteintes, emballé dans du papier kraft épais ou une boîte, puis congelé à environ -20 °C.
  4. Appliquez les mesures décidées. Les colonies très atteintes sont détruites, les autres peuvent être transvasées sur cire neuve après une période de jeûne. Cadres et cires de la colonie malade sont détruits, les corps et planchers en bois grattés puis flambés au chalumeau.

Aucun antibiotique n’est autorisé chez l’abeille en France et dans l’Union européenne, faute de limite maximale de résidus fixée pour le miel. Le gouvernement de l’Ontario rappelle d’ailleurs que les antibiotiques ne guérissent pas la loque américaine : ils n’atteignent pas les spores.

Sur le terrain, la maladie n’a rien d’exceptionnel. Selon le ministère de l’Agriculture, entre 56 et 121 arrêtés préfectoraux portant déclaration d’infection (APDI) ont été pris chaque année en France de 2010 à 2017, et une étude programmée du dispositif Résabeille a trouvé, à l’automne 2012, plus de 10 % des ruchers visités atteints. Le décalage entre ces deux chiffres laisse penser qu’une partie des cas échappe à la déclaration.

Loque européenne : comment la distinguer de la loque américaine ?

La loque européenne est due à Melissococcus plutonius, une bactérie qui ne forme pas de spores. Le centre suisse de recherches apicoles (Agroscope) précise que des germes secondaires, surtout Paenibacillus alvei, aggravent le tableau. À la différence de la loque américaine, elle tue surtout les jeunes larves avant l’operculation, souvent vers 4 ou 5 jours selon le gouvernement de l’Ontario. Elle frappe typiquement au printemps, quand le couvain s’étend plus vite que les nourrices ne peuvent l’alimenter, ou lors d’une rupture de miellée. Elle n’est pas réglementée en France, ce qui ne veut pas dire qu’elle est bénigne : une colonie lourdement atteinte peut s’effondrer.

Les critères de distinction

Critère Loque américaine Loque européenne
Moment de la mort Après l’operculation Le plus souvent avant l’operculation
Position de la larve Allongée, à plat au fond de la cellule Tordue, déplacée, affaissée contre la paroi
Couleur Beige, puis brun clair à foncé, puis noire Jaunâtre, puis brune, intestin parfois visible en blanc crayeux
Test de l’allumette Filament de 2,5 cm ou plus Pas de filament, ou 1,5 cm au plus
Écaille Noire, dure, très adhérente Caoutchouteuse ou sèche, peu adhérente, facile à retirer
Odeur Poisson, pourriture Aigre
Statut en France Maladie réglementée, déclaration obligatoire Non réglementée

Les critères de couleur, de filament, d’écaille et d’odeur sont ceux que donne le gouvernement de l’Ontario. Aucun ne suffit seul : si le doute persiste, faites analyser un morceau de rayon contenant des larves atteintes par l’intermédiaire de votre GDS ou de votre vétérinaire. L’ANSES dispose d’une PCR en temps réel pour chacune des deux bactéries.

La conduite à tenir

Ne déplacez aucun cadre de la colonie atteinte. Resserrez-la sur les cadres qu’elle couvre et nourrissez-la si la miellée manque, pour que les nourrices suffisent au couvain. Dans un cas sévère, on pratique le transvasement sur cire neuve et le remplacement de la reine par une souche plus hygiénique.

Couvain plâtré et couvain sacciforme : les maladies du couvain les plus fréquentes

Le couvain plâtré

Le couvain plâtré, ou ascosphérose, est causé par le champignon Ascosphaera apis. La larve avale les spores avec sa nourriture, le champignon envahit son corps et la transforme en une petite momie dure, de la forme de la cellule. La momie est d’abord blanche et cotonneuse, puis blanche comme de la craie, et devient grise ou noire quand le champignon fructifie. Les ouvrières sortent ces momies, qu’on retrouve sur le plancher, le lange et devant la ruche.

La maladie apparaît surtout au printemps, par temps frais et humide, quand le couvain se refroidit en périphérie du nid ou dans une colonie trop faible pour le chauffer. Elle régresse souvent d’elle-même avec la chaleur et la miellée. Aucun médicament n’est autorisé contre elle. La prévention passe par :

  • un emplacement sec et aéré, hors des fonds de vallée humides (voir installer un rucher) ;
  • un nid resserré au printemps, à la taille de la colonie ;
  • le remplacement de la reine si la maladie revient chaque année, car la sensibilité varie selon les lignées.

Le couvain sacciforme

Le virus du couvain sacciforme tue la larve au moment de sa dernière mue, juste après l’operculation. La larve reste allongée, la tête redressée vers l’opercule et noircie, et son corps se change en sac rempli de liquide qu’on peut retirer entier de la cellule. Il n’y a ni filament ni odeur forte. Fréquent au printemps, il est le plus souvent transitoire dans une colonie forte. Un cas persistant oriente vers une reine à remplacer.

Nosémose : symptômes, diagnostic et prévention

La nosémose est une maladie de l’intestin de l’abeille adulte, causée par des microsporidies, des parasites unicellulaires proches des champignons. Deux espèces sont en cause. Le bulletin zoosanitaire du ministère de l’Agriculture du Québec (MAPAQ) les distingue ainsi :

  • Nosema apis, décrite en 1909, provoque la nosémose de type A. Elle se manifeste par de la diarrhée, des traces jaunes à brunes sur ou dans la ruche, des abdomens gonflés et des abeilles mortes ou traînantes devant l’entrée. Elle est aujourd’hui considérée comme opportuniste et plutôt bénigne sans facteur aggravant.
  • Nosema ceranae, venue de l’abeille asiatique Apis cerana, provoque la nosémose de type C. Elle n’est pas associée à la diarrhée. Ses signes sont discrets : abeilles qui vivent moins longtemps, butineuses qui reviennent moins bien, baisse du couvain et de la production, lent déclin de la colonie. Elle a largement remplacé N. apis.

Ces deux espèces ont été reclassées par les taxonomistes dans le genre Vairimorpha, mais les textes réglementaires et la plupart des laboratoires gardent le nom Nosema.

Le diagnostic

Aucun signe de terrain n’est spécifique, insiste le MAPAQ, et l’examen de l’intestin blanc laiteux n’est pas fiable. Le diagnostic repose sur le laboratoire : on compte les spores sur un échantillon de 50 à 100 abeilles et on exprime le résultat en spores par abeille. Le MAPAQ cite cette grille de lecture :

Spores par abeille Niveau d’infection
Moins de 1 million Très faible
1 à 5 millions Faible
5 à 10 millions Modéré
10 à 20 millions Fort
Plus de 20 millions Très fort

Le microscope ne distingue pas les deux espèces : il faut une PCR.

La saison et la prévention

Selon le MAPAQ, N. apis culmine en début de printemps en climat tempéré, et N. ceranae entre le printemps et le début de l’été, parfois en automne. Les longues périodes de confinement de fin d’hiver favorisent la contamination, car les abeilles qui ne peuvent sortir défèquent dans la ruche.

Aucun médicament contre la nosémose ne dispose d’autorisation de mise sur le marché en France. La prévention est donc tout :

  • renouvelez au moins 2 à 3 vieux cadres de corps par ruche et par an, comme le recommande le MAPAQ, car les spores s’accumulent dans les vieux rayons ;
  • le MAPAQ cite aussi le traitement des cadres stockés par la chaleur, à 49 °C pendant 24 heures ;
  • hivernez des colonies fortes sur des réserves saines, au soleil d’hiver pour permettre les vols de propreté.

Sur le plan réglementaire, l’ANSES indique que la nosémose à Nosema apis n’est pas listée par la loi européenne de santé animale mais figure sur la liste nationale provisoire des maladies réglementées, et qu’elle est très rare en France.

Paralysie chronique et virus des ailes déformées : les maladies virales

De nombreux virus infectent l’abeille, la plupart sans symptôme visible. Le laboratoire de référence de l’ANSES en recherche six par RT-PCR en temps réel : le virus de la paralysie chronique (CBPV), celui de la paralysie aiguë (ABPV), les deux variants du virus des ailes déformées (DWV-A et DWV-B, aussi appelé VDV-1), celui du couvain sacciforme (SBV) et celui de la cellule royale noire (BQCV). Deux comptent vraiment au rucher.

La paralysie chronique (CBPV)

La note technique du National Bee Unit britannique, rédigée avec l’université de Newcastle en 2024, décrit les signes suivants :

  • des abeilles qui tremblent et ne réagissent plus à la fumée, puis se paralysent et meurent en une semaine environ ;
  • des abeilles noires et luisantes, dont les poils ont été arrachés par leurs congénères, qui les mordillent ;
  • des tas d’abeilles mortes ou mourantes devant l’entrée et sur le plancher.

La même source souligne une différence utile avec une intoxication : la paralysie chronique donne des tas devant certaines ruches, alors qu’une intoxication par pesticide laisse plutôt un tapis d’abeilles mortes réparti dans tout le rucher. Le virus ne serait pas transmis par le varroa, mais par la nourriture et le contact avec des abeilles malades ou mortes, d’où son lien avec la surpopulation et le confinement. Il frappe surtout en début d’été, et la perte de la colonie survient dans 40 à 50 % des cas.

Les mesures recommandées par le National Bee Unit :

  1. Ajoutez un corps ou une hausse pour réduire l’entassement, et assurez un accès abondant au pollen.
  2. Vérifiez la présence d’une reine qui pond.
  3. Élargissez l’entrée et éloignez les tas d’abeilles mortes, qui restent infectieux pendant des mois.
  4. Limitez la dérive en orientant les entrées dans des directions différentes.

Le virus des ailes déformées (DWV)

Le DWV est transmis par le varroa quand il se nourrit de la nymphe. L’abeille naît avec des ailes froissées, atrophiées, un abdomen raccourci, et meurt vite. Quelques individus déformés sont le signe d’une charge virale élevée, donc d’une infestation de varroas déjà forte. Il n’existe aucun traitement antiviral : la seule réponse est de mesurer l’infestation et de traiter le varroa. C’est la raison pour laquelle la lutte contre le varroa, ses seuils et ses traitements autorisés est la vraie prévention de presque toutes les viroses graves.

Maladie virale ou intoxication ?

Le gouvernement du Québec cite comme signes d’intoxication par pesticide des abeilles mortes accumulées devant les ruches, des abeilles tremblantes ou paralysées, la chute des butineuses et un couvain délaissé, un tableau proche de la paralysie chronique. La brutalité de l’épisode, l’atteinte simultanée de plusieurs ruches et un traitement agricole proche orientent vers l’intoxication. Déclarez alors la mortalité à la DDPP et congelez un échantillon d’abeilles mortes ou mourantes, étiqueté avec la date et les cultures voisines.

Aethina tumida et Tropilaelaps : les deux menaces exotiques à surveiller

Le petit coléoptère des ruches (Aethina tumida)

Aethina tumida est un coléoptère originaire d’Afrique subsaharienne. Selon l’OSAV suisse et le gouvernement du Québec, l’adulte mesure environ 5 à 7 mm, brun clair à noir, avec des antennes terminées en massue, et fuit la lumière quand on ouvre la ruche. Ses larves, blanchâtres et longues de 1,2 cm au plus à maturité, creusent les rayons, mangent couvain et pollen, et font fermenter le miel, qui coule et prend une odeur d’orange pourrie. Elles se distinguent des chenilles de fausse teigne par leurs trois paires de pattes à l’avant du corps seulement, les deux rangées d’épines sur le dos et l’absence de toile de soie. Elles s’enfouissent dans le sol, devant la ruche, pour achever leur développement.

En Europe, il est installé dans le sud de l’Italie depuis sa découverte en Calabre en 2014. En France, l’ANSES indique qu’il n’est présent qu’à La Réunion, où il a été détecté pour la première fois en 2022. La France métropolitaine en est indemne, et l’État maintient des arrêtés ministériels de lutte visant son éradication, selon la DGAL.

Tropilaelaps

Les Tropilaelaps sont des acariens originaires d’Asie, parasites du couvain comme le varroa. Ils sont plus petits, d’environ 1 mm de long, allongés, de couleur rouge-brun, et se déplacent très vite sur les rayons. Ils provoquent un couvain irrégulier, des nymphes mortes, des abeilles déformées, et peuvent tuer une colonie plus vite que le varroa. Ils survivent très mal sans couvain, ce qui explique qu’ils ne se soient pas encore installés dans les régions à hiver marqué. L’ANSES indique qu’ils sont absents de l’Union européenne mais progressent dans des pays voisins comme la Biélorussie, la Russie et la Géorgie. Comme pour Aethina, la DGAL maintient des arrêtés de lutte visant l’éradication.

Le bon réflexe

Si vous trouvez dans une ruche un coléoptère ou un acarien que vous ne connaissez pas, ne le relâchez pas. Placez-le dans un flacon étanche d’alcool éthylique à 70 %, comme le demande la fiche de prélèvement de l’ANSES (pas d’alcool à brûler), refermez la ruche, ne déplacez rien et prévenez immédiatement la DDPP.

Le frelon asiatique, autre espèce exotique, n’est pas une maladie : classé danger sanitaire de deuxième catégorie non réglementé par l’arrêté de 2013, il n’est pas catégorisé par la loi européenne de santé animale, rappelle la DGAL. Les moyens de lutte sont détaillés sur la page frelon asiatique.

Quelles maladies des abeilles sont réglementées en France ?

Des dangers sanitaires de 1re catégorie aux catégories européennes

Jusqu’en 2021, la France classait les maladies animales par l’arrêté du 29 juillet 2013 en dangers sanitaires de première catégorie (DS1), deuxième catégorie (DS2) et troisième catégorie. Pour l’abeille, les DS1 étaient la loque américaine, la nosémose à Nosema apis, Aethina tumida et Tropilaelaps. Le varroa et le frelon asiatique étaient des DS2.

Depuis le 21 avril 2021, la loi européenne de santé animale (règlement (UE) 2016/429) s’applique, rappelle la préfecture de l’Yonne. Ce règlement définit cinq catégories, de A (éradication immédiate) à E (surveillance et déclaration), et le règlement d’exécution (UE) 2018/1882 y range chaque maladie listée. Aucune maladie de l’abeille n’est en catégorie A ou B.

Maladie Ancien statut national Catégorie européenne Déclaration
Loque américaine (Paenibacillus larvae) DS1 D + E Obligatoire à la DDPP
Petit coléoptère (Aethina tumida) DS1 D + E Obligatoire à la DDPP
Tropilaelaps spp. DS1 D + E Obligatoire à la DDPP
Nosémose à Nosema apis DS1 Non listée, liste nationale provisoire Voir votre DDPP
Varroose (Varroa destructor) DS2 C + D + E Seulement dans les territoires indemnes de varroa
Frelon asiatique (Vespa velutina) DS2 non réglementé Non catégorisé Non
Loque européenne, couvain plâtré, viroses Non réglementées Non listées Non

Ce tableau reprend la présentation faite par la DGAL aux apiculteurs d’Occitanie en décembre 2022 et le rapport 2025 de l’ANSES. L’expression « danger sanitaire de première catégorie » reste courante, mais c’est désormais la catégorisation européenne qui fixe le cadre.

Ce qui a changé dans la gestion

Selon la même présentation de la DGAL, l’État n’impose plus de mesures de police sanitaire pour la loque américaine et la nosémose, dont la gestion revient aux organisations professionnelles. Celles-ci peuvent porter un programme sanitaire d’intérêt collectif (PSIC), ouvert à tous les détenteurs et financé par ses adhérents : GDS France et Interapi y travaillent pour le varroa et les loques. Pour Aethina et Tropilaelaps, l’État garde la main.

L’obligation de déclarer, elle, demeure. La DGAL écrit que « les apiculteurs seront tenus de déclarer à l’autorité compétente (DDecPP) » les suspicions et confirmations de loque américaine, d’Aethina, de Tropilaelaps et de varroa en territoire indemne, ainsi que les événements sanitaires importants comme les mortalités massives.

Les mesures après une déclaration varient selon le territoire. À La Réunion, où la loque américaine a été détectée en mars 2024, l’arrêté préfectoral a délimité une zone de protection de 3 km et une zone de surveillance de 2 km au-delà, avec des mouvements de colonies et de matériel soumis à dérogation. Ce n’est pas une règle générale : renseignez-vous auprès de votre DDPP.

Comment déclarer

  1. Contactez la DDPP, ou la DDETSPP là où les services sont regroupés, ou la DAAF dans les départements d’outre-mer (coordonnées sur le site de votre préfecture).
  2. Décrivez ce que vous avez vu, le nombre de colonies concernées et l’emplacement du rucher. Indiquez votre numéro d’apiculteur (NAPI).
  3. Ne déplacez ni colonies ni matériel en attendant la visite.
  4. Notez la suspicion, la visite et les mesures dans votre registre d’élevage, que la préfecture de l’Yonne rappelle obligatoire pour tous les apiculteurs, amateurs compris, et à conserver au moins 5 ans.

Une déclaration n’est possible et suivie que si vos ruches sont elles-mêmes déclarées : la déclaration annuelle se fait du 1er septembre au 31 décembre, en ligne. La marche à suivre est détaillée dans la déclaration de ruches.

Quel est le rôle du GDS et de l’OSAD en apiculture ?

Le groupement de défense sanitaire (GDS) départemental, avec sa section apicole, et l’organisation sanitaire apicole départementale (OSAD), affiliée à la FNOSAD, sont les relais sanitaires de terrain. Selon les départements, l’un ou l’autre, parfois les deux, assure :

  • le conseil et la formation : reconnaissance des maladies, biosécurité, techniques de lutte contre le varroa ;
  • l’accès aux médicaments contre le varroa : dans le cadre d’un programme sanitaire d’élevage, ils commandent et distribuent à leurs adhérents des médicaments autorisés, sous la responsabilité d’un vétérinaire ;
  • les visites sanitaires : les techniciens sanitaires apicoles (TSA) et agents sanitaires apicoles visitent les ruchers, réalisent des prélèvements et accompagnent l’apiculteur après un foyer ;
  • les programmes collectifs : depuis la loi de santé animale, ce sont ces structures qui portent la lutte collective contre le varroa et les loques.

La DGAL rappelle que les organismes à vocation sanitaire (OVS), reconnus par l’État, « demeurent plus que jamais les opérateurs de l’État » pour les missions officielles qui leur sont déléguées. Lors des débats sur la loque américaine au CNOPSAV en 2020, GDS France et la FNOSAD défendaient le maintien de la maladie en première catégorie, un rôle pour les TSA et la délégation de missions aux organisations sanitaires.

En pratique, adhérez à votre GDS ou à votre OSAD dès la première ruche.

Comment prévenir les maladies des abeilles au rucher ?

La plupart des maladies du couvain et de l’adulte sont des maladies de colonies affaiblies. La prévention combine biosécurité, conduite du rucher et surveillance régulière.

Les règles de biosécurité

  1. Ne nourrissez jamais avec du miel d’origine inconnue : c’est la voie royale de la loque américaine.
  2. N’achetez essaims et reines qu’à des éleveurs connus, en demandant l’état sanitaire du rucher d’origine.
  3. N’échangez pas de cadres sans avoir vérifié le couvain des deux colonies.
  4. Évitez le pillage : aucun miel ni cadre à l’air libre, entrées réduites en disette et après la récolte.
  5. Nettoyez vos outils entre deux colonies suspectes et entre deux ruchers.
  6. Ne laissez pas de ruche vide ouverte : la préfecture de l’Yonne rappelle qu’elle peut accueillir un essaim sauvage incontrôlé, dont l’état sanitaire est inconnu.
  7. Fondez ou détruisez les cires des colonies mortes de cause inconnue au lieu de les réutiliser.

La conduite du rucher

Renouvelez chaque année une partie des cadres de corps, en commençant par les plus noirs. Gardez des colonies fortes, réunissez les faibles à l’automne après avoir vérifié leur couvain, et remplacez les reines des colonies chroniquement malades par des lignées hygiéniques.

Le calendrier de surveillance

Période À surveiller
Fin d’hiver Mortalité, traces de diarrhée, réserves
Mars à mai Couvain plâtré, loque européenne, couvain sacciforme, compacité du couvain
Mai à juillet Paralysie chronique, contrôle complet du couvain avant les hausses
Juillet à septembre Infestation de varroas, ailes déformées, état du couvain après récolte
Octobre à novembre Colonies faibles à réunir, déclaration des ruches

À chaque visite de printemps et d’été, examinez au moins un cadre de couvain operculé à contre-jour. Le détail des travaux mois par mois se trouve dans le calendrier apicole.

Questions fréquentes

Quelles sont les maladies des abeilles à déclaration obligatoire en France ?

Toute suspicion de loque américaine, d'infestation par le petit coléoptère des ruches (Aethina tumida) ou par l'acarien Tropilaelaps doit être déclarée à la DDPP de votre département (DDETSPP là où les services sont fusionnés, DAAF outre-mer). La nosémose à Nosema apis figure aussi sur la liste nationale provisoire. Les mortalités massives et brutales de colonies se signalent également aux services de l'État.

Comment faire le test de l'allumette sur un couvain suspect ?

Enfoncez une allumette ou une brindille dans une cellule operculée affaissée ou percée, remuez le contenu puis retirez-la lentement. Si une matière brune et visqueuse s'étire en filament de 2,5 cm ou plus avant de casser, la loque américaine est fortement suspectée. Un résultat négatif n'exclut rien : le signe n'apparaît qu'à certains stades. Seule une analyse de laboratoire confirme.

Le miel d'une ruche atteinte de loque est-il dangereux pour l'homme ?

Non. Les bactéries des loques ne touchent que les larves d'abeilles, et la préfecture de La Réunion a rappelé en 2024 que le miel reste consommable. En revanche, ce miel est très dangereux pour les autres colonies : une seule cellule peut contenir des millions de spores. Ne le donnez jamais aux abeilles et ne laissez aucun pot ni cadre accessible au pillage.

Peut-on soigner la loque américaine avec des antibiotiques ?

Non, pas en France ni dans l'Union européenne : aucun antibiotique n'est autorisé chez l'abeille, faute de limite maximale de résidus dans le miel. Les antibiotiques n'agissent d'ailleurs pas sur les spores et masquent les symptômes. La lutte repose sur la déclaration, la destruction des colonies très atteintes ou le transvasement des autres, et la destruction des cires et cadres contaminés.

Comment reconnaître le couvain plâtré ?

Le couvain plâtré se reconnaît à des larves mortes transformées en petites momies dures, blanches comme de la craie, parfois grises ou noires, que les ouvrières sortent des cellules. On les trouve sur le plancher, le lange et la planche d'envol. Il survient surtout au printemps, quand le temps est frais et humide, et régresse souvent avec la miellée.

Pourquoi mes abeilles ont-elles les ailes froissées ?

Des abeilles qui naissent avec des ailes atrophiées et froissées, et un abdomen raccourci, sont presque toujours porteuses du virus des ailes déformées, transmis par le varroa pendant le développement de la nymphe. Ce signe indique une infestation déjà élevée. Il ne se soigne pas directement : il faut compter les varroas et traiter avec un médicament autorisé sans attendre.

Qui contacter en cas de doute sur une maladie des abeilles ?

Commencez par le GDS ou l'OSAD de votre département et son réseau d'agents ou de techniciens sanitaires apicoles, ou un vétérinaire formé en apiculture. Ils peuvent visiter le rucher et faire prélever des échantillons. Pour une maladie réglementée ou une mortalité massive, la déclaration à la DDPP est obligatoire : elle déclenche alors une visite officielle.

Sources

  1. Loi de santé animale et gouvernance sanitaire en apiculture, réunion régionale apiculture Occitanie (décembre 2022), DGAL, ministère de l'Agriculture, via la DRAAF Occitanie
  2. Rapport annuel d'activité 2025 du Laboratoire national de référence Santé des abeilles, ANSES, laboratoire de Sophia-Antipolis
  3. Listing et catégorisation des maladies animales dans le cadre de la Loi de santé animale (CNOPSAV, 14 mars 2018), Ministère de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire
  4. Révision de la stratégie nationale de prévention, de surveillance et de lutte vis-à-vis de la loque américaine (CNOPSAV, 21 février 2019), Ministère de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire
  5. Évolution de la stratégie nationale de prévention, de surveillance et de lutte contre la loque américaine (CNOPSAV, 11 mars 2020), Ministère de l'Agriculture et de la Souveraineté alimentaire
  6. Les activités apicoles : informations à l'attention des apiculteurs, Préfecture de l'Yonne, DDETSPP
  7. Loque américaine : ayons les bons réflexes pour limiter la propagation (communiqué du 12 avril 2024), Préfecture de La Réunion
  8. Loque américaine des abeilles (loque maligne), fiche d'information (novembre 2021), Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV), Suisse
  9. Généralités sur la loque américaine, Gouvernement de l'Ontario, ministère de l'Agriculture
  10. Bulletin zoosanitaire : la nosémose de l'abeille domestique, Ministère de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation du Québec (MAPAQ)
  11. Chronic bee paralysis: an information note for beekeepers (2024), National Bee Unit (APHA) et Newcastle University, Royaume-Uni
  12. Santé des abeilles, Gouvernement du Québec
  13. Règlement d'exécution (UE) 2018/1882 sur l'application de certaines dispositions de prévention et de lutte contre les maladies à des catégories de maladies répertoriées, Commission européenne, EUR-Lex
  14. Fiche de prélèvement d'échantillons apicoles (décembre 2025), ANSES, laboratoire de Sophia-Antipolis
  15. Généralités sur la loque européenne, Gouvernement de l'Ontario, ministère de l'Agriculture
  16. La loque européenne, une maladie du couvain pernicieuse (2005), Agroscope Liebefeld-Posieux, Centre suisse de recherches apicoles
  17. Petit coléoptère de la ruche, Office fédéral de la sécurité alimentaire et des affaires vétérinaires (OSAV), Suisse
  18. Découverte ou suspicion de la présence du petit coléoptère des ruches, Gouvernement du Québec